Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Luc Bussière
  • Le blog de Luc Bussière
  • : Blog qui présente mes réflexions, articles et publications, ainsi que la trame des cours de philosophie chrétienne avec annexes, pour mes étudiants.
  • Contact

Profil

  • Luc Bussière
  • Marié, père de 4 enfants 3 jeunes hommes adultes dont deux mariés, et une ado. Grand père depuis Août 2010
  • Marié, père de 4 enfants 3 jeunes hommes adultes dont deux mariés, et une ado. Grand père depuis Août 2010

Recherche

Archives

Liens

10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:26

Du Moyen Age à la Renaissance. La montée du dualisme.

 

1.     Les « Lumières » et  l’autonomie de la raison.

 

a.     Analyse de F. Schaeffer.

 

« Dans la pensée de Thomas d’Aquin, si la volonté de l’homme est déchue, son intelligence ne l’est pas. Cette conception limitée de la Chute, contraire à la Bible, est la cause de bien des difficultés. Ainsi, dans le domaine de la vie, celui de l’intelligence, l’homme est considéré, maintenant, comme indépendant, « autonome ». Cette autonomie est manifeste de plusieurs manières dans l’œuvre de Thomas d’Aquin : elle permet, par exemple, le développement de la théologie naturelle, indépendamment de la révélation scripturaire. Saint Thomas pensait qu’il y avait corrélation et même unité entre ces deux approches de la théologie, mais désormais, il faut le souligner, il existe un domaine où la pensée est autonome.

 

A partir de ce « principe d’autonomie », la philosophie rompt, à son tour, avec les Ecritures et prend son libre essor. A sa suite, cette tendance, en vérité moins nouvelle qu’il n’y paraît, va se préciser et, loin de rester limitée à la théologie philosophique de Thomas d’Aquin, va gagner le domaine des arts… C’est progressivement que la nature conquiert son indépendance au détriment de la grâce. Jusqu’à la Renaissance comprise, de Dante à Michel-Ange (1475 – 1564), l’ « autonomie »de la nature s’affirme de plus en plus et celle-ci s’éloigne de Dieu au fur et à mesure du rejet, par les philosophes, de toute tutelle. Lorsque la Renaissance atteint son apogée, la nature a supplanté la grâce. »[1]

 

 

 

 

 

 

la sphère de la Grâce

 

Appelée « niveau supérieur » par Francis Schaeffer,    incluait le religieux (Dieu, le créateur, le ciel et les réalités célestes) l’invisible et son influence sur la terre, le spirituel, la communication directe avec Dieu, la vie éternelle, l’âme de l’homme…c’est le domaine de l’unité. (L’unité : des universels ou des absolus donnant à l’existence et à la morale leur signification)

 

 

 

 

 

 

la sphère de la Nature

 

Appelée  « niveau inférieur » incluait la création, le monde de la matière, également toutes les activités de l’homme qui n’avaient pas de relation avec la piété, la prière ou les sacrements, le corps de l’homme… c’est le domaine de la diversité. (Les choses individuelles, les particuliers, ou les actes individuels des hommes.) Comme la nature (et donc aussi l’intelligence) a été blessée par la Chute, la Révélation doit reprendre, redire, les vérités naturelles plus ou moins perdues et oubliées (celle de la création divine, celle du Décalogue, par exemple).

 

« La Réforme met en évidence que la révélation de Dieu dans l’Ecriture concerne à la fois, le « niveau supérieur » et le « niveau inférieur », c’est-à-dire la personne même de Dieu – les choses célestes- et aussi la nature – l’univers et l’homme – offrant une connaissance vraiment unifiée. Le problème de l’opposition entre nature et grâce, si embarrassant pendant la Renaissance, ne se pose pas aux hommes de la Réforme. Pour eux, l’unité du champ de la connaissance est réelle, non parce que leur intelligence est supérieure, mais parce que cette unité se fonde tout simplement sur la Révélation divine et ce qu’elle enseigne sur les deux « niveaux ». En contraste avec l’humanisme, la Réforme rejette toute idée d’ « autonomie ». [2]

 

b.     Commentaires de Jean Brun sur le temps des Lumières

 

