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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 15:16

PHILOSOPHIE ET THEOLOGIE

Pasteur Pierre COURTHIAL

Article tiré de Fondements pour l’Avenir, Aix-en-Provence, Ed. Kerygma, 1982

 

  

Le mot philosophia n’apparaît qu'une fois dans la Sainte Ecriture : au second chapitre des Colossiens ; encore est-ce en mauvaise part puisqu'il y est dit :

" Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie (dia tes philosophias) et par une vaine tromperie... ", mais comme l'apôtre Paul ajoute :

" selon la tradition des hommes, selon les rudiments du monde, et non selon Christ ", il faut supposer qu'il peut, mieux, qu'il doit y avoir une recherche philosophique " Kata Kriston, selon Christ. "

Au reste, qui dit " philosophie " dit " amour de la sagesse ", et la sagesse, la quête de la sagesse, la demande de la sagesse, la souveraineté de la sagesse, la joie de la sagesse, le don de la sagesse, etc., sont célébrés tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament.

 

I

En Occident, depuis les merveilleux Grecs, la grand'route de la philosophie a été celle d'une theoria, c'est-à-dire d'un savoir théorique, prétendument autonome. Selon cette tradition philosophique qui persiste aujourd'hui, encore que ses modes aient varié au cours des siècles, cette activité autonome était et reste tenue pour axiomatique, comme allant de soi, indiscutable et indiscutée.

Les diverses " critiques " de la " raison " n'étaient pas " radicales " et n'osaient examiner l'axiome constant de l'autonomie de la theoria.

Dans sa " Kritik der reinen Vernuft " (" Critique de la raison pure "), à laquelle il travailla de 1770 à 1781, Emmanuel KANT passe de l'objectivisme (qui veut régler notre connaissance par les objets) au subjectivisme (qui veut régler les objets par notre connaissance) : il ne touche pas, critiquement, à l'axiome demeurant pour lui indiscuté de l'autonomie de la raison.

En 1937, un an avant sa mort, Edmund RUSSERL publie " Die krisis der europäischen Wissemchaften und die transzendentale Phänomenologie " (" La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale ") où il appelle le moi à devenir spectateur impartial de lui-même, avec l'ambition de constituer la philosophie en science rigoureuse (il avouera plus tard avoir " rêvé un rêve ") : il n'y examine d'aucune façon l'axiome traditionnel de l'autonomie de la raison.

En 1960, Jean-Paul SARTRE commence à publier sa " Critique de la raison dialectique "dans laquelle il utilise ses catégories existentialistes pour justifier la dynamique du communisme : l'axiome de l'autonomie de la raison y apparaît dans toute sa gloire.

Etrangement, ce que les philosophes " humanistes " n'ont jamais essayé : à savoir d'examiner de manière vraiment critique leur axiome de l'autonomie de la raison, ni les théologiens ni les philosophes " chrétiens ", depuis les Pères jusqu'à Karl BARTH en passant pas THOMAS D'AQUIN ne l'ont tenté dès qu'ils parlaient "  philosophie ". Tant et si bien que les théologiens et philosophes " chrétiens " ont pratiquement et malheureusement, presque toujours, accepté l'intouchable tradition philosophique de la raison autonome ce qui les a conduits à " accommoder ", plus ou moins, leur philosophie... et leur théologie à la philosophie ou aux philosophies de leur temps.

Le " point de vue proprement philosophique " a été et continue d'être pour eux le point de vue " immanentiste " et " rationaliste " imperturbablement maintenu par la philosophie humaniste. Les théologiens seront ainsi, ou essaieront d'être, platoniciens, aristotéliciens, cartésiens, kantiens, existentialistes, phénoménologistes, etc. . . Et les philosophes "chrétiens " accepteront de philosopher selon la raison autonome, même lorsqu'ils tenteront, comme Maurice BLONDEL, d'esquisser une philosophie " chrétienne ".

Il faut attendre l'œuvre magistrale du philosophe Herman DOOYEWEERD , publiée en néerlandais en 1935-1936, puis développée dans la version anglaise publiée en 1953-1958 sous le titre " A new Critique of Theoretical Thought "pour que le constant axiome de la philosophie occidentale, celui de la prétendue autonomie de la raison, soit enfin, de façon décisive à mes yeux, réellement " critiqué ", et pour qu'une école nouvelle de philosophie chrétienne se développe enfin aux Pays-Bas, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, au Canada, en Indonésie et en Grande-Bretagne.

Le pasteur Pierre-Ch. MARCEL , dans ses thèses de doctorat en théologie, hélas ! non imprimées, et par la publication de certains textes dans la Revue réformée, s'est efforcé de faire connaître en France l'oeuvre de DOOYEWEERD . Son effort n'a pas encore trouvé beaucoup d'échos.

Essayons de résumer l'essentiel de la critique transcendantale de DOOYEWEERD . La prétendue autonomie de la raison, et par suite sa prétendue universalité, placent devant nous un problème :

si les philosophies n'ont leur point de départ qu'en la raison, et non pas en des " motifs "plus profonds, comment se fait-il qu'elles ne s'accordent point et qu'une d'entre elles ne parvienne pas à convaincre les autres?

Ne serait-ce pas, précisément parce que cette fameuse raison autonome n'est pas, ne peut pas être " autonome ", et qu'elle recouvre, cachés profondément sous eue, des points de départ inavoués ou non reconnus?

La critique de DOOYEWEERD est " radicale " car elle entend examiner les " racines " de la pensée théorique, car elle entend examiner s'il n'y a pas de présupposés conditionnant la pensée théorique et requis par la structure et l'exercice de cette pensée elle-même.

Trois problèmes transcendantaux surgissent :

 

PREMIER PROBLEME TRANSCENDANTAL

Qu'est-ce que la pensée théorique " abstraite " de la réalité empirique qui nous est donnée dans l'expérience ordinaire, et comment cette " abstraction " est-elle possible?

Autrement dit : qu'est-ce qui caractérise la pensée théorique, scientifique, par rapport à l'expérience pré-théorique, a-théorique, ordinaire ?

Rompant décidément avec l'idée fausse que l'expérience ordinaire serait une " théorie " (sous-entendu : simpliste !) de la réalité, DOOYEWEERD montre que l'expérience ordinaire est la donnée première, indispensable, précédant nécessairement toute theoria sur la nature de la réalité et de la connaissance.

L'expérience ordinaire nous fait rencontrer globalement, événementiellement, concrètement, la réalité. Dans l'expérience ordinaire le sujet et l'objet sont en relation pré-théorique, a-théorique, non-théorique. Les choses, les personnes, et nous, nous nous rencontrons. Et les différents " aspects " de l'objet nous apparaissent alors implicitement sans que nous les distinguions encore explicitement.

La pensée théorique, scientifique elle, analyse ce qui " va ensemble " dans l'expérience ordinaire et apprend, de mieux en mieux, à distinguer les aspects modaux, les sphères de lois, de la réalité. Elle passe de la systasis à la distasis.

Dans la pensée théorique, les différentes fonctions de l'homme et les différents aspects correspondants du cosmos sont théoriquement et analytiquement différenciés, distingués. Et la cohérence de l'expérience ordinaire fait place aux indispensables abstractions théoriques des diverses sciences.

L'expérience ordinaire est forcément, nécessairement, la première " donnée " dans notre vision de la réalité, une donnée qui peut être enrichie, précisée, mais qui ne peut jamais être dépassée car nous y revenons toujours.

Le cosmos, créé par Dieu et maintenu par lui, et que nous rencontrons concrètement dans l'expérience ordinaire, est non pas " apparence " mais " réalité ", réalité préalable nécessaire à tout exercice de la pensée théorique.

DOOYEWEERD distingue quinze aspects qu'étudient quinze sciences différentes. Il pourra en être découvert plus si apparaissent des " antinomies " dénonçant une confusion d'aspects; par exemple, les antinomies de Zénon (à propos d'Achille et de la tortue et à propos de la flèche) viennent d'une confusion entre l'aspect spatial et l'aspect de mouvement.

Voici ces quinze aspects :

1. l'aspect numérique, étudié en arithmétique,

2. l'aspect spatial, étudié en géométrie,

3. l'aspect de mouvement, étudié en cinématique,

4. l'aspect d'énergie, étudié en physique et chimie,

5. l'aspect vital, étudié en biologie, en physiologie et en morphologie,

6. l'aspect de sensation, étudié en psychologie.

7. l'aspect de réflexion, étudié en logique,

8. l'aspect de culture, étudié en histoire,

9. l'aspect de communication symbolique, étudié en philosophie et en sémantique

10. l'aspect social, étudié en sociologie,

11. l'aspect économique, étudié en économie,

12. l'aspect de beauté, étudié en esthétique,

13. l'aspect de justice, étudié en droit,

14. l'aspect d'amour, étudié en éthique,

15. l'aspect de foi, étudié en théologie.

Les six premiers " aspects " définissent des sphères de lois immédiates car leurs sujets ne peuvent faire autrement que leur obéir.

Les neuf derniers " aspects " définissent des sphères de lois normatives car les hommes doivent leur obéir mais peuvent leur désobéir.

Dans la liste ci-dessus les quinze aspects, abstraits de la réalité concrète donnée dans l'expérience ordinaire, sont placés en ordre non pas de " difficulté " mais de " complexité "croissante. A chaque aspect correspond un ensemble de lois spécifiques étudié par une science (ou par des sciences) particulière(s).

Toute chose, tout existant, tout événement, ne peut être ramené à un seul ou à quelques-uns de ces divers aspects. Un " événement historique ", par exemple, est un événement dont la science historique étudie un aspect mais dont d'autres sciences peuvent étudier des autres aspects.

 

DEUXIEME PROBLEME TRANSCENDANTAL

De quel point de vue pouvons-nous rassembler synthétiquement les divers aspects de la réalité? Autrement dit : quel est le point de départ du philosophe, de la philosophie, dans sa pensée sur l'ensemble des aspects de la réalité ? C'est le problème central d'une critique transcendantale de la philosophie.

Selon DOOYEWEERD , tous les " ismes " de la philosophie (matérial-isme, biologisme, historic-isme etc.) proviennent de l'interprétation de la totalité des aspects de la réalité à partir d'un seul aspect de la réalité.

Seule la Parole de Dieu, avec son motif fondamental : " création-chute-rédemption ", peut fournir le point de départ " vrai " permettant de " voir " les réalités étudiées par les diverses sciences dans leur " ordre " et dans leurs " relations ".

Ou bien le philosophe, caché en tout homme de science, poursuit ses recherches à partir de Celui qui est, selon sa révélation, le Créateur et le Rédempteur du créé, ou bien, inévitablement, il poursuit ses recherches à partir d'un ou de plusieurs aspects du créé, cherchant ses principes d'exploration et d'explication dans le créé.

Voilà pourquoi DOOYEWEERD appelle immanentistes tous les systèmes non chrétiens de la pensée théorique.

A l'inverse de ces systèmes, la pensée théorique, scientifique, philosophique, chrétienne, se doit de reconnaître la dépendance de toute pensée par rapport à la Révélation de Dieu, et de refuser toute absolutisation d'un aspect du créé, établi, par toute pensée apostate, à la place du Créateur.

Au cours de sa rigoureuse critique, DOOYEWEERD montre que l'histoire de la philosophie est pleine des antinomies auxquelles aboutissent les différentes philosophies, précisément parce qu'elles absolutisent tel aspect du créé et rejettent la souveraineté du Créateur et de Sa révélation. L'ironie divine se révèle en ce que toute absolutisation d'un aspect cosmique est bien vite relativisée par l'absolutisation d'un autre aspect.

Le " point d'Archimède " (" Donnez-moi un point d'appui hors du monde et je le soulèverai ") de la pensée théorique ne peut être trouvé dans les aspects créaturels mais dans le " cœur " qui transcende ces aspects dans son rapport avec Dieu, c'est-à-dire " ailleurs "que dans l'immanence.

