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  • : Le blog de Luc Bussière
  • Le blog de Luc Bussière
  • : Blog qui présente mes réflexions, articles et publications, ainsi que la trame des cours de philosophie chrétienne avec annexes, pour mes étudiants.
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  • Luc Bussière
  • Marié, père de 4 enfants 3 jeunes hommes adultes dont deux mariés, et une ado. Grand père depuis Août 2010
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Luther a donné le coup d’envoi : « Instruisez le peuple ! et surtout prenez à cœur son développement spirituel ! Créez un peuple chrétien ! pénétrez-le de l’Esprit de l’Evangile ! C’est là seulement qu’est pour la nation l’ancre de salut. »  « Je ne conseille à personne de placer son enfant là où les Saintes Ecritures ne sont pas souveraines. Je crains bien que ces écoles ne démontrent qu’elles sont les larges portes de l’enfer, à moins qu’elles ne s’efforcent diligemment d’expliquer les Saintes Ecritures et de les graver dans le cœur des jeunes. Toute institution  dans laquelle les hommes ne sont pas continuellement préoccupés de la Parole de Dieu est vouée à la corruption. »[1] « Ceci est don certain : lorsqu’on fait en sorte que les enfants puissent fréquenter l’école, et que l’on donne aussi à cet effet des conseils et de l’argent, cela signifie à coup sûr que l’on amène les enfants à Christ.
Je ne parle pas ici des écoles propres à former des mauvais sujets, ni des maisons sans règle et sans discipline, mais des
écoles dans lesquelles on élève les enfants dans les arts, la bonne conduite et le véritable service de Dieu, où ils apprennent à connaître Dieu et sa Parole et deviennent, par la suite, des gens aptes à gouverner des églises, des pays et des gens, des maisons, des enfants et des domestiques. Car on n’envoie pas les enfants à l’école afin qu’ils apprennent des choses immorales, légères, inutiles et sans consistance, mais afin qu’ils s’initient aux  choses honorables, sérieuses, utiles, morales, chrétiennes ; et, à ce propos, on peut aussi remarquer entre autres choses (si l’on ne savait pas que cela appartient à la nature) que le diable et le monde méprisent une telle œuvre, la combattent, s’y opposent et y font obstacle avec une telle ardeur, qu’on doit nécessairement comprendre que c’est une œuvre divine, cette œuvre à laquelle le diable et le monde sont si violemment hostiles ». [2] « Et moi, si je pouvais abandonner l’office de la prédication et d’autres occupations, il n’est aucune fonction que j’exercerais aussi volontiers que celle de maître d’école. Car je sais que cette œuvre est, à côté de l’office de la prédication, la plus utile, la plus belle et la meilleure de toutes, et je ne sais pas même laquelle des deux est la meilleure. Car il est difficile de rendre dociles de vieux chiens et de rendre pieux des vieux fripons, ce à quoi travaille la prédication ; et elle doit souvent travailler en vain. Mais on peut plus facilement plier et élever de jeunes arbustes, quoique certains se brisent en cours d’opération... »[3]

 

Otto Binder, Mulhouse, 1538 : Projet d’organisation scolaire, confirmé par un arrêt du Conseil de la ville de Mulhouse : « Tous les deux, soit le maître ou sous-maître, devront toujours et en toutes choses porter le poids de leurs efforts et veiller à ce que la jeunesse soit élevée et éduquée dans la crainte de Dieu, de manière à ce qu’ils travaillent au bien et à la propagation de la religion du Christ, point fondamental du devoir de maître d’école, qui avant toute autre chose, doit enseigner les préceptes du Sauveur…la religion du Dieu Tout Puissant et de son fils Jésus-Christ doit être apprise et inculquée aux enfants mêmes, le mieux et le plus longtemps possible : en un mot, Jésus-Christ et la parole de Dieu doivent toujours tenir le premier rang dans l’enseignement et avoir la préséance sur toute autre science profane. »

 

Mathurin Cordier[4] : « Il y a pour le  moins 50 ans, qu’ayant pris la charge d’enseigner les enfants, j’ai toujours eu ce désir de faire par tous moyens à moi possibles qu’ils conjoignissent la piété et les bonnes mœurs avec l’étude des lettres. » « « Veux-tu atteindre sans peine le but que tu t’es fixé ? Veux-tu enseigner aisément ? Commence par les bonnes mœurs. Commence par Dieu et les biens célestes, en t’appuyant sur l’aide de Dieu et non sur tes propres forces. » « Si vous voulez de tout votre cœur faire quelque progrès dans votre caractère, et même dans les belles lettres, aimez Dieu uniquement, adorez-le pieusement, mettez votre espérance en lui ; dirigez toutes vos études vers Dieu, comme vers un but. »