« La lecture du Livre du Monde s’est appuyée sur la raison glorifiée par le cartésianisme et sur l’expérience mise au premier plan par l’empirisme anglo-saxon ; on pense de plus en plus que les ressources de la « lumière naturelle » dispensent de recourir à la Révélation des Ecritures et que le monde deviendra auto – explicatif pour ceux qui seront capables d’en interpréter scientifiquement le langage ; on consentira, tout au plus, à quelque concession déiste affirmant que Dieu est l’Horloger qui a fabriqué la machine du monde selon des lois à mettre au jour. En France, en Allemagne, en Italie comme en Angleterre, les Lumières travaillent à faire de l’homme ce vivant capable de transformer la nature, après en avoir connu les lois, ainsi que la société dont l’organisation devra être soumise à un ordre rationnel au lieu d’être livrée au bon plaisir de quelques uns ou au hasard des conjonctures. Ce culte de la raison et de l’expérience se prolonge dans cette idée nouvelle que l’homme est perfectible et que l’Histoire peut et doit ouvrir la voie au Progrès. D’où la conviction que le péché ne pèse pas inexorablement sur la condition humaine, mais que l’homme est capable de faire le Bien ; la bienfaisance permettra d’assurer à chacun une vie où le plaisir sera substitué à la contrition et à la résignation une fois que les idées claires et l’observation des faits auront délivré les hommes de l’erreur, des superstitions et des fantasmes qui s’y rattachent. La raison et l’expérience deviennent les deux veaux d’or capables de permettre aux hommes d’être « comme des dieux » pour domestiquer le Leviathan en lui permettant de vivre enfin dans une cité où le bonheur sera à la portée de tous. Rationalisme, empirisme, hédonisme, utilitarisme et eudémonisme convergent ainsi dans cette idée qu’il faut apprendre dans le Libre du Monde ce qui permettra de connaître la nature humaine pour lui donner la possibilité de s’épanouir. »[3]

 

2.     Descartes contre Pascal

 

a.     Descartes

 

« Avec Descartes, l’Arbre du Savoir a pris une vigueur considérable, et l’idée d’un salut par la connaissance est venue à se préciser. Car la philosophie de Descartes n’est pas une philosophie tragique, ce n’est pas une philosophie de la crainte et du tremblement ; les uns l’en félicitent, d’autres l’en blâment. C’est ainsi que Pascal trouvera Descartes « inutile et incertain » et lui reprochera de s’en être tenu à un Dieu pour savants et pour philosophes qui n’a rien à voir avec celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Kierkegaard puis Jaspers verront dans le doute cartésien une sorte de subterfuge méthodologique totalement étranger au doute dévorant de la foi ou de l’angoisse existentielle (…)

 

L’arbre de Descartes est finalement un arbre mort ; il n’a ni feuillez, ni fleurs, ni fruits, aucun oiseau ne viendrait s’y nicher, il ne pourrait offrir de l’ombre à aucun voyageur fatigué, il est tout au plus bon à fournir du bois que des machines transformeront en planches. Bref, il y a dans le cartésianisme un Arbre de la Connaissance qui a contribué à faire disparaître l’Arbre de la Vie. La chute, la faute, la Passion du Christ, les vérités sanglantes, font peut-être partie de ce que Descartes appelait les vérités de la foi et de la religion, mais elles n’ont aucune place dans la réflexion philosophique. En outre, dans le cartésianisme la démonstration se substitue à la monstration par la Révélation et l’Incarnation ; c’est l’homme qui accède à Dieu à l’occasion d’une réflexion ascensionnelle, ce n’est pas Dieu qui vient à l’homme à travers le médiateur (…)

 

La mathématisation de la physique, l’intellectualisation de Dieu par le cartésianisme, le recours à la lumière de l’idée claire et distincte, l’intronisation de la mesure et de la quantité, l’affirmation qu’il suffit de bien juger pour bien faire, l’idée que l’homme doit travailler à instaurer une science dont les applications techniques le délivreront d’un passé dont il doit se détacher, tout cela constituera, certes, le centre de thèmes autour desquels pourront s’organiser des leçons de rigueur, mais tout cela servira aussi de fondement à une aristocratie du savant et du technicien et à une auto-consécration de l’homme comme être autosauveur et autocréateur ». [4]

 

b.     Pascal 

 

Le Mémorial : «L ’an de grâce 1654. Lundi 23 Novembre jour de saint Clément pape et martyr et autres martyrologues. Veille de saint Chrisogone martyr et autres. Depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi.

FEU.

Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix. Dieu de Jésus-Christ. Ton Dieu sera mon Dieu. Oubli du monde et de tout hormis Dieu. Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l’Evangile. Grandeur de l’âme humaine. Père, juste, le monde ne t’a point connu, mais je t’ai connu. Joie. Joie, Joie, pleurs de Joie. Je m’en suis séparé--------------------------Mon Dieu, me quitterez vous ? Que je n’en sois pas séparé éternellement. Cette est la vie éternelle qu’ils te connaissent seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé Jésus Christ. Jésus Christ. Jésus Christ. Je m’en suis séparé. Je l’ai fui, renoncé, crucifié. Que je n’en sois jamais séparé ! Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l’Evangile. Renonciation totale et douce. »

 

 

3.     Le dualisme de Kant[5]

 

Kant est connu, avant tout, pour l'application qu'il fait à la théorie de la connaissance de la distinction entre le noumène (les choses en soi) et les phénomènes.   Le domaine nouménal, c'est la réalité en tant que telle, en dehors de toute connaissance humaine. Dieu, le monde, le moi, la liberté et l'immortalité existent réellement, mais ils sont des "idéaux" qui débordent notre expérience.   Nous ne savons pas ce qu'ils sont, même si nous savons qu'ils existent. Ces réalités qui sont "en soi" inconnaissables ne peuvent pas, pour cette raison, être vraiment distinguées et tendent à être confondue - Dieu est identifié avec la liberté ou avec une valeur morale.