En fait, la pseudo-découverte d'un " point d'Archimède " dans l'absolutisation d'un aspect du créé n'est pas un fruit de la pensée théorique, quoi que prétendent les diverses philosophies immanentistes mais un choix religieux apostat, préalable à cette pensée, et non discerné comme orientation idolâtrique et dévoyée du " cœur " de l'homme.

Ceci nous amène au :

 

TROISIEME PROBLEME TRANSCENDANTAL

Comment la connaissance véritable de soi-même est-elle possible et de quelle nature est-elle?

Aucune science particulière ne peut nous dire ce qu'est l'homme, qui est l'homme. Certes, les sciences (la physique, la biologie, la psychologie, la linguistique, la sociologie, l'économie, l'esthétique, etc.) nous apportent toutes des renseignements sur l'homme puisque le " cœur ", le "  moi ", de l'homme " fonctionne " dans toutes les sphères modales, dans tous les aspects temporels de la réalité.

Mais nous ne pouvons connaître ce qu'est l'homme, qui est l'homme - et quelle est l'orientation fondamentale de son " cœur " (au grand sens biblique du mot " cœur ", ce "cœur d'où jaillissent toutes les sources de la vie ") - que dans la connaissance vraie de Dieu. DOOYEWEERD rappelle ici le commencement de l'Institution chrétienne de CALVIN :

" Toute la somme presque de notre sagesse, laquelle, à tout conter, mérite d'estre réputée vraye et entière sagesse est située en deux parties : c'est qu'en cognoissant Dieu, chacun de nous aussi se cognoisse. "

Mais attention ! la vraie connaissance de Dieu n'est pas la science théologique car la théologie aussi est un savoir théorique.

La vraie connaissance de Dieu est une connaissance supra-théorique, la connaissance "religieuse " du " coeur " de l'homme. C'est la connaissance de la Révélation du Dieu vivant, par la puissance de l'Esprit Saint agissant dans le " coeur ", au point de concentration radical de notre existence tout entière.

En se révélant dans le coeur de l'homme par sa Parole et son Esprit, Dieu se révèle et nous révèle à nous-mêmes dans notre unité centrale, et nous fait nous connaître nous-mêmes dans la connaissance qu'il nous donne de lui.

Le " coeur " de l'homme, ce centre rayonnant sur toute notre existence, est en soi "religieux ", c'est-à-dire qu'il est " relié " à la véritable, ou à une prétendue origine absolue, ou absolutisée, de toute la diversité (de notre existence temporelle et du monde).

C'est cette relation religieuse du coeur, soit à Dieu soit à une Idole, qui détermine toute pensée théorique, philosophique ou scientifique, y compris la théologie (comme elle détermine l'expérience ordinaire).

La religion (du coeur de l'homme) ne peut être décrite et définie phénoménologiquement, ou sociologiquement, ou historiquement, ou psychologiquement, ou biologiquement, etc., car elle transcende la diversité temporelle. Ni SCHLEIERMACHER, ni William JAMES , ni FREUD, ni Rudolf OTTO n'ont pu décrire et définir la religion (du coeur de l'homme).

Si le " coeur " de l'homme est relié (religioné !) à Dieu, toute l'existence de l'homme, y compris sa pensée théorique, est animée par cette orientation religieuse vraie. Si le " coeur " de l'homme est relié (religioné !) à une Idole (un aspect du créé, absolutisé) toute l'existence de l'homme, y compris sa pensée théorique, est animée par une orientation religieuse erronée. Tertium non datur.

Autrement dit : toute theoria toute connaissance théorique, présuppose une orientation (vraie ou apostate) du coeur. La prétendue autonomie de la pensée théorique (philosophique et scientifique) est un mythe à démythologiser. Il est toujours, sous elle, en dedans d'elle, un point de départ supra-théorique qui détermine la pensée théorique.

Concluons cette première partie :

DOOYEWEERD a mis en évidence la double présupposition inévitable de toute pensée théorique (philosophique et scientifique) :

– d'abord un point d'Archimède d'où l'homme a la vision de la diversité et de la cohérence de sens du cosmos,

– ensuite un choix de (ce que l'homme croit être) l'origine absolue de toute cette diversité et cohérence de sens, choix qui détermine le contenu de sa vision concernant cette diversité et cohérence.

 

II

Avant cette deuxième partie il eût été intéressant d'examiner critiquement l'histoire de la pensée occidentale et de suivre DOOYEWEERD dans l'étude magistrale qu'il a faite des motifs de base de cette pensée :

- le motif grec " Forme-Matière " puis

- le motif médiéval " Nature-Grâce ", et enfin

- le motif moderne " Nature-Liberté ".

Il eût été intéressant aussi de voir comment les philosophes chrétiens et les théologiens chrétiens ont (constamment ou presque, hélas !) cherché à " accommoder " les uns aux autres le motif biblique " Création-Chute-Rédemption " qu'ils tenaient de la Révélation et les motifs apostats qu'ils trouvaient dans le climat spirituel où ils vivaient.

Mais il est plus urgent et fondamental d'esquisser qu'elles peuvent être, quelles doivent être, positivement, les tâches d'une philosophie et d'une théologie chrétiennes et comment elles peuvent, comment elles doivent s'entraider.

Nous commencerons par la philosophie chrétienne.

Toute recherche philosophique, toute recherche de la " sagesse ", commence comme le rappellent, entre autres, les livres de Job et des Proverbes - par la "  crainte du Seigneur ".

Selon le Nouveau Testament, la route royale de la vraie sagesse, d'une saine philosophie, passe par la Croix de Celui qui " par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice, et sanctification, et rédemption " (1 Cor. 1/30).

La philosophie qui s'appuie " sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ ", philosophie s'exprimant en des formes diverses qui aboutissent toutes à des antinomies, philosophie enracinée dans la folle pensée d'une raison indépendante, se suffisant à soi-même, et prétendument autonome, doit " mourir " à la Croix, être " ensevelie ", et " renaître " reformée, restaurée, renouvelée, transfigurée, en vraie sagesse, en saine philosophie :

Autrement dit : la philosophie doit être libérée de ses attaches radicales aux Idées, aux Images, aux Idoles, de ses attaches radicales à des Mythes - selon 2 Timothée 4 / 4 -, si elle veut commencer à devenir vraiment " amour de la sagesse ".

Autrement dit encore : la philosophie ne recommence à devenir libre, à devenir elle-même qu'en renonçant radicalement à sa prétendue autonomie et qu'en s'humiliant, comme tout savoir humain le doit, devant la Parole de Dieu, devant la Croix du Christ Jésus " dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science " (Col. 2 / 3).

Il n'y a qu'une seule Reine de toutes les sciences, de la philosophie et de la théologie, et cette Reine c'est la Parole de Dieu, seule Vérité absolue, seule source et seule norme de toutes vérités.

Quand LUTHER dit, au grand scandale de Jacques MARITAIN 1, que " la raison, c'est la plus grande putain du Diable " et qu'elle " est et doit être noyée dans le baptême ", il s'en prend justement à la raison " autonome " qui " chez les croyants doit être tuée et enterrée ". Il ne s'agit pas chez LUTHER , comme le croit MARITAIN, d'" anti-intellectualisme " ou de " volontarisme ". Le Réformateur entend seulement remettre la raison humaine à sa juste place : sous la Croix du Fils de Dieu, sous l'autorité libératrice et rédemptrice de la Parole de Dieu. La " putain " est appelée à entrer dans le Royaume de Dieu. Encore faut-il d'abord, pour cela, qu'elle meure et qu'elle renaisse, qu'elle meure pour renaître, à la Croix.

Une philosophie re-formée, une philosophie chrétienne, une philosophie " s'appuyant sur Christ " doit être animée par le motif biblique essentiel : celui de la Création, de la Chute, et de la Rédemption en Jésus-Christ dans la communion de l'Esprit Saint.

En un sens profond (et non spatial bien entendu !) la Loi est la frontière distinguant le Créateur du créé Dieu est au-dessus de la Loi; tout ce qui est créé est soumis à la Loi. Quand nous disons la Loi, il s'agit non pas du Décalogue seulement mais de l'ensemble des " ordonnances " et principes structurels rendant possibles les réalités et les événements et qui constituent l'ordre temporel intégral.

Le " temps " du créé est réfracté dans les différents aspects du créé en autant de différentes sortes de temps accordées chacune à tel de ces aspects.

Certes, la Parole de Dieu ne nous apporte ni une mathématique, ni une physique, ni une biologie, ni une politique, ni une théologie, ni une philosophie, etc., révélées. Il appartient aux hommes, dans leurs responsabilités et selon leurs vocations, de poursuivre les diverses recherches scientifiques.

Mais la Parole de Dieu doit être reconnue comme le point de départ absolu, la source absolue, et la norme absolue, de toute theoria, de toute pensée théorique, comme aussi, bien sûr ! de toute activité humaine. Elle nous apporte le cadre, la charpente, de références normatives, unifiant et orientant notre pensée et notre vie. Elle nous apporte le fondement sur lequel construire, les présuppositions nécessaires à une vraie sagesse, à une vraie philosophie.

La première tâche de la philosophie - indispensable en cela à toutes les autres sciences y compris la théologie - est d'établir une vue théorique de la totalité, et, par suite, d'étudier l'ensemble des divers aspects modaux du créé, leur diversité, leur ordre de succession théorique, leurs relations mutuelles et leur cohésion.

Chaque aspect modal de la réalité et de notre expérience étant lié aux autres aspects dans la réalité concrète et dans l'expérience concrète, et cela parce que chaque aspect comporte à la fois a) un noyau irréductible, spécifique, de sens et b) une suite analogique d'anticipations par rapport aux aspects plus complexes et de rétrocipations par rapport aux aspects moins complexes, seule la philosophie peut apporter aux autres sciences, y compris la théologie, les notions théoriques précisant leurs t noyaux de sens " et les analogies en avant (anticipations) et en arrière (rétrocipations) qui leur sont indispensables tant pour leurs tâches particulières que pour leurs rapports entre elles.

Mais si nous rapprochons " philosophie " et t théologie " que constatons-nous?

La plupart des théologiens chrétiens - nous l'avons déjà vu - croient, comme presque tout le monde, à la prétendue autonomie de la pensée philosophique, comme aussi à l'autonomie de toute pensée théorique, scientifique... à la seule exception (partielle) de la théologie !

C'est ainsi que BARTH affirme, au début de sa Dogmatique :

" C'est un fait que la philosophia christiana n'a jamais été réalisée : lorsqu'elle était philosophia, elle n'était pas christiana, et lorsqu'elle était christiana elle n'était plus philosophia. "

Par contre, théologien, BARTH fait ce que tendent continuellement à faire tous les savants quand il parlent de t leur " science : il érige sa science particulière - ici la théologie - au sommet ou au centre des autres sciences :

" La théologie est la science qui, en dernière analyse, s'assigne (son objet). . . en lui subordonnant tous les autres objets de la recherche humaine. "

Affirmons-le nettement : la théologie n'est pas la Reine des sciences. La seule Reine de toutes les sciences, y compris la théologie, est la Parole de Dieu.

Il n'y a pas d'une part une science chrétienne : la théologie, et, d'autre part, des sciences qui seraient profanes.

Il y a des sciences diverses qui, toutes, peuvent être soit chrétiennes si elles s'efforcent de se soumettre à la Parole de Dieu, soit apostates, y compris la théologie, si elles se prétendent principiellement souveraines, autonomes, indépendantes, si elles se révoltent contre la Parole de Dieu ou en nient la Vérité absolue.

En fait, BARTH maintient, sur la question du rapport théologie-philosophie, le dualisme médiéval " nature-grâce ". Il remplace seulement la conception synthétique de la scolastique par une conception antithétique. Or, la véritable antithèse n'est pas entre la nature et la grâce, ou entre un domaine du créé et un autre domaine, ou entre la théologie (qui serait chrétienne) et la philosophie (qui serait profane), mais entre l'obéissance et la désobéissance à la Parole de Dieu, entre ce qui est de Dieu et ce qui est du péché. Et cela à l'intérieur de chaque science. Si la philosophie peut se prostituer, la théologie le peut aussi.