 

Jean Sturm[5] : « Il est urgent de confier la jeunesse à des enseignants croyants et bien formés, et d’offrir aux jeunes une éducation chrétienne envers Dieu et utile au monde. »
« Les maîtres ne doivent pas se contenter d’enseigner à leurs élèves l’écriture et la lecture, mais les éduquer en la crainte de Dieu, la discipline chrétienne et les bonnes manières civiques ». « Nous avons visé à faire de la piété, fondée sur le savoir et sur l’éloquence, le but des études. »

 

Un professeur d’université de l’Académie[6]de Saumur : « Eduquer ? C’est enfanter pour Jésus-Christ »

 

Discipline des Eglises Réformées du Royaume de France (1559) : « Les Eglises feront tout devoir de faire dresser écoles et donneront ordre que la jeunesse soit instruite »

 

Calvin[7] : « Envoyez-nous du bois, nous vous renverrons des flèches »[8] «  Ceux auxquels Dieu a fait cet honneur de leur donner des enfants, qu’ils avisent qu’ils sont  d’autant obligés à mettre peine que leurs enfants soient instruits dûment. Or s’ils veulent avoir une bonne instruction, il faut toujours commencer par la Foi.
Nous en verrons qui prendront grand peine à ce que leurs enfants soient endoctrinés aux affaires du monde…mais de connaître Dieu, il n’en est point question. Ce n’est pas ainsi qu’il y faut procéder, c’est bien mettre la charrue devant les bœufs. » « Toute bonne instruction doit commencer par la foi ». « Et les escoles ne sont pas seulement pour les semences des Eglises, mais là on y dresse les esprits, à quelques manières de vivre que ce soit. Mesme les escoles sont les fontaines d’humanité en toute Vie, et icelles estans méprisées, il fault nécessairement que plusieurs ténèbres s’ensuyvent, confusion de religion, superstition, destruction des loix, lettres et arts, oubliance d’antiquités et des histoires ou humanités en mœurs, finalement une barbarie infinie en toutes les parties de la Vie. A ceste cause, tous sages gouverneurs ont jugé l’établissement des escoles estre principalement utile à la chose publique et icelles bien ordonnées estre la principale décoration et aornement des cités. Combien donc, par plus forte raison, doit-on maintenir les escoles en l’Eglise ? Esquelle est contregardée la doctrine de l’Evangile et toutes bonnes sciences utiles tant pour expliquer la doctrine céleste que pour gouverner les autres choses qui concernent la vie de l’homme et en cecy nous devons estre émeuy par la coustume de l’Eglise de tout temps, car l’Eglise n’a jamais fleury sans escoles. »

 

Coménius : « Il y a de nombreuses raisons au plaisir que prenait le Christ à la compagnie des petits enfants et aux ordres qu’il nous a donnés d’en prendre le plus grand soin. Si les enfants te paraissent méprisables, ne les regarde pas tels qu’ils sont à présent, mais tels qu’ils doivent être selon les intentions de Dieu. Tu les considèreras alors comme les futurs habitants du monde et les propriétaires de la Terre, les vicaires de Dieu parmi ses créatures, mais surtout comme les parents du Christ au même titre que nous, un peuple choisi, les pairs des anges, les juges des diables, les délices du Ciel, la terreur des Enfers, les héritiers des plus grandes dignités pour les siècles des siècles. Peut-on concevoir quelque chose de plus grand que les enfants ? » (Coménius. Ecole de l’enfance. Ch 1)

 

Alexandre Vinet (pédagogue et théologien  suisse du 19ème siècle) :

« Le chrétien seul conçoit toute la dignité de l’instruction. C’est l’héritier du ciel qu’il forme dans ces écoles, c’est en vue d’un bonheur spirituel, éternel, qu’il apprend à l’enfant à lire et à écrire ; ses maîtres sont, en quelque sorte, des apôtres, ses élèves, des prosélytes, ses écoles des temples, la science qu’il enseigne, la science même de Dieu. »

 