 

Les phénomènes sont, à l'inverse des réalités que nos sens perçoivent. Dans ce domaine, la raison est apte à les connaître. Avec David Hume, qui, selon ses propres mots, l'a "réveillé de son sommeil dogmatique", Kant pense que toute connaissance dépend de l'expérience, mais il n'est pas aussi catégorique que le philosophe écossais; il admet que notre intelligence aide à la connaissance en structurant la réalité avec des notions comme l'espace et le temps, le possible, l'unité et la diversité, la causalité etc. La raison a donc une fonction suprême puisque, non seulement elle enregistre les données, mais elle les organise selon ses catégories.

 

Cette théorie de la connaissance constitue le fondement dialectique de la théologie moderne. D'une part rien n'est connaissable en soi, mais cela n'empêche pas d'affirmer que Dieu doit exister; d'autre part, notre raison peut connaître et organiser de façon complète ce qui est appréhendable par les sens. Autrement dit, la réalité ultime nous reste inconnue; il est impossible d'avoir une connaissance objective de Dieu. Le Créateur et la vérité sont inconnaissables par nature car les deux nous dépassent. Le monde réel est celui que l'homme appréhende dans les phénomènes dont il est capable de concevoir les caractères.

 

Ainsi d'une part la raison est infirme, car elle est incapable de connaître la réalité ultime, "les choses en soi", d'autre part elle sert de critère pour décider ce qui relève ou non de notre expérience.

 

Cette présentation de ce qui est possible à l'être humain de connaître a trouvé une application dans trois aspects de la pensée dialectique qui a dominé le développement de la théologie au 19e et au 20e siècle :

 

1. La transcendance et l'immanence  

Dieu, le Tout Autre, est inconnaissable, car il transcende notre raison. De façon immanente, la connaissance que l'on peut avoir de Dieu s'acquiert dans les mêmes conditions que pour les autres phénomènes de notre monde ;

 

2. L'irrationalisme et le rationalisme  

La réalité de Dieu, "Dieu est" est une affirmation sans aucune justification; elle constitue une conviction invérifiable. Par contre, dans le domaine des affirmations logiques, la foi en Dieu trouve une place là où la raison ne s'aventure pas;

 

 

 

Le sujet et l'objet 

 

Tout ce qui confère un sens à l'existence est subjectif, lié au sujet et s'inscrit dans la sphère de ce qui est personnelle. Les convictions intérieures ne peuvent être transcrites dans des formulations objectives qui les falsifient.

 

La connaissance de Dieu, la foi, constituent le premier terme de la dialectique. Elles dépassent notre raison, sont affirmées en dehors d'elle, de façon non rationnelle, elles relèvent de notre conviction personnelle et sont subjectives. En pratique, dans la théologie moderne, toutes  les affirmations bibliques, telle que "Dieu est éternel", "il n'y a qu'un seul Dieu", "Jésus-Christ est Seigneur", "Christ est mort sur la croix pour nos péchés", "Dieu est réconcilié en Christ", expriment des convictions subjectives, non-vérifiables qui appartiennent au seul domaine de la foi et non à celui de la raison. Ces affirmations bibliques ne constituent pas des vérités à côté des autres vérités de notre monde. Dès que nous les faisons entrer dans le domaine de l'objectivité pour notre raison, elles perdent tout sens, parce que, d'une part, il est impossible de considérer Dieu comme un phénomène et, d'autre part, notre raison regimbe contre cette possibilité. Comme l'a dit Bonhoeffer :

 

"...Dieu a été écarté toujours davantage du monde devenu majeur, du domaine de notre vie et de nos connaissances, et n'a conservé depuis Kant qu'une place au delà du monde et de l'expérience".[6]

 

 [1] Francis Schaeffer : « Démission de la raison ».

[2] F. Schaeffer. « Démission de la raison »

[3] Jean Brun : « L’Europe philosophe », p 112

[4] Jean Brun : « L’Europe Philosophe », p 174

[5] D’après un cours de M. Wells.

[6] D. Bonhoeffer : « Résistance et soumission ». Labor et Fides


Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Cours 2 philo chrétienne
commenter cet article
10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:24

Le défi de la philosophie pour un chrétien 

 

D'après Norman L. Geisler. "Introduction to Philosophy" A christian perspective. Baker Book. USA.