Par ailleurs, la Parole de Dieu en tant qu'elle présente son motif de base radical, central, fondamental, " Création-Chute-Rédemption ", n'est pas l'objet spécifique de la science théologique. En tant que motif opérant au " coeur " de l'homme, la Parole de Dieu domine royalement toutes les sciences.

L'objet théorique spécifique de la théologie ce sont les vérités de foi qui, sous l'aspect limite de notre expérience temporelle qu'est l'aspect de foi, s'expriment dans l'ensemble de la Sainte Ecriture.

Quand, par exemple, le professeur de l'Université de Bordeaux Jacques ELLUL parle du " fondement théologique du droit ", fi se trompe. Il aurait dû parler du fondement divin du droit, ce qui n'est pas la même chose. Le droit, au sens chrétien, de cette science, ne repose pas sur la théologie mais sur la Parole de Dieu. La théologie peut aider le juriste comme le droit peut aider le théologien en raison des rapports analogiques des diverses sciences. Mais jamais une science n'a une autre science comme source ou comme fondement.

De plus, toutes les sciences, y compris la théologie, ont besoin de la philosophie. La théologie, science théorique, a besoin de concepts, de notions. Ces concepts, ces notions, ont des sens analogiques dans toutes les sciences. Seule la philosophie, parce qu'elle est la science de la totalité de la pensée théorique, peut apporter à la théologie, qui est une science particulière ayant un objet spécifique dans l'aspect de foi de notre expérience temporelle, une critique et une définition, aussi précises et scientifiques que possible, de ces concepts, de ces notions, sous l'autorité-reine de la Parole de Dieu.

Si le théologien utilise (consciemment ou inconsciemment) les concepts non assez critiqués et définis d'une philosophie apostate - c'est-à-dire d'une philosophie ayant d'autres motifs de base fondamentaux que le motif de base chrétien " Création-Chute- Rédemption " -, sa théologie sera contaminée par les concepts fournis par cette philosophie.

Tour à tour PLATON , ARISTOTE, DESCARTES , KANT, HUSSERL, HEIDEGGER , etc., ont contaminé la théologie chrétienne.

Parce qu'il a nié la seule " possibilité " d'une philosophie chrétienne et s'est laissé contaminer par le platonisme, le kantisme et l'existentialisme, BARTH a laissé la voie ouverte aux théologies descendantes qui ont naturellement suivi la sienne depuis BULTMANN jusqu'à l'athéisme chrétien.

Certes, la philosophia reformata, la philosophia christiana, peut et doit utiliser après les avoir critiqués-les apports conceptuels de toutes les philosophies (y compris celles de PLATON , ARISTOTE , DESCARTES , etc.) et apporter ainsi son aide fraternelle et indispensable à la theologia reformata, à la theologia christiana : la grâce universelle et accompagnatrice de Dieu dans tout le déroulement historique de la pensée humaine, ne peut et ne doit être méprisée; mais encore faut-il que l'autorité souveraine et totalitaire de la Parole de Dieu soit respectée avant tout.

Toute " accommodation ", tout " concordisme ", dans toute pensée théorique, y compris la théologie, du motif de base biblique, chrétien, à des motifs de base apostats animant la pensée théorique prétendument autonome, a toujours abouti à des contaminations déplorables et souvent mortelles.

Parce que tous les aspects modaux de la réalité créée et de l'expérience sont nécessairement liés, une véritable reformation de la pensée théorique doit être résolument poursuivie dans toutes les sciences, dans la philosophie d'abord qui doit être philosophia reformata, dans la théologie et les diverses autres sciences ensuite.

Là est la vocation imprescriptible de tous les chrétiens appelés à aimer Dieu (et sa Parole) de tout leur " cœur " et de toute leur " pensée ".

Alors la philosophia reformata pourra aider sa soeur, la theologia reformata, à se dégager d'un certain nombre d'entraves pour progresser selon son objet et sa tâche spécifiques.

La théologie chrétienne pourra alors préciser, approfondir, et développer la vérité de foi, de la prédestination, souvent confondue avec un déterminisme causal physique, la vérité de foi de la création, souvent confondue avec un processus génétique temporel, la vérité de foi de la justification par la foi souvent confondue avec un légalisme juridique, etc.

Une telle manière de voir et de faire, loin d'être étroite et rigide, est en fait ouverte et souple. En terminant, je voudrais montrer pourquoi.

Tout d'abord, il faut affirmer que la philosophie chrétienne, comme toute science, comme la théologie chrétienne, n'est qu'une approche progressive, qu'une recherche progressive. Devant la Parole de Dieu, seule absolue, nos expositions humaines sont relatives, faillibles, correctibles, perfectibles.

Seule la Parole de Dieu - qui ne se confond avec aucune science, même chrétienne - est la Vérité. Mais, sous l'emprise du motif de la Sainte Ecriture, la philosophie chrétienne, à bien des égards " en petit commencement ", peut et doit manifester l'action réformatrice, restauratrice, du principe de la vie nouvelle en Jésus-Christ.

Le développement d'une theoria chrétienne, en philosophie, en théologie, dans toutes les sciences, ne peut être qu'une oeuvre commune, oecuménique, par-delà les frontières des nations et des dénominations.

En second lieu, il faut savoir que Dieu, par sa grâce générale et providentielle, maintient la vie de tous les hommes et leur accorde de nombreux dons afin de limiter les effets intensifs du péché et de permettre un développement tout au long de l'histoire. C'est ainsi qu'il y a eu et qu'il peut toujours y avoir une vie conjugale, une vie familiale, une vie politique, une vie scientifique, une vie esthétique, etc., qui se manifestent, parfois de façon admirable, dans des époques et en des lieux où l'Evangile rédempteur était ou demeure inconnu.

Des hommes qui rejettent Dieu et sa révélation reçoivent cependant de sa grâce générale ce qui les rend capables de bien raisonner, de faire des découvertes, de composer de la belle musique, de faire avancer telle ou telle science.

Aussi la recherche d'une theoria chrétienne, en quelque domaine que ce soit, ne peut négliger les vérités partielles et relatives de haute importance, reconnues, découvertes, par des non-chrétiens ou des ennemis du Christ.

Ces vérités partielles et relatives trouveront précisément tout leur sens, toute leur valeur, lorsque, détachées des motifs de base (et des visions) apostats qui les " faussent ", elles seront interprétées et intégrées dans une conception chrétienne du monde et de l'homme.

La méthode critique de la pensée chrétienne, ouverte et souple, permet tout autant d'être exclusif des faux motifs de base qu’inclusif des vérités de toute pensée humaine même non chrétienne ou antichrétienne.

Bien plus : parce qu'elle découvre les motifs de base souvent cachés qui déforment les vérités inscrites et reconnaissables dans des systèmes non chrétiens et provoquent les oppositions radicales entre ces systèmes, la recherche théorique chrétienne peut réconcilier et pacifier en elle ce qui ailleurs bataille et s'oppose vainement.

Alors que la pensée occidentale, inconsciente de ses présupposé religieux apostats, devenue littéralement " ivre " de sa prétendue autonomie, devient de plus en plus incapable d'assumer sa tâche proprement philosophique et se laisse supplanter par un pragmatisme pratique qui la rejette vers une pure mythologie ou de curieux ésotérismes, il appartient à la pensée chrétienne de découvrir de mieux en mieux la grande vocation par laquelle Dieu l'interpelle pour sa gloire et le progrès du peuple chrétien dans la reconnaissance et l'obéissance de la foi.

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1. Trois Réformateurs. Plon 1925, pp. 46 ss. [retour]

 

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Published by Luc Bussière - dans Cours 1 philo chrétienne
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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 14:01

Les questions fondamentales en philosophie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Termes philosophiques

 

La question

La réponse chrétienne

La réponse non-chrétienne

Ontologie

Comment existons-nous ?

D’où venons-nous ?

D’où vient l’univers ?

 

Origine « surnaturelle »

Origine naturelle

Epistémologie

Comment savons-nous ?

Comment savons-nous que nous savons ?

 

Par révélation

Par la logique et l’inspiration.

Le rationalisme

Axiologie

Est-ce que la morale et l’éthique donnent les mesures absolues ?

Dieu est l’absolu

L’homme est l’absolu

Humanisme

La matière est l’absolu

Matérialisme

Teléologie

Où allons-nous ?

Quel est le sens de la vie et du cosmos ?

Royaume de Dieu

Royaume terrestre : communisme et autres ismes.

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 14:01

 

Les branches de la philosophie.

   

 

La branche concernée

 

La question fondamentale

 

 

Epistémologie

Comment pouvons-nous connaître ce que nous connaissons ?

 

 

Métaphysique :

-       Ontologie

-       Théologie naturelle

 

Quelle est la nature ultime de l’univers ?

La logique

Quels sont les principes desquels toute vérité dépend ?

  

Philosophie de la nature :

-       Cosmologie philosophique

-       Biologie philosophique

-       Psychologie philosophique (Anthropologie)

 

Quelle est la constitution fondamentale des différents êtres particuliers qui composent l’univers matériel ?

Esthétique

Qu’est ce que la beauté ?

 

Ethique

Qu’est ce qui est bien et comment le déterminer ?

 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 13:52

 


Extrait de l’article de Jean Brun : « Hellénisme et Christianisme » Tiré de la revue Hokhma, 41/1989. 


 

La notion de vérité.

 

«… de l’hellénisme au christianisme, il y a rupture et non continuité, le christianisme n’a rien à voir avec une philosophie qui serait le produit de l’histoire dont elle constituerait un moment…1- Une première opposition fondamentale se trouve au centre de toutes les réflexions gravitant autour de la notion de Vérité. Les philosophies grecques sont des philosophies du dévoilement qui promettent au disciple studieux un accès à la vérité rendu possible par un savoir ascensionnel qui, au cours de différentes étapes, conférera à celui qui l’aura acquis la contemplation de la vérité. On l’a assez répété, depuis et avec l’encombrant Heidegger, alètheia signifie dévoilement et implique un acte intellectuel mettant au jour ce qui était caché. Tout le problème est donc d’éliminer les écrans qui nous masquent la vérité et de tirer les voiles qui nous empêchent de la voir. Pour Platon, les deux principaux écrans nous empêchant d’accéder à la vérité sont la sensation et l’opinion dont nous devons nous défaire. Pour Aristote ce sont les vices de raisonnements et les sophismes qui nous arrêtent sur la voie conduisant à la vérité, voir que Parménide avait chantée en des termes lyriques. Que l’on mette l’accent sur les erreurs de jugements, comme le firent les stoïciens, ou sur les superstitions comme le firent les épicuriens, de toute manière la possession ou la contemplation de la vérité est promise au philosophe qui pourra y accéder grâce à une ascèse intellectuelle le conduisant sur la bonne route au cours d’une démarche quasi initiatique.

 

C’est pourquoi les philosophies du dévoilement ont un point commun : toutes affirment que l’homme est capable de « s’identifier à Dieu », même si ce n’est que pour un court instant. L’idée et la formule correspondante se trouvent chez Platon et Aristote, voire chez les stoïciens et chez les épicuriens pour lesquels le sage est comme un dieu vivant sur la Terre. Mais cette idée arrive à son apogée chez Plotin. Son disciple et biographe Porphyre nous dit que Plotin, à plusieurs reprises au cours de sa vie, a « vu » ; comme le note fort bien H-Ch.Puech, le plotisme est une mystique de la transcendance. Pour Plotin, en effet, au terme dernier de la démarche ascensionnelle le contemplant devient semblable à la vérité ou au Dieu qu’il contemple. C’est pourquoi Plotin nous demande de nous dépouiller des scories qui cachent la belle statue que nous sommes, afin de devenir nous-mêmes le Dieu. Dans une telle philosophie, qui eut une importance considérable chez les théologiens du Moyen Age, surtout par l’intermédiaire du pseudo-Denys l’Aéropagite, le salut est là, il n’y a qu’à en prendre conscience ; il suffit d’inverser l’extase catastrophique de la procession, qui nous fait passer de l’Un au Multiple en nous précipitant dans la matière et dans le mal, pour annuler cette chute grâce à une extase ascensionnelle conduisant à la contemplation de ce qui est au-delà de l’essence et de l’existence.