« L’éducateur chrétien sait que Dieu, en déposant sa sagesse dans un livre, et en nous invitant à y puiser directement la nôtre, nous a, par là même, commandé à tous d’apprendre à lire. Mais ce n’est pas tout. Observant la liaison intime de l’intelligence et de la moralité, convaincu que la seconde est jusqu’à un certain point conditionnée par la première, et que, sans un minimum de développement intellectuel, tout développement religieux est impossible, il envisage la culture de l’esprit comme prescrite par Celui qui a prescrit la culture de l’âme. Enfin, il se regarde comme responsable des talents que son maître lui a confiés ; il ne suppose pas qu’on puisse sans crime laisser en friche un terrain que Dieu a évidemment destiné à produire ; il croit que le perfectionnement intérieur de la créature honore le Créateur, et il reconnaît à cette obligation d’autres limites que celles que Dieu lui-même indique à chaque individu, soit dans la mesure de capacité dont il l’a pourvu, soit dans les circonstances où il l’a placé. » (Vinet : l’éducation, la famille et la société)

 

« L’idée de former l’homme, l’homme tout entier dans les écoles de la patrie, n’est pas encore venue à bien des gens. C’est que le respect de l’homme nous manque ; et qui pourrait s’en étonner, lorsque toute idée élevée sur son origine et sa destination s’est peu à peu effacée de la plupart des esprits ? Il nous faut pour accueillir ces nobles vues, familières à d’autres pays, il nous faut des mœurs plus sérieuses que les nôtres. C’est le sérieux qui nous manque ; on en met l’apparence et le nom partout ; on joue le sérieux : on s’applaudit d’avoir abjuré l’ancienne frivolité gauloise ; on est frivole d’une autre façon ; frivole jusque dans ces passions politiques qui, quelque divergentes qu’elles soient, se rencontrent toutes dans une vaine adoration des formes ; frivole jusque dans cet esprit pratique et positif, heureux don sans doute, mais qui perd beaucoup de sa valeur, lorsque pratique signifie égoïste, et que positif signifie terrestre. Non, nous ne sommes pas sérieux ; le vrai sérieux n’est que dans les idées infinies et nous n’en avons plus ; le vrai sérieux est là où l’âme est considérée comme le but et le corps comme l’instrument ; et nous sommes arrivés à la théorie contraire. Aussi suis-je persuadé que si jamais cette importante réforme est opérée, qui doit faire des écoles une fabrique d’hommes, et de l’instruction un hommage à la dignité de notre nature, elle sera due à des hommes éclairés d’une autre lumière que celle que nous voyons briller en France, à des hommes que le respect des choses divines aura conduits au respect de l’humanité, et qui auront appris à reconnaître l’héritier du ciel dans le fils de la poussière » (Id)

 

 

Les bons fruits des écoles réformées sont incalculables : ils sont la démonstration que les écoles chrétiennes ont été de véritables « pépinières » de ministères pour l’église, qu’elles ont formé une vague d’évangélistes qui ont été jusqu’à donner leur vie, en particulier après les révocation de l’Edit de Nantes. Les instituteurs et institutrices protestants français ont été mis au pied du mur par Louis XIV, qui a ordonné le retrait des Bibles des salles de classe. L’immense majorité des enseignants protestants français a choisi la prison ou la mort plutôt que l’abandon des Ecritures…

 

Quelques conclusions sur cet héritage des écoles chrétiennes issues de la réforme :

 

-         on ne conçoit pas une instruction sans la foi. La foi est le fondement, l’enveloppe et le but de l’instruction. Il n’y a pas de « dualisme » : d’un côté la science, de l’autre la foi. Mais les deux vont de pair.

-         La Parole de Dieu est centrale, elle donne la perspective, l’interprétation, la saveur, le large cadre, à toute science

-         On ne sépare pas l’aptitude à enseigner avec le caractère, le cœur de l’enseignant.

-         L’enseignement est plus une préparation générale à la vie, une transmission de sagesse,  qu’une transmission de savoirs.

-         L’Eglise considérait que son mandat d’enseigner ne se limitait pas à l’enseignement « spirituel », mais que tout devait être amené sous le gouvernement de Christ. Ce gouvernement s’étend non seulement sur le culte, mais sur toute la culture.

 

 

 

 



[1] Luther : discours à la Noblesse de la nation allemande. 1520

[2] Luther : « Prédication sur le devoir d’envoyer les enfants à l’école » 1530.

[3] Id

[4] Réformateur, professeur, ami de Calvin.

[5] Réformateur à Strasbourg, 1er directeur du Gymnase.

[6] Terme utilisé aux 16ème et 17ème siècles pour désigner les Universités Protestantes.

[7] Réformateur français, fondateur de l’Académie de Genève, qui a formé de nombreux enfants français pendant la persécution.

[8] A propos de l’envoi d’étudiants français à l’Académie de Genève

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