 

 

Le défi de la philosophie pour un chrétien.

 

1.    Le défi de la philosophie en général.

 

a.    L’examen philosophique

 

b.    Examiner les buts de la vie.

 

c.     Examiner les présupposés de la vie

 

d.    Clarification de la pensée

 

e.     L’argumentation

 

f.      Systématisation de la connaissance

 

2.    Le défi de la philosophie pour un chrétien

 

a.    La philosophie présente un défi particulier pour le chrétien, à la fois positif et négatif.

 

b.    Le fondement biblique pour une philosophie chrétienne

 

c.     Les rôles de la philosophie pour un chrétien

 

                                                    i.     La fonction de la philosophie en théologie

 

                                                  ii.     La fonction de la philosophie en apologétique

 

                                                iii.     La fonction de la philosophie dans les polémiques

 

                                                iv.     La fonction de la philosophie dans la communication


 

 

2.1  Le défi de la philosophie en général.

 

Le philosophe examine continuellement la vie, ses buts et ses présuppositions. Il développe une pensée critique, ainsi qu’une pensée claire et correctement établie.

 

2.1.1       L’examen philosophique.

 

La philosophie a autant à voir avec les choses de la vie qu’avec le domaine de la pensée. Le philosophe cherche les réponses aux questions fondamentales touchant à la signification de la vie.

2.1.2       Examiner les buts de la vie.

 

Aristote disait que la philosophie commence avec l’étonnement. Tous les philosophes se sont posés et se posent encore les grandes questions. D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je là ? Où vais-je ? Les réponses varient, certains disent ne pas pouvoir en donner. Les philosophes chrétiens s’appuient sur la Bible…Si les réponses varient, tous ont posé et posent encore ces questions fondamentales.

 

2.1.3       Examiner les présupposés de la vie.

 

Il a été dit que notre caractéristique la plus importante n’est pas ce sur quoi nous pensons mais ce avec quoi nous pensons. En bref, nos présuppositions sont plus fondamentales que nos préoccupations. Souvent nous ne sommes pas même conscients des présupposés qui guident notre vie et notre pensée. Cela est dû au fait qu’ils ont imbibé notre inconscient par notre par notre environnement familial et notre culture. Une des tâches essentielles de la philosophie est de dévoiler les présupposés fondamentaux qui se cachent derrière des conclusions auxquelles nous sommes parvenus dans notre pensée. Si quelqu’un n’est pas satisfait des conclusions relatives à telle ou telle position prise, il doit examiner les présuppositions sur lesquelles elle se base. Par exemple, si quelqu’un avance cette présupposition que « Dieu est mort », alors on doit en conclure, comme Nietzsche, que toutes les valeurs absolues sont mortes avec lui. D’un autre côté, si quelqu’un avance cette présupposition que « Dieu est vivant » et qu’Il n’est pas silencieux, mais qu’Il a déclaré dans Sa Parole comment l’homme devrait se comporter, alors les conséquences qui en découleraient seraient radicalement  différentes.

 

2.1.4       Clarification de la pensée.

 

Une autre tâche fondamentale de la philosophie est la clarification. Réduire les pensées à leur forme logique apporte une aide précieuse en éliminant les ambiguïtés et les pensées fallacieuses. Les débats sur le fait de savoir si « tous les hommes ont été créés égaux » portent sur l’ambiguïté du mot « égaux ». Est-ce que cela veut dire que tous les hommes sont nés physiquement et intellectuellement égaux en capacités ? Certainement non. Est-ce que cela veut dire qu’ils sont égaux quant à leurs droits civiques et politiques ? Nous devrions dire oui ! Des milliers d’heures d’efforts ont été gaspillées simplement parce qu’on ne s’était pas donné la peine de définir les termes. La clarification théorique de la pensée est quelque chose de très pratique.

 

 

 

2.1.5       L’argumentation.

 

Il peut y avoir une connotation négative ou positive à ce mot. Le véritable philosophe n’est pas intéressé à l’argumentation pour le plaisir d’argumenter ! Si la philosophie est la recherche de la vérité, alors l’argumentation est la stratégie qui va diriger cette recherche. Et cela est nécessaire dans chaque discipline !

 

2.1.6       Systématisation de la connaissance.

 

Traditionnellement les philosophes ont été, et sont encore, concernés par établir le lien entre les différents domaines de la connaissance afin d’en faire un « système » compréhensible…les éléments fondamentaux d’une système philosophique complet, qu’on appelle aussi « vision du monde » sont :

-        une consistance interne.

-        Le fait qu’ils soient compréhensibles.

-        La correspondance.