 

L’homme peut donc faire son « salut » par ses propres forces grâce à l’acquisition d’une connaissance purificatrice et salvatrice : il n’a nul besoin d’intermédiaire, de Médiateur ni de Grâce. A tel point qu’Aristote, pour qui Dieu meut le monde et le touche mais ne peut en être touché, affirme pourtant que nous pouvons parfois nous identifier à ce Dieu « séparé », ne serait-ce que pour un bref moment.

 

Cette conception de la vérité n’a rien à voir avec celle que nous apport le message chrétien. Pour le christianisme, la Vérité n’est ni en l’homme, ni en dehors de l’homme ; c’est l’homme qui est dans la vérité, il n’en est ni le dépossédé, puisqu’il a été fait à l’image de Dieu, ni le possesseur, puisqu’il est l’être de la chute. Lorsque Ponce Pilate demande : « Qu’est ce que la vérité ? », il le fait en sceptique désabusé qui sait que tous les philosophes prétendent donner une définition de la vérité sans pourtant parvenir à se mettre d’accord entre eux. La même question pourrait se retrouver aujourd’hui sous la plume des tenants de la philosophie analytique ou quelque disciple de Wittgenstein. Ceux-ci définiraient alors volontiers la vérité comme l’expression d’une cohérence logique intra ou interpropositionnelle : quant aux positivistes ils feraient de la vérité un système de formules déductivement démontrées et expérimentalement prouvées.

 

Mais on pourrait imaginer que la question : Qu’est ce que la Vérité ? fût hurlée, à la manière de Nietzsche, comme un cri de désespoir attendant une réponse tout autre que celle apportée par des logiciens ou par des savants. Lorsque Jésus parle, il utilise souvent la tournure : « en vérité, je vous le dis » : lorsqu’il désigne ses disciples il dit qu’ils « sont DE la vérité ». La vérité est donc ce qui fait l’homme mais ce que l’homme ne peut faire, l’homme n’en est ni l’inventeur ni l’auteur, il doit en être le témoin. Un tel message ne se trouve nulle part dans les philosophies grecques.

 

 Les philosophies grecques sont des philosophies de l’intériorité qui pensent que la vérité se trouve dans l’homme mais que celui-ci l’a oubliée et qu’il ne sait plus la retrouver. Il a donc besoin d’un guide qui le conduise par la main à l’intérieur de lui-même jusqu’au point où il redécouvrira ce que les eaux du Léthé avaient depuis longtemps enfoui. C’est ainsi que Socrate compare son travail à celui de sa mère, la sage-femme Phénarète, et prétend que sa tâche est de faire retrouver à son interlocuteur la vérité cachée qui se cachait en lui. C’est pourquoi Socrate ne cesse d’affirmer qu’ « apprendre, c’est se ressouvenir » et que le savoir est réminiscence » ; ainsi Socrate peut faire sienne la célèbre maxime inscrite au fronton du temple de Delphes : « connais-toi toi-même ».

 

Les Ecritures, au contraire, ne cessent de nous mettre en garde contre toutes ces allures trompeuses du vrai que nous pourrions dégager d’une réflexion sur nous-même : « Prends garde que la lumière que tu trouves en toi ne soit que ténèbres ». Pour un Plotin, au contraire, qui se situe explicitement aux antipodes du christianisme, il s’agit de plonger en nous, non certes pour nous affirmer comme individu, mais pour découvrir la source de la lumière intérieure capable de nous rattacher à l’Un nous libérant de cette individualité. Dans le christianisme la lumière vient à nous lorsque Dieu éclaire, mais nous sommes incapables de l’allumer par nos propres forces et c’est pourquoi toute prière est un appel à la délivrance. Si l’extase plotinienne peut conduire à l’illuminisme qui amène l’individu à penser qu’il est finalement devenu Dieu, l’illumination du message chrétien fait naître un homme nouveau et le « chemin de Damas » n’a rien à voir avec une quelconque démarche initiatique comblant le sage ou le myste des bienfaits de la connaissance éclairante.

 

 

La vertu, le caractère  et le savoir.

 

Citation de Jean Brun, cité plus haut, suite : « 3- La conception grecque de la vérité, et l’idée selon laquelle le savoir est une réminiscence nous permettant de retrouver la source perdue, aboutit à définir la vertu comme un savoir. Certes, Socrate ne cesse de dénoncer les prétentions des sophistes pour qui la vertu était un savoir – faire qu’ils se faisaient fort d’enseigner au même titre que l’art ou la rhétorique : mais Socrate répète toujours que « nul n’est méchant volontairement ». Si le méchant se détourne du Bien, c’est parce qu’il l’ignore, il suffit donc de l’éclairer  pour que, guidé par un savoir illuminateur, il se détache de ce mal qui n’était que la rançon de son ignorance.

 

Il vient s’enraciner l’idée selon laquelle omnis peccans est ignorans, idée que l’on retrouverait chez Descartes pour qui il suffira de bien juger pour bien faire. Kant adoptera pour un temps le même point de vue, et pensera qu’une bonne pédagogie et qu’une bonne politique doivent être capables de libérer les hommes des maux dont ils souffrent et qui relèvent d’une thérapeutique dispensée par un savoir droitement appliqué. Mais il abandonnera ensuite cet optimisme qui revient finalement à penser que le salut peut se faire par les œuvres, pour en revenir à des considérations sur le « mal radical » que beaucoup ne lui pardonnèrent pas.

 

Kierkegaard admirait beaucoup Socrate mais il lui reprochait cet optimisme du savoir totalement indifférent au problème de la tentation et à celui du mal radical. On trouve dans saint Paul (Romains 7) un passage célèbre que Racine a admirablement traduit dans un de ses Cantiques spirituels ;

 

« Hélas ! en guerre avec moi-même,

Où pourrai-je trouver la paix ?

Je veux, et n’accomplis jamais.

Je veux, mais (ô misère extrême !)

Je ne fais pas le bien que j’aime,

Et fais le mal que je hais. »

 

L’hellénisme a laissé de côté tout un aspect de la condition humaine, tant était grande sa confiance dans l’homme et dans les ressources de la connaissance. Nous trouverions des prolongements modernes de son point de vue dans ces pélagianismes technicistes pour lesquels le mal se réduit à une maladie relevant de techniques salvatrices capables d’exercer leur efficacité dans le domaine économique, social, politique et pédagogique. De là proviennent ces hystéries qui prennent les sauvetages pour le Salut, qui réduisent la Misère à la pauvreté et ne pensent qu’en termes de biens à acquérir ou à distribuer

 

L’individu, la personne et le groupe.

 

La philosophie grecque parle de l’individu comme ayant sa valeur dans le fait qu’il fait partie d’un tout : la Nature (causes), la Cité (lois), le Destin (sens). L’emphase est mise sur la notion de citoyen : là est la valeur de l’individu. Au contraire,  la pensée biblique s’adresse à la personne, qui est toujours au-dessus de l’espèce. (cf la parabole de la brebis perdue).

 

Extrait de Jean Brun, cité plus haut, suite.

 

« 4- L’identification possible de l’ ‘homme à Dieu, grâce à un savoir qui permet de dévoiler la vérité et de la voir en face, est au point de départ des autodivinisations de l’homme qui sécularisera l’idée de Dieu pour affirmer avec Feuerbach qu’ « il n’y a pas d’autre dieu pour l’homme que l’homme lui-même ». De telles déifications de l’humanité furent renforcées par les sociologismes qui aboutissent à une anthropologisation implicite du Messie, à une socialisation de Dieu et à une divinisation du collectif. Pour des raisons publicitaires, politiques et épistémologiques on affirme volontiers aujourd’hui après et d’après Diderot, que « la volonté générale n’erre jamais » et que des millions de personnes ne peuvent se tromper. Tant et si bien que ces universaux modernes que sont la Société, l’Humanité, la Race, le Parti, la Classe, le Plan, etc… sont devenus de nouveaux Moloch auxquels les hommes sont sacrifiés sur les autels de l’Economie, de la Science, de la Technique et du Progrès.

 

Comme l’a bien souligné Kierkegaard, le Christ s’adressait à tous, mais jamais à la foule, car la foule crie toujours et plus que jamais : « Vive Barabbas ». Kierkegaard précise à juste titre que l’homme est le seul vivant de qui l’on puisse dire que l’individu vaut mieux que l’espèce. Il ne s’agit pas là d’un appel à quelque insupportable égoïsme, mais d’une affirmation inspirée par la parabole de la brebis perdue. Aujourd’hui, nul ne se soucie de la brebis perdue, les guides professionnels, ne s’intéressent qu’au troupeau : ils affirment que le troupeau a besoin du berger, alors que, en réalité, ce sont nos modernes bergers qui ont besoin du troupeau ».

 

(…) 6- Nous sommes ainsi conduits à souligner une nouvelle différence radicale entre l’hellénisme et le christianisme. En grec il n’existe pas de mot permettant de traduire exactement le mot « personne ». La philosophie grecque réfléchit sur l’individu en tant que celui-ci appartient à un tout qui l’englobe, que ce tout s’appelle la Nature ou la Cité. La physique étudie les rapports des individus entre eux et les relations qui les lient aux différents ensembles dont ils font partie ; c’est pourquoi la physique aristotélicienne, tout comme la logique du même philosophe, repose sur des classifications. Quant à la morale et à la politique, elles étudient les relations qui doivent unir les citoyens, dans la mesure où chacun appartient à un groupe social défini par une langue, des dieux, des monuments et une histoire.

 

La notion de personne, notion éminemment chrétienne, n’est pas au principe de considérations sur la partie et le tout. La personne relève du sacré, car elle porte en elle la signature de la création, l’image de Dieu selon laquelle elle fut faite. Qui dit personne ne dit donc pas seulement lois physiques ou juridiques, mais respect et amour, idées absolument inconnues des Grecs. Que Jésus dise au bon larron avec qui, et non pas seulement à côté de qui, il meurt qu’ils se retrouveront dans le domaine du Père, est inintelligible pour un Grec ».

 

 


 

La conception de l’amour.

 

La conception de l’amour : pour les grecs, l’amour ne s’adresse pas à la personne, mais aux qualités qu’elle possède : la beauté, l’intelligence…. Cela n’a rien à voir avec la notion de prochain. Au contraire, pour la pensée biblique, chrétienne, l’amour s’adresse à la personne, c’est un amour-don.

 

Extrait de Jean Brun, cité plus haut :

 

« 5- Telle est la raison pour laquelle il est possible d’opposer l’hellénisme et le christianisme sur un autre point essentiel, comme l’a déjà fait remarquablement Anders Nygren. L’amour (Eros), cher à la philosophie grecque, n’a rien à voir avec l’amour (agapè) dont nous parlent les Ecritures. Dans le Banquet, Platon nous explique clairement que l’amour s’adresse non à des personnes, mais à des qualités dont celles-ci sont les dépositaires ; selon lui, on aime donc quelqu’un à cause de sa beauté, de son intelligence, etc. Mais, comme le dira plus tard Pascal, si l’on m’aime à cause de ma beauté ou de mon intelligence, m’aime-t-on ? Non, car la maladie peut faire disparaître ces qualités sans tuer la personne. L’amour décrit par Platon est une amour essentiellement désincarnant qui ne voit dans l’autre qu’un support, volontiers tenu pour éphémère, de dons précieux.

 

L’agapè chrétienne n’a rien à voir avec un tel amour ; Jésus n’aime pas quelqu’un parce qu’il est aimable ; l’amour qu’il lui porte est un amour - don, un amour gratuit. Comme l’écrit sainte Thérèse d’Avila dans un fort beau poème mystique où elle chante l’amour divin :

 

« Le rien vous l’unissez

A l’être infini

Et sans le faire disparaître, vous le transformez,

Ne trouvant rien en lui qui soit digne de votre amour, vous l’aimez,

Par vous, notre néant devient grandeur. » 

 

 

La notion de Dieu.

 

Chez les Grecs les dieux eux-mêmes sont soumis aux lois inexorables du Destin qu’ils sont impuissants à changer : il existe donc au-dessus d’eux des forces avec lesquelles ils doivent compter et auxquelles ils ne peuvent s’opposer. A l’opposé, le Dieu de la Bible peut faire que ce qui a été n’ait pas été : l’Eternel rend à Job tous ses fils et tous les biens qu’il avait perdus ; Jésus ressuscite Lazare. Pour Dieu, il n’y a pas de temps irréversible, ni de vérité transcendante à laquelle il serait lui-même soumis ; la Résurrection et la Rédemption triomphent du temps c’est-à-dire finalement de la mort. A la lumière d’Occam, de Luther, de Pascal, de Kierkegaard et de Dostoïevski, le philosophe russe Chestov montre que la Bible nous enseigne que rien n’est impossible à Dieu. Si cela nous demeure inintelligible, c’est précisément parce que seules les idoles que nous forgeons nous sont compréhensibles, car elles ne font que répéter ce que nous leur avons enseigné ; c’est pourquoi nous les préférons à la Parole de Dieu. Et, selon Jean Brun, « telle est la raison pour laquelle les Grecs restèrent profondément étrangers à l’idée de Création. Le Dieu grec est un Démiurge, un architecte qui travaille une matière déjà là et qui l’organise selon les finalités multiples. C’est pourquoi l’on trouve chez Aristote l’amorce d’une philosophie de la technique, voire d’une philosophie du progrès, points qui ont été trop peu soulignés. 

 

Etre et faire.

 

Extrait de Jean Brun, cité plus haut, suite.

 

« 8- (…) Aristote critique, en effet, son maître Platon pour qui l’homme restait le plus démuni des vivants ; Aristote insiste sur cette idée que l’homme a sur les animaux le privilège exclusif de posséder une main que la nature lui a donnée parce qu’il était le plus intelligent des êtres. Or cette main lui permet d’exercer des fonctions multiples : de prendre, de serrer, de se modeler, de tirer, de pousser, bref de s’emparer de la nature pour la vaincre et la modifier ; c’est pourquoi Aristote dit de la main qu’elle est « l’outil des outils ». Il y a là un point de vue essentiel et neuf, car tous les instruments, toutes les futures machines ne seront que des projections organiques de la main humaine à laquelle ils donneront des fonctions et des pouvoirs amplifiés si riches que Descartes nous invitera à « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ».

 

Dès lors, Aristote ne voit plus dans le temps ce qui emporte toutes choses vers la décadence et vers la mort, idée familière aux grecs qui liaient toujours le devenir et la corruption ; avec Aristote le temps devient l’ « auxiliaire bienveillant » des actions humaines et le Stagirite insiste même sur cette idée que nos œuvres viennent s’ajouter à celles de nos prédécesseurs qui les compléteront à leur tour. Le temps n’est donc plus ce qui défait l’homme mais bien ce qui le fait, à sa manière il est lui aussi un démiurge.

 

Une telle ligne de force, qui répétons-le prend sa source dans l’aristotélisme, conduit à ces prestiges du FAIRE et à cette idée d’un salut par les œuvres dont nous subissons aujourd’hui toutes les tyrannies. Les applications de la technique sont devenues si spectaculaires et si tentaculaires que nous pensons de plus en plus que tout relève du FAIRE et que l’ETRE n’est autre que la somme de ses actions. La question : « que faut-il faire ? »est devenue non pas le signe d’un souci d’efficacité, mais la marque d’une paresse intellectuelle profonde ; elle nous amène, en effet, à penser que tout relève de réparateurs spécialisés auxquels nous n’avons qu’à nous confier car ils savent ce qu’il faut faire. Nous pensons en termes de « pannes » et de « dépannages », et nous attendons passivement que d’adroits techniciens nous dépannent psychologiquement, socialement, économiquement, existentiellement, ontologiquement.

 

C’est pourquoi nous nous en remettons aux mains des pilotes du temps et aux ingénieurs de l’histoire. Dans tous ces domaines nous attendons que l’on nous donne des recettes accompagnées d’une mode d’emploi. Il y a là une attitude essentiellement païenne qui investit le savoir et le pouvoir de vertus magiques et salvatrices.

 

Cela ne doit naturellement pas nous amener à conclure que nous ne devons rien faire, nous devons comprendre que, si l’action est nécessaire, elle n’est pas suffisante et reste même souvent dérisoire. La grande poétesse Marcelline Desbordes – Volmore rend compte d’un drame en termes fort simples : « Il n’aimait pas. J’aimais. » Que FAIRE en pareil cas ? Il n’y a rien à FAIRE ; l’homme n’a pas le pouvoir de faire naître dans le cœur de l’autre un amour qui ne s’y trouve pas. Que faire pour quelqu’un qui pleur un parent ou un ami disparu, qui se désespère dans le remords où le plonge un parent ou un ami disparu, qui désespère dans le remords où le plonge le souvenir d’une faute commise ? Il n’y a rien à FAIRE. Que faire devant la mort ? Il n’y a rien à FAIRE. De telles situations –limites ne relèvent d’aucune thérapeutique humaine et le savoir comme le faire ne peuvent que constater leur impuissance fondamentale devant la Grâce et l’Amour.

 

Au fond, un des premiers idolâtres du faire fut Simon le Mage qui était prêt à payer pour qu’on lui apprît à « faire » des miracles, il était à la recherche d’une recette, du « truc » suprême et attendait que quelqu’un de compétent lui transmît le savoir adéquat. Aujourd’hui l’home technicus, héritier de la promesse et du programme : « Vous serez comme des dieux », est à la fois le Prométhée et le Sisyphe du FAIRE. Nous pouvons et devons guérir des maladies d’ordre physique, économique et social, mais nous ne pouvons pas guérir l’existence elle-même, il n’y a rien à FAIRE pour nous guérir de la vie.

 

Chez les Grecs, le prestige du faire ne se trouverait pas au cœur d’une technique encore balbutiante et fort élémentaire, dans la mesure où elle ignorait les procédés permettant de déclencher de l’énergie, de l’accumuler et de la transporter, dans la mesure où elle ignorait le moteur ; mais un tel prestige couronne toute ce qui a trait à l’eschatologie dans la mythologie grecque. Un enseignement plus ou moins secret avait, en effet, pour prétention de faire connaître au vivant la conduite qui devrait être la sienne après la mort lorsqu’il entrerait dans le Royaume de l’Au-delà et qu’il devrait se laisser conduire par des génies psychopompes.

 

En conclusion, nous pourrions dire que si beaucoup de théologiens et de philosophes ont pensé le christianisme à partir de cadres intellectuels légués par les philosophes grecs, ils ont ainsi souvent conceptualisé et systématisé le christianisme, ils l’ont sécularisé. Dans la mesure où le christianisme apporte le Message de la Révélation par les Ecritures et par l’Incarnation, il parle au monde et dans le monde mais pas avec la voix du monde. Cependant le monde veut prendre sa revanche, aussi, lorsqu’il ne récuse pas purement et simplement le christianisme, tente-t-il de le domestiquer. En ce sens, la pensée grecque lui a été utile mais il n’a pas vu que la révélation chrétienne n’avait rien à voir avec un dévoilement de la Vérité.

 

L’essence de l’histoire et de l’action, programmées par le Désir de l’homme de refaire de l’Eden, peut se condenser dans cette formule : Nous partons vers, pour oublier que nous sommes « partis »de. Parti du Paradis, l’homme a voulu prendre sa revanche, en cherchant à partir pour le Paradis. C’est pourquoi nous nous attachons à angéliser les départs au cri de « marchons ! Marchons ! » Car nous prenons chaque départ pour le commencement d’une marche en avant réalisatrice et pleine de promesses salvatrices. Nous oublions ainsi que ces départs sont autant de sorties de… C’est ainsi que l’homme construit des routes de toute sorte pour faire de l’histoire la voie royale vers ce qui est au-delà de l’histoire elle-même : autrement dit, nous demandons à l’histoire de nous libérer de l’histoire elle-même et de nous conduire à sa « fin » invoquée comme le terme qui opérait la synthèse des contradictoires et mettrait un terme à toutes les aliénations.

 

Ni le temple de Delphes ni les Mystères d’Eleusis ne sauraient nous apprendre les moyens de construire cette Jérusalem céleste que nos mains d’hommes sont incapables de bâtir ».


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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:24

Le défi de la philosophie pour un chrétien 

 

D'après Norman L. Geisler. "Introduction to Philosophy" A christian perspective. Baker Book. USA.

 

 

Le défi de la philosophie pour un chrétien.

 

1.    Le défi de la philosophie en général.

 

a.    L’examen philosophique

 

b.    Examiner les buts de la vie.

 

c.     Examiner les présupposés de la vie

 

d.    Clarification de la pensée

 

e.     L’argumentation

 

f.      Systématisation de la connaissance

 

2.    Le défi de la philosophie pour un chrétien

 

a.    La philosophie présente un défi particulier pour le chrétien, à la fois positif et négatif.

 

b.    Le fondement biblique pour une philosophie chrétienne

 

c.     Les rôles de la philosophie pour un chrétien

 

                                                    i.     La fonction de la philosophie en théologie

 

                                                  ii.     La fonction de la philosophie en apologétique

 

                                                iii.     La fonction de la philosophie dans les polémiques

 

                                                iv.     La fonction de la philosophie dans la communication


 

 

2.1  Le défi de la philosophie en général.

 

Le philosophe examine continuellement la vie, ses buts et ses présuppositions. Il développe une pensée critique, ainsi qu’une pensée claire et correctement établie.

 

2.1.1       L’examen philosophique.

 

La philosophie a autant à voir avec les choses de la vie qu’avec le domaine de la pensée. Le philosophe cherche les réponses aux questions fondamentales touchant à la signification de la vie.

2.1.2       Examiner les buts de la vie.

 

Aristote disait que la philosophie commence avec l’étonnement. Tous les philosophes se sont posés et se posent encore les grandes questions. D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je là ? Où vais-je ? Les réponses varient, certains disent ne pas pouvoir en donner. Les philosophes chrétiens s’appuient sur la Bible…Si les réponses varient, tous ont posé et posent encore ces questions fondamentales.

 

2.1.3       Examiner les présupposés de la vie.

 

Il a été dit que notre caractéristique la plus importante n’est pas ce sur quoi nous pensons mais ce avec quoi nous pensons. En bref, nos présuppositions sont plus fondamentales que nos préoccupations. Souvent nous ne sommes pas même conscients des présupposés qui guident notre vie et notre pensée. Cela est dû au fait qu’ils ont imbibé notre inconscient par notre par notre environnement familial et notre culture. Une des tâches essentielles de la philosophie est de dévoiler les présupposés fondamentaux qui se cachent derrière des conclusions auxquelles nous sommes parvenus dans notre pensée. Si quelqu’un n’est pas satisfait des conclusions relatives à telle ou telle position prise, il doit examiner les présuppositions sur lesquelles elle se base. Par exemple, si quelqu’un avance cette présupposition que « Dieu est mort », alors on doit en conclure, comme Nietzsche, que toutes les valeurs absolues sont mortes avec lui. D’un autre côté, si quelqu’un avance cette présupposition que « Dieu est vivant » et qu’Il n’est pas silencieux, mais qu’Il a déclaré dans Sa Parole comment l’homme devrait se comporter, alors les conséquences qui en découleraient seraient radicalement  différentes.

 

2.1.4       Clarification de la pensée.

 

Une autre tâche fondamentale de la philosophie est la clarification. Réduire les pensées à leur forme logique apporte une aide précieuse en éliminant les ambiguïtés et les pensées fallacieuses. Les débats sur le fait de savoir si « tous les hommes ont été créés égaux » portent sur l’ambiguïté du mot « égaux ». Est-ce que cela veut dire que tous les hommes sont nés physiquement et intellectuellement égaux en capacités ? Certainement non. Est-ce que cela veut dire qu’ils sont égaux quant à leurs droits civiques et politiques ? Nous devrions dire oui ! Des milliers d’heures d’efforts ont été gaspillées simplement parce qu’on ne s’était pas donné la peine de définir les termes. La clarification théorique de la pensée est quelque chose de très pratique.