 

Un bon système philosophique doit de façon consistante et non contradictoire, tenir compte de tous les faits de l’expérience, et rassembler tous ces faits ensemble. Il y a un nombre de systèmes philosophiques qui respectent ces points, tels le théisme, le déisme, le panthéisme, l’athéisme, et ainsi de suite.

 

Ainsi, le défi de la philosophie est quadruple : ce défi multiple consiste à penser de façon critique (l’examen), de penser clairement (clarification), de penser correctement (l’argumentation) et de penser de façon complète, générale.

 

2.2  Le défi de la philosophie pour un chrétien.

 

2.2.1       La philosophie présente un défi particulier pour le chrétien, à la fois positif et négatif.

 

La philosophie sert à la construction d’un système chrétien et à la réfutation de vues opposées. Il y a un texte capital du Nouveau Testament qui correspond à ces deux tâches. Paul dit : « nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l’obéissance de Christ ». (2Co 10 :5) C’est l’aspect positif. Sans une bonne connaissance philosophique le chrétien est à la merci des non chrétiens dans l’arène intellectuelle. Le défi pour le chrétien est de confronter, de vaincre la pensée non chrétienne en construisant un système de vérité et en détruisant les systèmes erronés.

 

Si c’est la tâche du chrétien en philosophie, alors comment expliquer l’avertissement de l’apôtre Paul : « ne soyez pas la proie des vaines philosophies » (Col 2 :8 ?) Malheureusement certains chrétiens ont compris ce verset comme mettant en garde contre l’étude de la philosophie. C’est faux pour plusieurs raisons. Premièrement, ce verset n’est pas une interdiction de la philosophie en tant que telle, mais une mise en garde contre les fausses philosophies ; Paul ajoute « et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes ». En fait, Paul met en garde par rapport à une philosophie erronée spécifique, une sorte de gnosticisme qui avait infiltré l’église de Colosse (le déterminant « cette » en grec indique une philosophie particulière). Finalement, on ne peut pas se mettre en garde contre une fausse philosophie si on ne l’a pas connue ! Un chrétien doit reconnaître l’erreur avant de la contrer, de la même manière qu’un docteur doit étudier la maladie avant qu’il puisse la traiter. L’Eglise chrétienne peut être pénétrée par de faux enseignements précisément parce que les chrétiens n’ont pas été préparés, entraînés à détecter cette « maladie » de l’erreur. Le chrétien prêt à tomber dans ce genre de piège est un chrétien ignorant.[1]

 

2.2.2       Le fondement biblique pour une philosophie chrétienne.

 

 

Dieu n’encourage par l’ignorance. Les chrétiens ne deviennent pas plus spirituels par une foi ignorante. La foi est peut-être plus méritante que la raison (« sans la foi il est impossible de plaire à Dieu » Hébreux 11 :6) mais la raison est plus noble (les disciples de Bérée avaient un caractère plus noble que les Thessaloniciens parce qu’ils examinaient les Ecritures chaque jour pour voir si ce que Paul disait était vrai. (Actes 17 :11). Ainsi, le « grand commandement » pour les chrétiens est « d’aimer Dieu de toute notre pensée »… (Mat 22 :37) Pierre dit que nous devons être préparés à « défendre devant quiconque nous demande raison de l’espérance qui est en nous » (1 Pierre 3 :15). Paul déclare que nous sommes établis « dans la défense et la confirmation de l’Evangile » (Philippiens 1 :7) et que lui-même « discutait, raisonnait…d’après les Ecritures ». (Actes 17 :2)

 

Il est vrai que nous nous défendons contre « la sagesse de ce monde » (1 Co 1 :20). Mais cela fait partie du défi de la philosophie pour un chrétien. Comme C.S. Lewis l’a correctement observé, « …une bonne philosophie doit exister, au moins pour cette raison que les mauvaises philosophies ont besoin de trouver des réponses ». (Le poids de Gloire, p 50)

 

2.2.3       Les rôles de la philosophie pour un chrétien.

 

Il y a plusieurs fonctions à la philosophie au service de la chrétienté. La philosophie a été appelée « la servante de la théologie », elle est la défense contre l’hérésie et l’arme de l’apologétique. [2]

 

 

2.2.4       La fonction de la philosophie en théologie.

 

On ne peut pas faire de la théologie systématique sans l’aide de la philosophie. La Bible donne les bases d’une théologie chrétienne, mais la théologie ne devient systématique qu’à partir du moment où elle est « systématisée ».

 

Par exemple, les chrétiens orthodoxes croient en un Dieu qui existe éternellement en trois personnes : la Trinité. Cette doctrine résulte de plusieurs techniques philosophiques. Premièrement, il y a une étude inductive des Ecritures. Deuxièmement, il y a une corrélation systématique de tout ce qui dans la Bible est en relation avec Dieu. Cela sous-entend, entre autres choses, deux prémices :

 

-        il y a un Dieu.