 

 

 

2.1.5       L’argumentation.

 

Il peut y avoir une connotation négative ou positive à ce mot. Le véritable philosophe n’est pas intéressé à l’argumentation pour le plaisir d’argumenter ! Si la philosophie est la recherche de la vérité, alors l’argumentation est la stratégie qui va diriger cette recherche. Et cela est nécessaire dans chaque discipline !

 

2.1.6       Systématisation de la connaissance.

 

Traditionnellement les philosophes ont été, et sont encore, concernés par établir le lien entre les différents domaines de la connaissance afin d’en faire un « système » compréhensible…les éléments fondamentaux d’une système philosophique complet, qu’on appelle aussi « vision du monde » sont :

-        une consistance interne.

-        Le fait qu’ils soient compréhensibles.

-        La correspondance.

 

Un bon système philosophique doit de façon consistante et non contradictoire, tenir compte de tous les faits de l’expérience, et rassembler tous ces faits ensemble. Il y a un nombre de systèmes philosophiques qui respectent ces points, tels le théisme, le déisme, le panthéisme, l’athéisme, et ainsi de suite.

 

Ainsi, le défi de la philosophie est quadruple : ce défi multiple consiste à penser de façon critique (l’examen), de penser clairement (clarification), de penser correctement (l’argumentation) et de penser de façon complète, générale.

 

2.2  Le défi de la philosophie pour un chrétien.

 

2.2.1       La philosophie présente un défi particulier pour le chrétien, à la fois positif et négatif.

 

La philosophie sert à la construction d’un système chrétien et à la réfutation de vues opposées. Il y a un texte capital du Nouveau Testament qui correspond à ces deux tâches. Paul dit : « nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l’obéissance de Christ ». (2Co 10 :5) C’est l’aspect positif. Sans une bonne connaissance philosophique le chrétien est à la merci des non chrétiens dans l’arène intellectuelle. Le défi pour le chrétien est de confronter, de vaincre la pensée non chrétienne en construisant un système de vérité et en détruisant les systèmes erronés.

 

Si c’est la tâche du chrétien en philosophie, alors comment expliquer l’avertissement de l’apôtre Paul : « ne soyez pas la proie des vaines philosophies » (Col 2 :8 ?) Malheureusement certains chrétiens ont compris ce verset comme mettant en garde contre l’étude de la philosophie. C’est faux pour plusieurs raisons. Premièrement, ce verset n’est pas une interdiction de la philosophie en tant que telle, mais une mise en garde contre les fausses philosophies ; Paul ajoute « et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes ». En fait, Paul met en garde par rapport à une philosophie erronée spécifique, une sorte de gnosticisme qui avait infiltré l’église de Colosse (le déterminant « cette » en grec indique une philosophie particulière). Finalement, on ne peut pas se mettre en garde contre une fausse philosophie si on ne l’a pas connue ! Un chrétien doit reconnaître l’erreur avant de la contrer, de la même manière qu’un docteur doit étudier la maladie avant qu’il puisse la traiter. L’Eglise chrétienne peut être pénétrée par de faux enseignements précisément parce que les chrétiens n’ont pas été préparés, entraînés à détecter cette « maladie » de l’erreur. Le chrétien prêt à tomber dans ce genre de piège est un chrétien ignorant.[1]

 

2.2.2       Le fondement biblique pour une philosophie chrétienne.

 

 

Dieu n’encourage par l’ignorance. Les chrétiens ne deviennent pas plus spirituels par une foi ignorante. La foi est peut-être plus méritante que la raison (« sans la foi il est impossible de plaire à Dieu » Hébreux 11 :6) mais la raison est plus noble (les disciples de Bérée avaient un caractère plus noble que les Thessaloniciens parce qu’ils examinaient les Ecritures chaque jour pour voir si ce que Paul disait était vrai. (Actes 17 :11). Ainsi, le « grand commandement » pour les chrétiens est « d’aimer Dieu de toute notre pensée »… (Mat 22 :37) Pierre dit que nous devons être préparés à « défendre devant quiconque nous demande raison de l’espérance qui est en nous » (1 Pierre 3 :15). Paul déclare que nous sommes établis « dans la défense et la confirmation de l’Evangile » (Philippiens 1 :7) et que lui-même « discutait, raisonnait…d’après les Ecritures ». (Actes 17 :2)

 

Il est vrai que nous nous défendons contre « la sagesse de ce monde » (1 Co 1 :20). Mais cela fait partie du défi de la philosophie pour un chrétien. Comme C.S. Lewis l’a correctement observé, « …une bonne philosophie doit exister, au moins pour cette raison que les mauvaises philosophies ont besoin de trouver des réponses ». (Le poids de Gloire, p 50)

 

2.2.3       Les rôles de la philosophie pour un chrétien.

 

Il y a plusieurs fonctions à la philosophie au service de la chrétienté. La philosophie a été appelée « la servante de la théologie », elle est la défense contre l’hérésie et l’arme de l’apologétique. [2]

 

 

2.2.4       La fonction de la philosophie en théologie.

 

On ne peut pas faire de la théologie systématique sans l’aide de la philosophie. La Bible donne les bases d’une théologie chrétienne, mais la théologie ne devient systématique qu’à partir du moment où elle est « systématisée ».

 

Par exemple, les chrétiens orthodoxes croient en un Dieu qui existe éternellement en trois personnes : la Trinité. Cette doctrine résulte de plusieurs techniques philosophiques. Premièrement, il y a une étude inductive des Ecritures. Deuxièmement, il y a une corrélation systématique de tout ce qui dans la Bible est en relation avec Dieu. Cela sous-entend, entre autres choses, deux prémices :

 

-        il y a un Dieu.

-        Il y a trois personnes qui sont Dieu.

 

Troisièmement, il y a une déduction logique  qui se tire de ces deux prémices, c’est la doctrine de la Trinité : il y a un Dieu qui existe en trois personnes.

 

A côté de ce rôle positif de « construction » de la doctrine chrétienne, la philosophie a aussi un rôle négatif dans la théologie systématique. Puisque aucune personne pensante ne peut être satisfaite avec ce qui est contradictoire, le théologien chrétien doit éliminer les contradictions d’un « système » chrétien. Si la Bible dit que Dieu a des yeux (Hébreux 4 :13) et des bras, et proclame en même temps qu’Il est un Esprit sans corps (Jean 4 :24) alors le théologien doit montrer qu’il n’y a pas de contradiction. Il va le faire en montrant par le raisonnement que les références aux yeux et aux bras sont de l’ordre de la métaphore, ne sont pas littérales. Dieu est aussi décrit comme ayant des ailes, mais cela illustre Sa puissance protectrice….

 

Le philosophe – théologien a une tâche encore plus difficile avec quelques uns des mystères de la foi chrétienne, tels que les deux natures de Christ. Le christianisme orthodoxe soutient que Christ est à la fois Dieu et homme ; il est le Dieu – Homme. Mais Dieu est infini alors que l’homme est fini ! Comment, alors, Christ peut il être infini/ fini, ce qui semble être une claire contradiction ? Les théologiens – philosophes répondent : Christ est une personne unique, mais Il a deux natures. Il est infini dans Sa nature divine et fini dans Sa nature humaine, mais une nature ne se mélange pas, ne se confond pas avec l’autre. Les deux natures sont distinctes mais existent simultanément dans la même personne. Le mystère porte sur le comment cela peut-il se faire ; c’est au-delà du domaine de la raison. Mais il n’y a pas de contradiction en disant que le Christ est une seule personne (un sens) avec deux natures (un autre sens). La contradiction apparaît seulement lorsqu’on n’utilise pas différents sens, de telle façon qu’on en arrive à dire que Dieu est une personne et aussi trois personnes dans un même sens.

 

En bref, sans l’aide de la logique et de la philosophie, la théologie chrétienne n’est pas possible. La pensée cohérente et consistante au sujet de la Bible (ce qui constitue une bonne définition de la théologie) ne peut pas se manifester sans l’aide de la philosophie. Le théologien chrétien est en ce sens un étudiant – philosophe de la Bible. Il donne un LOGOS (une raison) au THEOS (à Dieu) tel qu’il peut être connu dans les Ecritures.

 

2.2.5       La fonction de la philosophie en Apologétique.

 

La tâche de l’apologétique est de défendre la foi chrétienne contre les attaques du dehors (1 Pierre 3 :15). La philosophie peut remplir cette tâche de plusieurs manières. Il y a à la fois un aspect négatif et un aspect positif à cette tâche.

 

-        l’aspect négatif contient deux parties :

 

o   Montrer que les attaques contre le christianisme sont fausses.

o   Montrer que les points de vue non chrétiens ne sont pas nécessairement vrais. Et il est impossible d’effectuer l’une de ces tâches sans les outils de la philosophie, d’une pensée claire, consistante et correcte.

 

-        L’aspect positif concernant l’apologétique est également dépendant de la philosophie. Cela implique l’utilisation de bons arguments, ou la mise en avant de bonnes évidences pour justifier le bon fondement du christianisme. Généralement cela demande des arguments en faveur de Dieu (théisme) et la mise en avant d’évidence en faveur de la vérité historique du christianisme. Cette tâche est le propre de la tâche philosophique.

 

2.2.6       La fonction de la philosophie dans les polémiques.

 

La tâche des polémiques est de combattre les hérésies à l’intérieur du monde chrétien, par opposition avec l’apologétique qui combat les erreurs en dehors du monde chrétien. Le même besoin de la philosophie se manifeste ici aussi. On ne peut pas mieux argumenter pour la vérité que lorsqu’on est entraîné à l’argumentation philosophique. Le polémiste chrétien doit comprendre à la fois la théologie (qui utilise la pensée philosophique systématique) et la philosophie (qui utilise la pensée logique).

 

2.2.7       La fonction de la philosophie dans la communication.

 

Les missionnaires chrétiens et les apologistes se sont très bien rendus compte qu’il y a quantité de visions du monde par lesquelles les hommes pensaient Dieu, l’homme et le monde. Certains panthéistes, par exemple, croient que le monde matériel est mauvais, ou qu’il est une illusion, alors que les chrétiens, théistes, croient que le monde matériel est bon, création de Dieu. Un naturaliste fini croit que les miracles sont impossibles, alors qu’un théiste les accepte comme actuels. Quand des penseurs si différents regardent au même « fait » ou phénomène, ils vont en donner des significations radicalement différentes.

 

Le chapitre 12 de l’Evangile de Jean sert d’exemple. Un événement touche en même temps trois groupes de personnes. Mais chacun l’interpréta au travers de sa propre vision du monde. Selon le verset 28, Jésus priait fort : « Père, glorifie Ton nom ». Jean écrit qu’une voix vint des cieux disant : « je L’ai glorifié, et je le glorifierai encore ». Les différents groupes ont interprété le son de différentes manières :

 

-        les naturalistes dans la foule dirent que c’était le tonnerre.

-        Les religieux ont dit que c’était un ange.

-        Les théistes ont dit que c’était la voix de Dieu.

 

On peut comparer une vision du monde à une paire de lunettes au- travers desquelles chacun regarde le monde. Pour celui qui a des verres rouges, il va voir tout en rouge. Pour celui qui a des verres jaunes, il va voir tout en jaune. De la même manière, pour un naturaliste, tout événement aura une explication naturelle, même ces événements qui sont absolument inhabituels. Un même fait peut prendre différentes significations selon qu’il est vu par tel ou tel individu…Ainsi, la communication du christianisme à quelqu’un qui a une vision du monde dissimulée est bien plus difficile qu’il n’y paraît. La proclamation de Christ « Moi et le Père nous sommes un » n’a pas la même signification chez un panthéiste, un unitarien, ou un chrétien théiste. Pour une vision du monde panthéiste, cela veut dire que Christ est une manifestation de Dieu, comme le sont tous les hommes. Les unitariens vont comprendre que Christ est moralement un avec Dieu, qu’Il vit en union avec Dieu. Le chrétien théiste, d’un autre côté, comprend que Christ dit qu’Il est métaphysiquement un avec Dieu, étant de la même essence. Les Juifs monothéistes du temps de Jésus l’ont ainsi compris, comme le révèle leur réponse : « toi, un homme, tu déclares être Dieu » (Jean 10 :33)

 

Une des tâches de la philosophie chrétienne est d’aider à la communication en tenant compte de ces visions du monde différentes. Car notre façon de voir le monde dépend de la sorte de lunettes que nous portons. Une des tâches de la philosophie chrétienne est de travailler au niveau de la pré -évangélisation pour aider les gens à regarder avec d’autres lunettes, des lunettes théistes. La philosophie contribue à ce processus au travers de l’argumentation. A moins que le terrain intellectuel soit préparé, clarifié, et que le chemin soit frayé par la parole de la vérité, on ne peut pas parler de véritable communication de l’Evangile de Christ à ceux qui ont d’autres visions du monde.

 

Conclusion.

 

Le défi de la philosophie pour le chrétien a deux aspects : premièrement, il y a ce défi d’ordre général qui consiste à penser de façon critique, claire et correcte, de façon compréhensible pour le monde. C’est la tâche de tout un chacun, chrétien ou non. En plus de cela, à cause des fondements de la foi biblique, le chrétien a un fardeau philosophique tout à fait particulier. Il utilise la philosophie en ordonnant ces fondements de la foi en système, et en élaborant une défense argumentée de la foi. Il a besoin de la philosophie pour communiquer une vision chrétienne des choses à ceux qui ont d’autres visions du monde. Plus que tout, le chrétien dépend de la philosophie pour rendre intelligible le domaine de la foi. La philosophie est l’outil que le chrétien peut prendre pour exprimer sa foi, la rendre compréhensible.




[1] Pierre Thévenaz, dans son livre « l’homme et sa raison », T 1, Baconnière, Neuchâtel, 1956, p 324-325 : « La philosophie (…) est un élément essentiel du combat de la foi. Il faut faire de la philosophie pour se garder du Dieu des philosophes, pour s’en garder en fait, pratiquement, efficacement… D’une façon ou d’une autre, nous philosophons sur Dieu ; aussi est-il préférable pour celui qui croit au Dieu de Jésus-Christ de philosopher sciemment et consciemment, plutôt que d’héberger, à son insu, dans sa foi même, le Dieu de la philosophie. »A nous de dépister les « virus » théologico -philosophiques qui rendent la foi inopérante. (Selon l’expression de J.F. Jobin)

 

[2] Une pratique de la philosophie par les Pères de l’Eglise s’est développée non par amour de la philosophie, mais pour se donner les moyens de mieux prêcher l’Evangile aux païens : souci fondamentalement apologétique.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:19



Les penseurs du Moyen Age.

 

Les philosophes du Moyen-Age : l’âge de la foi.

 

« Le Moyen-Age, ainsi appelé, trop simplement, parce qu’il va de la conversion de l’empereur romain Constantin le Grand (272-337) aux prémisses de la Renaissance, et qu’il se situe ainsi entre l’Antiquité païenne et un Renouveau païen, est le millénaire d’une civilisation s’efforçant d’être chrétienne, et, précisément à cause de cela, caricaturée, calomniée, travestie, vilipendée, par la plupart des historiens et intellectuels modernes plus ou moins humanistes. Le Moyen-Age doit bien plutôt être désigné et décrit comme l’Age de la Foi en Occident (…) En fait, sous la souveraineté de la grâce de Dieu et à la mesure de l’obéissance fidèle des hommes, l’Age de la foi a été la plus belle des civilisations que le monde ait connues, encore qu’elle ait été loin d’être parfaite ; avec ses hauts mais aussi ses bas, avec ses grandeurs mais aussi ses misères. Et l’on peut se demander comment l’intelligentsia d’un XXème siècle abominablement esclavagiste et sanguinaire, avec ses guerres mondiales, ou localisées, au caractère total, ses goulags et ses camps de concentration, ses chambres à gaz et ses tortures, ses massacres et ses avortements par millions chaque année, pires encore que les sacrifices humains du passé, et légalisés par les Etats comme relevant de la médecine, etc, ose regarder de haut, avec mépris, l’Age de la Foi dont la quête incessante et le respect de Dieu ont animé les progrès en tous domaines. Ne sommes nous pas parvenus au temps inverse de celui dont parlait le cher et grand S. Athanase quand il écrivait dans Sur l’Incarnation du Verbe, à l’orée de l’Age de la Foi :

 

« De même que lorsque paraît le soleil, les ténèbres perdent leur force, et, s’il en reste quelque chose, il les chasse ; de même, quand est venue la divine manifestation du Dieu Verbe, les ténèbres des idoles n’ont plus de force, mais partout toutes les parties de l’univers sont illuminées par son enseignement (…) Le genre humain serait allé à sa perte si le Fils de Dieu, maître de l’univers et sauveur, n’était venu le secourir pour mettre un terme à la mort (…) C’est lui qui dès avant sa manifestation corporelle remportait la victoire contre ses adversaires les démons, et gagnait les trophées contre l’idolâtrie (…) Au temps de jadis toute la terre habité et tout lieu étaient trompés par le culte des idoles, et les hommes ne pensaient pas qu’il pût  avoir de dieu en dehors d’elles. Mais à présent, par toute la terre habitée, les hommes abandonnent le culte supersticieux des idoles et cherchent leur refuge auprès du Christ, et, l’adorant comme Dieu, ils connaissent par lui le Père qu’ils ignoraient (…) Le Seigneur a touché toutes les parties de la création, il les a toutes délivrées et détrompées de toute erreur, comme dit Paul : « Il a dépouillé les principautés et les puissances et il en a triomphé sur la croix », afin que personne ne puisse plus désormais être égaré, mais qu’on trouve en tous lieux le véritable Verbe de Dieu. » 

 

Le Moyen Age n’est pas une période obscure de la pensée, comme on le dit souvent. Il est, au contraire, le terreau dans lequel prend naissance notre monde moderne, dans un premier affrontement entre la foi révélée du christianisme et la raison autonome. Le christianisme va bouleverser les concepts philosophiques et l’histoire de la pensée. En apportant l’idée d’une Dieu unique, parfait, transcendant, mais aussi les notions de foi, de salut, d’infini, le christianisme accomplit un grand tournant.

 

Le Moyen Age est cette longue période pendant laquelle s’installe complètement le christianisme. Petit à petit un humanisme s’installera insidieusement toutefois. (L’humanisme dont il est question ici et dans les pages qui suivent, peut être défini comme la religion de l’homme s’auto divinisant, de l’Homme mesure de toutes choses, de l’Homme exaltant la Raison, sa raison, au-dessus de tout.)

 

 La raison grecque et plus précisément la doctrine d’Aristote, transmise par les penseurs musulmans, en particulier par Averroès, ensemence la pensée du 12ème siècle, donnant naissance à la scolastique : Abélard, brillant dialecticien, se heurte à l’Eglise, en voulant introduire la raison dans le domaine de la révélation. Ainsi, christianisme, pensée islamique, pensée hellénique s’interpénètrent et sont parfois en osmose. Du 13ème siècle, il est dit : « Paris, Capitale, enseigne au monde entier ». Les plus grands penseurs intellectuels, philosophes, tous chrétiens, sont venus à Paris, ont contribué à l’apparition de l’Université: Bonaventure et Thomas d’Aquin furent parmi les plus grands.

 

C’est au 13ème siècle  que se fait véritablement l’alliance de la foi et de la raison : Thomas d’Aquin, la grande figure du Moyen-Age, explicite un aristotélisme chrétien, dans lequel la raison se met au service de la foi ; Roger Bacon critique la tradition et pose les lointains préliminaires  de la science expérimentale. La fin du Moyen Age est une période d’invention intellectuelle : Maître Eckhart, grand maître de la mystique rhénane, Duns Scot, dont la pensée est originale et aura un grand retentissement, enfin, la voie moderne, celle des nominalistes, celle de Guillaume d’Ockham en particulier, constituent les principales voies explorées au 14ème siècle. Grosso modo, la philosophie médiévale couvre mille ans d’histoire. Nous découvrons ainsi u gigantesque massif, débordant toute frontière nationale, religieuse, culturelle. »

 

AUGUSTIN (354-430)

http://jesusmarie.free.fr/augustin.html

 

La prière du philosophe. Henri Irénée Marrou 

 « O Dieu, Créateur de l’Univers, permets d’abord que je te prie comme il convient, puis, que je me rende digne d’être exaucé ; enfin, que je te doive ma libération. Dieu, par qui toutes les choses qui n’auraient pas l’ « être » par elles-mêmes tendent à l’ « être » ; Dieu, qui ne laisses pas périr les choses qui se détruisent réciproquement ; Dieu, qui a créé de rien ce monde dont tous les yeux sentent la souveraine beauté ; Dieu qui n’es pas l’auteur du mal,  et qui permets qu’il existe pour prévenir un plus grand mal ; Dieu qui, au petit nombre des esprits capables d’accéder à ce qui « est » réellement, décèles que le mal n’a aucune substance ; Dieu, grâce à qui l’univers, même avec ses éléments fâcheux, est parfait tout de même ; Dieu, qui ne permets aucune dissonance même au plus humble degré de cet univers, puisque le pire s’harmonise avec le meilleur ; Dieu, qu’aime tout ce qui, consciemment ou inconsciemment, peut aimer ; Dieu, qui contiens tout, mais qui ne reçois de l’ignominie de la créature aucune ignominie, de sa malice aucun dommage, de ses erreurs aucune erreur ; Dieu, qui n’as donné qu’aux cœurs purs de connaître le Vrai ; Dieu, Père de la vérité, Père de la sagesse, Père de la vie véritable et suprême, Père du  bonheur, Père du bon et du beau, Père de la lumière intelligible, Père de notre réveil et de notre illumination, Père du gage qui nous avertit de retourner à toi ;

 

C’est toi que j’invoque, ô Dieu Vérité, source, principe, auteur de la vérité de tout ce qui est vrai ; Dieu  Sagesse, principe, auteur de la sagesse de tout ce qui est sage ; Dieu, qui es la véritable, la suprême vie, source, principe, auteur de la vie de tout ce qui vit véritablement et souverainement ; Dieu Béatitude, source, principe, auteur du bonheur de tout ce qui est heureux ; Dieu du Bien et du Beau, source, principe, auteur du Bien et du Beau dans tout ce qui est  bon et beau ; Dieu Lumière intelligible, source, principe, auteur de la lumière intelligible dans tout ce qui brille dans cette lumière ; Dieu, dont le royaume est cet univers que les gens ignorent ; Dieu dont le royaume trace leurs lois aux royaumes mêmes de ce monde, Dieu, de qui on ne se détourne que pour choir, vers qui se tourner c’est se lever de nouveau, et en qui demeurer c’est trouver un solide appui ; sortir de toi c’est mourir, revenir à toi c’est revivre, habiter en toi c’est vivre ; Dieu que nul ne perd s’il n’est trompé, que nul ne cherche sans appel préalable, que nul ne trouve s’il ne s’est purifié d’abord ; Dieu, dont l’abandon équivaut à la mort, la recherche à l’amour, la vie à l’entière possession ; Dieu, vers qui la foi nous pousse, vers qui l’espérance nous dresse, à qui la charité nous unit ; Dieu, par qui nous triomphons de l’ennemi, c’est à Toi que j’adresse ma prière !