-        Il y a trois personnes qui sont Dieu.

 

Troisièmement, il y a une déduction logique  qui se tire de ces deux prémices, c’est la doctrine de la Trinité : il y a un Dieu qui existe en trois personnes.

 

A côté de ce rôle positif de « construction » de la doctrine chrétienne, la philosophie a aussi un rôle négatif dans la théologie systématique. Puisque aucune personne pensante ne peut être satisfaite avec ce qui est contradictoire, le théologien chrétien doit éliminer les contradictions d’un « système » chrétien. Si la Bible dit que Dieu a des yeux (Hébreux 4 :13) et des bras, et proclame en même temps qu’Il est un Esprit sans corps (Jean 4 :24) alors le théologien doit montrer qu’il n’y a pas de contradiction. Il va le faire en montrant par le raisonnement que les références aux yeux et aux bras sont de l’ordre de la métaphore, ne sont pas littérales. Dieu est aussi décrit comme ayant des ailes, mais cela illustre Sa puissance protectrice….

 

Le philosophe – théologien a une tâche encore plus difficile avec quelques uns des mystères de la foi chrétienne, tels que les deux natures de Christ. Le christianisme orthodoxe soutient que Christ est à la fois Dieu et homme ; il est le Dieu – Homme. Mais Dieu est infini alors que l’homme est fini ! Comment, alors, Christ peut il être infini/ fini, ce qui semble être une claire contradiction ? Les théologiens – philosophes répondent : Christ est une personne unique, mais Il a deux natures. Il est infini dans Sa nature divine et fini dans Sa nature humaine, mais une nature ne se mélange pas, ne se confond pas avec l’autre. Les deux natures sont distinctes mais existent simultanément dans la même personne. Le mystère porte sur le comment cela peut-il se faire ; c’est au-delà du domaine de la raison. Mais il n’y a pas de contradiction en disant que le Christ est une seule personne (un sens) avec deux natures (un autre sens). La contradiction apparaît seulement lorsqu’on n’utilise pas différents sens, de telle façon qu’on en arrive à dire que Dieu est une personne et aussi trois personnes dans un même sens.

 

En bref, sans l’aide de la logique et de la philosophie, la théologie chrétienne n’est pas possible. La pensée cohérente et consistante au sujet de la Bible (ce qui constitue une bonne définition de la théologie) ne peut pas se manifester sans l’aide de la philosophie. Le théologien chrétien est en ce sens un étudiant – philosophe de la Bible. Il donne un LOGOS (une raison) au THEOS (à Dieu) tel qu’il peut être connu dans les Ecritures.

 

2.2.5       La fonction de la philosophie en Apologétique.

 

La tâche de l’apologétique est de défendre la foi chrétienne contre les attaques du dehors (1 Pierre 3 :15). La philosophie peut remplir cette tâche de plusieurs manières. Il y a à la fois un aspect négatif et un aspect positif à cette tâche.

 

-        l’aspect négatif contient deux parties :

 

o   Montrer que les attaques contre le christianisme sont fausses.

o   Montrer que les points de vue non chrétiens ne sont pas nécessairement vrais. Et il est impossible d’effectuer l’une de ces tâches sans les outils de la philosophie, d’une pensée claire, consistante et correcte.

 

-        L’aspect positif concernant l’apologétique est également dépendant de la philosophie. Cela implique l’utilisation de bons arguments, ou la mise en avant de bonnes évidences pour justifier le bon fondement du christianisme. Généralement cela demande des arguments en faveur de Dieu (théisme) et la mise en avant d’évidence en faveur de la vérité historique du christianisme. Cette tâche est le propre de la tâche philosophique.

 

2.2.6       La fonction de la philosophie dans les polémiques.

 

La tâche des polémiques est de combattre les hérésies à l’intérieur du monde chrétien, par opposition avec l’apologétique qui combat les erreurs en dehors du monde chrétien. Le même besoin de la philosophie se manifeste ici aussi. On ne peut pas mieux argumenter pour la vérité que lorsqu’on est entraîné à l’argumentation philosophique. Le polémiste chrétien doit comprendre à la fois la théologie (qui utilise la pensée philosophique systématique) et la philosophie (qui utilise la pensée logique).

 

2.2.7       La fonction de la philosophie dans la communication.

 

Les missionnaires chrétiens et les apologistes se sont très bien rendus compte qu’il y a quantité de visions du monde par lesquelles les hommes pensaient Dieu, l’homme et le monde. Certains panthéistes, par exemple, croient que le monde matériel est mauvais, ou qu’il est une illusion, alors que les chrétiens, théistes, croient que le monde matériel est bon, création de Dieu. Un naturaliste fini croit que les miracles sont impossibles, alors qu’un théiste les accepte comme actuels. Quand des penseurs si différents regardent au même « fait » ou phénomène, ils vont en donner des significations radicalement différentes.

 

Le chapitre 12 de l’Evangile de Jean sert d’exemple. Un événement touche en même temps trois groupes de personnes. Mais chacun l’interpréta au travers de sa propre vision du monde. Selon le verset 28, Jésus priait fort : « Père, glorifie Ton nom ». Jean écrit qu’une voix vint des cieux disant : « je L’ai glorifié, et je le glorifierai encore ». Les différents groupes ont interprété le son de différentes manières :

 

-        les naturalistes dans la foule dirent que c’était le tonnerre.

-        Les religieux ont dit que c’était un ange.

-        Les théistes ont dit que c’était la voix de Dieu.

 

On peut comparer une vision du monde à une paire de lunettes au- travers desquelles chacun regarde le monde. Pour celui qui a des verres rouges, il va voir tout en rouge. Pour celui qui a des verres jaunes, il va voir tout en jaune. De la même manière, pour un naturaliste, tout événement aura une explication naturelle, même ces événements qui sont absolument inhabituels. Un même fait peut prendre différentes significations selon qu’il est vu par tel ou tel individu…Ainsi, la communication du christianisme à quelqu’un qui a une vision du monde dissimulée est bien plus difficile qu’il n’y paraît. La proclamation de Christ « Moi et le Père nous sommes un » n’a pas la même signification chez un panthéiste, un unitarien, ou un chrétien théiste. Pour une vision du monde panthéiste, cela veut dire que Christ est une manifestation de Dieu, comme le sont tous les hommes. Les unitariens vont comprendre que Christ est moralement un avec Dieu, qu’Il vit en union avec Dieu. Le chrétien théiste, d’un autre côté, comprend que Christ dit qu’Il est métaphysiquement un avec Dieu, étant de la même essence. Les Juifs monothéistes du temps de Jésus l’ont ainsi compris, comme le révèle leur réponse : « toi, un homme, tu déclares être Dieu » (Jean 10 :33)

 

Une des tâches de la philosophie chrétienne est d’aider à la communication en tenant compte de ces visions du monde différentes. Car notre façon de voir le monde dépend de la sorte de lunettes que nous portons. Une des tâches de la philosophie chrétienne est de travailler au niveau de la pré -évangélisation pour aider les gens à regarder avec d’autres lunettes, des lunettes théistes. La philosophie contribue à ce processus au travers de l’argumentation. A moins que le terrain intellectuel soit préparé, clarifié, et que le chemin soit frayé par la parole de la vérité, on ne peut pas parler de véritable communication de l’Evangile de Christ à ceux qui ont d’autres visions du monde.

 

Conclusion.

 

Le défi de la philosophie pour le chrétien a deux aspects : premièrement, il y a ce défi d’ordre général qui consiste à penser de façon critique, claire et correcte, de façon compréhensible pour le monde. C’est la tâche de tout un chacun, chrétien ou non. En plus de cela, à cause des fondements de la foi biblique, le chrétien a un fardeau philosophique tout à fait particulier. Il utilise la philosophie en ordonnant ces fondements de la foi en système, et en élaborant une défense argumentée de la foi. Il a besoin de la philosophie pour communiquer une vision chrétienne des choses à ceux qui ont d’autres visions du monde. Plus que tout, le chrétien dépend de la philosophie pour rendre intelligible le domaine de la foi. La philosophie est l’outil que le chrétien peut prendre pour exprimer sa foi, la rendre compréhensible.




[1] Pierre Thévenaz, dans son livre « l’homme et sa raison », T 1, Baconnière, Neuchâtel, 1956, p 324-325 : « La philosophie (…) est un élément essentiel du combat de la foi. Il faut faire de la philosophie pour se garder du Dieu des philosophes, pour s’en garder en fait, pratiquement, efficacement… D’une façon ou d’une autre, nous philosophons sur Dieu ; aussi est-il préférable pour celui qui croit au Dieu de Jésus-Christ de philosopher sciemment et consciemment, plutôt que d’héberger, à son insu, dans sa foi même, le Dieu de la philosophie. »A nous de dépister les « virus » théologico -philosophiques qui rendent la foi inopérante. (Selon l’expression de J.F. Jobin)

 

[2] Une pratique de la philosophie par les Pères de l’Eglise s’est développée non par amour de la philosophie, mais pour se donner les moyens de mieux prêcher l’Evangile aux païens : souci fondamentalement apologétique.

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Cours 1 philo chrétienne
commenter cet article
10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:19



Les penseurs du Moyen Age.

 

Les philosophes du Moyen-Age : l’âge de la foi.