 

Dieu, à qui nous devons de ne pas périr complètement ; Dieu, qui nous avertis de veiller ; Dieu, grâce à qui nous distinguons le bien du mal, Dieu, grâce à qui nous fuyons le mal et cherchons le bien ; Dieu, grâce à qui nous ne cédons pas à l’adversité ; grâce à qui nous possédons l’art d’obéir et l’art de commander ; Dieu, grâce à qui nous apprenons que parfois ce que nous croyions nôtre nous est étranger, et que ce que nous croyions étranger est bien à nous parfois ; Dieu, grâce à qui nous dégageons des appâts et des séductions des méchants ; Dieu, grâce à qui ce qu’il y a de meilleur en nous n’est pas assujetti à ce qu’il y a de pire ; Dieu, grâce à qui la mort est absorbée dans sa victoire (1Cor 15 :54) ; Dieu, qui nous tournes vers toi ; Dieu qui nous dépouilles de ce qui n’est pas pour nous revêtir de ce qui est ; Dieu, qui nous rends dignes d’être exaucés ; Dieu, qui nous fortifies ; Dieu, qui nous introduis à toute vérité ; Dieu, qui nous dis tout ce qui est bien, qui ne fais pas de nous des insensés, qui ne permets à qui que ce soit de nous rendre tels ; Dieu, qui nous rappelles dans le bon chemin ; Dieu, qui nous conduis jusqu’à la porte ; Dieu, qui fais qu’elle s’ouvre à ceux qui frappent (Mat 7 :8) ; Dieu, qui nous donnes le pain de vie ; Dieu, grâce à qui nous avons soif de cette eau qui, une fois bue, désaltère à jamais (Jean 6 :35) ; Dieu, qui convaincs le siècle sur le péché, sur la justice, sur le jugement (Jean 16 :8) ; Dieu, grâce à qui nous demeurons insensibles aux raisons des incrédules ; Dieu, qui nous apprends à blâmer l’erreur de ceux qui croient que les âmes ne s’acquièrent nul mérite devant vous ; Dieu, grâce à qui nous ne sommes pas les esclaves de rudiments faibles et chétifs (Galates 4 ;9) ; Dieu, qui nous purifies et nous prépares aux divines récompenses, -sois-moi propice, ô mon Dieu…. »  

 

ANSELME DE CANTORBERY (1033-1109)

"Je ne cherche pas à comprendre afin de croire, mais je crois afin de comprendre. 
Car je crois ceci - à moins que je crois, je ne comprendrai pas. "

http://jesusmarie.free.fr/anselme.html

 


BONAVENTURE (1121-1274)

http://jesusmarie.free.fr/bonaventure.html

 


THOMAS D’AQUIN (1225-1274)

http://jesusmarie.free.fr/thomas_d_aquin.html


Somme contre les Gentils, Chapitre 4.

 

« Il est convenable que les vérités sur Dieu auxquelles parvient la raison naturelle soient proposées aux hommes comme objets de foi.

 

  1. Bien qu’il y ait deux sortes de vérités portant sur ce qui est intelligible de Dieu, l’une à laquelle la recherche de la raison peut parvenir, l’autre qui dépasse toute capacité de la raison humaine, il n’en est pas moins convenable que Dieu propose à l’homme l’une et l’autre comme objets de foi. Il faut d’abord le montrer pour la vérité  accessible à la recherche de la raison, de peur qu’on s’imagine que, du moment qu’elle peut être atteinte par la raison, il était inutile de les transmettre comme objet de foi par une inspiration surnaturelle.

 

  1. Trois inconvénients s’ensuivraient, si cette sorte de vérités était laissée à la seule recherche de la raison. Le premier est que peu d’hommes auraient alors la connaissance de Dieu. En effet, la plupart sont empêchés de goûter à ce fruit de l’enquête studieuse qu’est la découverte de la vérité, pour trois raisons. Pour certains c’est une mauvaise disposition de leur tempérament qui les rend naturellement mal disposés pour le savoir : ils ont beau s’appliquer à l’étude, ils ne peuvent pas atteindre le plus haut degré de la connaissance humaine, qui consiste à connaître Dieu. Pour d’autres, l’empêchement, ce sont les besoins domestiques. Il faut bien, en effet, que, parmi les hommes, certains se chargent d’administrer les affaires temporelles : ils ne peuvent consacrer assez de temps au loisir de la recherche contemplative, pour parvenir au plus haut faîte de la recherche humaine, la connaissance de Dieu. Pour d’autres enfin, l’empêchement, c’est la paresse. Car la connaissance de ce que la raison peut découvrir de Dieu réclame de nombreuses connaissances préalables, puisque presque tout le cours de la philosophie est ordonné à la connaissance de Dieu ; c’est pourquoi la métaphysique, qui a pour objets les choses divines, reste, de toutes les parties de la philosophie, la dernière à apprendre. On ne peut donc pas parvenir à rechercher cette vérité sans consacrer à l’étude beaucoup d’effort. Effort que bien peu veulent assumer pour l’amour de la science, dont Dieu a pourtant inscrit un appétit naturel dans les esprits des hommes.

 

  1. Le deuxième inconvénient est que ceux qui pourraient parvenir à la découverte de cette vérité, n’y arriveraient que de justesse, après beaucoup de temps. D’une part, en raison de la profondeur de cette vérité, que l’intellect humain ne devient apte à saisir par la voie de la raison qu’après un long exercice. D’autre part, en raison de toutes les connaissances préalables qui sont nécessaires, comme on l’a dit. Enfin, pour cette raison aussi que, durant la jeunesse, tant que l’âme est agitée par les divers mouvements des passions, elle n’est pas capable de la connaissance d’une si haute vérité ; mais, lorsqu’elle trouve le repos, elle devient prudente et sage, comme il est dit au livre VII de la Physique (247b23-24). Ainsi donc, si la voie de la raison était la seule qui menât à la connaissance de Dieu, le genre humain resterait dans les plus profondes ténèbres de l’ignorance, puisque la connaissance de Dieu, qui est ce qui contribue le plus à rendre les hommes parfaits et bons, n’échoirait qu’à un petit nombre d’hommes, et, à ceux-là mêmes, après une longue période de temps.

 

  1. Le troisième inconvénient est que l’erreur se mêlerait le plus souvent à la recherche de l’humaine raison, à cause de la faiblesse de notre intellect à juger, et à cause des images qui viennent se mêler à nos idées. Aussi, pour beaucoup, des choses pourtant démontrées en toute vérité demeureraient douteuses, puisqu’ils ignorent la force de la démonstration, et surtout parce qu’ils voient différentes personnes, qui passent pour sages, enseigner des choses différentes. Et aux nombreuses vérités démontrées se mêleraient parfois quelque chose de faux, non démontré, mais affirmé pour quelque raison probable ou sophistique, qu’il arrive qu’on prenne pour une démonstration. Il a donc fallu offrir aux hommes, par la voie de la foi, une certitude fixe et une vérité pure dans le domaine des choses de Dieu.

 

  1. C’est donc de manière salutaire que la clémence divine, dans sa prévoyance, a fait en sorte que la raison doive tenir par la foi même les choses sur lesquelles elle peut enquêter : de telle sorte que tous puissent facilement avoir part à la connaissance de Dieu, et cela sans doute ni erreur.

 

  1. C’est pourquoi on lit dans la Lettre aux Ephésiens, 4.7 : « Ne vous conduisez plus comme se conduisent les païens dans la vanité de leur sentiment, eux dont la pensée est obscurcie par les ténèbres » ; et au chapitre 54.13 d’Esaïe : « je ferai tous tes fils instruits par le Seigneur. »

 




 Athanase, Traduction de Charles Kannengiesser, Sources chrétiennes, n°199, p 463, 299, 399, 437. Extraits et citation tirés de  Pierre Courthial dans son ouvrage : « Les jours des petits commencements ».  p 182 à 184

 

 Pierre Courthial : « les jours des petits commencements »

 «  St Augustin et l’augustinisme, »Edition du  Seuil, p 98 et 101

 

 Soliloques, I, I (2-3) Trad de Labriolle.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:17

Le mythe de la caverne de Platon

Le mythe de la caverne

PLATON, La République - Livre VII (extrait)

 

Maintenant représente toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchainés, de sorte qu'ils ne peuvent ni bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaine les empêchant de tourner la tête ; la lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux et au dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. Figure toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre en bois et en toute espèce de matière ; naturellement parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.

 

Voilà, s'écria Glaucon, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.

Ils nous ressemblent ; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d'eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

Et comment, observa Glaucon, s'ils sont forcées de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?

Sans contredit.

Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient ?

Il y a nécessité.

Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux ?

Non, par Zeus !

Assurément de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués. Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse de leur ignorance. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements, il souffrira et l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un lui vient dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montarnt chacune des choses qui passent, on l'oblige à force de questions, à dire ce que c'est ? Ne penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout à l'heure lui paraitront plus vraies que les objets qu'on lui montre maintenant ? Et si on le force à regarder la lumière elle même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés ? N'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu'on lui montre ?

Assurément !

Et si on l'arrache de sa caverne par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? Et lorsqu'il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?

Il ne le pourra pas, du moins dès l'abord.

Il aura je pense besoin d'habitude pour voir les objets de la région supérieure. D'abord, ce seront les ombres qu'il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui même, que pendant le jour le soleil et sa lumière. A la fin j'imagine, ce sera le soleil - non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit - mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourra voir et contempler tel qu'il est.

 

Nécessairement !

 

Après cela, il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c'est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d'une certaine manière est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons dans la caverne. Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l'on y professe, et de ceux qui furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu'il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?

                 

 

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:05

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 13:52


  


 

 

                   

Annexe 2 : Questions sur le chapitre 7 de « Démission de la raison »

 ETUDE   FOI ET RAISON  Cours 1

 Francis Schaeffer “Démission de la Raison”, ch 7

Texte disponible sur le net: www.bible-ouverte.ch/livres/raison.htm

BUT :

1.     Etudier la relation entre raison et foi.

2.     Comment le chrétien doit aborder la personne qui se situe sous la ligne du désespoir.

 

RAISON ET FOI (DR, ch 7)

 

1.     Reléguer le christianisme au niveau supérieur a des conséquences. Lesquelles ?

 

2.     Pourquoi faut-il maintenir la doctrine réformée de l’Ecriture ?

 

3.     Que signifie la phrase suivante : « une démarche autonome est illusoire » ?

 

4.     Que veut dire Schaeffer lorsqu’il affirme que, pour le chrétien, « les sciences et les arts ne sont pas pour autant figés » ?

 

5.     Quel est le fondement biblique qui permet à l’homme de commencer à partir de lui-même dans sa quête de la vérité ?

 

6.     Dire « que l’homme est le produit d’une triple combinaison faite d’impersonnel, de temps et de hasard » a des conséquences. Lesquelles ?

 

7.     Qu’est-ce que la Bible (p 89-90) ? Discuter la phrase suivante : « c’est une communication verbale, faite des phrases que Dieu a adressée à l’homme, en un lieu et en un temps donnés de l’histoire ».

 

8.     Comparer brièvement les conceptions juive, grecque et moderne de la vérité.

 

9.     Quelles sont les deux choses que le chrétien doit retenir afin de communiquer l’Evangile aux non-chrétiens aujourd’hui ?

 

A DEBATTRE.

 

1.     Pourquoi le livre Démission de la Raison a-t-il ce titre ? Quel est le système dans lequel la raison a une place légitime ? Pourquoi ?

 

2.     Cette étude met l’accent sur le rôle joué par les idées et les concepts (c'est-à-dire par les croyances) dans la vie, l’existence. Comment faire en sorte que Jésus soit seigneur de la pensée, de la vie intellectuelle ? En tant qu’étudiant, comment la foi chrétienne permet-elle de relier les différentes disciplines du savoir ? Ayant une profession, comment la foi permet-elle d’intégrer les activités professionnelles, familiales et sociales ?

 

 

RESUME.

La perspective réformée de l’Ecriture fournit un système dans lequel la raison, l’intelligence, a une place légitime. Ce point de vue permet aux chrétiens de soumettre tous les domaines de la vie à la seigneurie du Christ et de répondre avec justesse (avec réalisme et compassion) à l’homme du 20ème siècle.

 

 

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