 

« Le Moyen-Age, ainsi appelé, trop simplement, parce qu’il va de la conversion de l’empereur romain Constantin le Grand (272-337) aux prémisses de la Renaissance, et qu’il se situe ainsi entre l’Antiquité païenne et un Renouveau païen, est le millénaire d’une civilisation s’efforçant d’être chrétienne, et, précisément à cause de cela, caricaturée, calomniée, travestie, vilipendée, par la plupart des historiens et intellectuels modernes plus ou moins humanistes. Le Moyen-Age doit bien plutôt être désigné et décrit comme l’Age de la Foi en Occident (…) En fait, sous la souveraineté de la grâce de Dieu et à la mesure de l’obéissance fidèle des hommes, l’Age de la foi a été la plus belle des civilisations que le monde ait connues, encore qu’elle ait été loin d’être parfaite ; avec ses hauts mais aussi ses bas, avec ses grandeurs mais aussi ses misères. Et l’on peut se demander comment l’intelligentsia d’un XXème siècle abominablement esclavagiste et sanguinaire, avec ses guerres mondiales, ou localisées, au caractère total, ses goulags et ses camps de concentration, ses chambres à gaz et ses tortures, ses massacres et ses avortements par millions chaque année, pires encore que les sacrifices humains du passé, et légalisés par les Etats comme relevant de la médecine, etc, ose regarder de haut, avec mépris, l’Age de la Foi dont la quête incessante et le respect de Dieu ont animé les progrès en tous domaines. Ne sommes nous pas parvenus au temps inverse de celui dont parlait le cher et grand S. Athanase quand il écrivait dans Sur l’Incarnation du Verbe, à l’orée de l’Age de la Foi :

 

« De même que lorsque paraît le soleil, les ténèbres perdent leur force, et, s’il en reste quelque chose, il les chasse ; de même, quand est venue la divine manifestation du Dieu Verbe, les ténèbres des idoles n’ont plus de force, mais partout toutes les parties de l’univers sont illuminées par son enseignement (…) Le genre humain serait allé à sa perte si le Fils de Dieu, maître de l’univers et sauveur, n’était venu le secourir pour mettre un terme à la mort (…) C’est lui qui dès avant sa manifestation corporelle remportait la victoire contre ses adversaires les démons, et gagnait les trophées contre l’idolâtrie (…) Au temps de jadis toute la terre habité et tout lieu étaient trompés par le culte des idoles, et les hommes ne pensaient pas qu’il pût  avoir de dieu en dehors d’elles. Mais à présent, par toute la terre habitée, les hommes abandonnent le culte supersticieux des idoles et cherchent leur refuge auprès du Christ, et, l’adorant comme Dieu, ils connaissent par lui le Père qu’ils ignoraient (…) Le Seigneur a touché toutes les parties de la création, il les a toutes délivrées et détrompées de toute erreur, comme dit Paul : « Il a dépouillé les principautés et les puissances et il en a triomphé sur la croix », afin que personne ne puisse plus désormais être égaré, mais qu’on trouve en tous lieux le véritable Verbe de Dieu. » 

 

Le Moyen Age n’est pas une période obscure de la pensée, comme on le dit souvent. Il est, au contraire, le terreau dans lequel prend naissance notre monde moderne, dans un premier affrontement entre la foi révélée du christianisme et la raison autonome. Le christianisme va bouleverser les concepts philosophiques et l’histoire de la pensée. En apportant l’idée d’une Dieu unique, parfait, transcendant, mais aussi les notions de foi, de salut, d’infini, le christianisme accomplit un grand tournant.

 

Le Moyen Age est cette longue période pendant laquelle s’installe complètement le christianisme. Petit à petit un humanisme s’installera insidieusement toutefois. (L’humanisme dont il est question ici et dans les pages qui suivent, peut être défini comme la religion de l’homme s’auto divinisant, de l’Homme mesure de toutes choses, de l’Homme exaltant la Raison, sa raison, au-dessus de tout.)

 

 La raison grecque et plus précisément la doctrine d’Aristote, transmise par les penseurs musulmans, en particulier par Averroès, ensemence la pensée du 12ème siècle, donnant naissance à la scolastique : Abélard, brillant dialecticien, se heurte à l’Eglise, en voulant introduire la raison dans le domaine de la révélation. Ainsi, christianisme, pensée islamique, pensée hellénique s’interpénètrent et sont parfois en osmose. Du 13ème siècle, il est dit : « Paris, Capitale, enseigne au monde entier ». Les plus grands penseurs intellectuels, philosophes, tous chrétiens, sont venus à Paris, ont contribué à l’apparition de l’Université: Bonaventure et Thomas d’Aquin furent parmi les plus grands.

 

C’est au 13ème siècle  que se fait véritablement l’alliance de la foi et de la raison : Thomas d’Aquin, la grande figure du Moyen-Age, explicite un aristotélisme chrétien, dans lequel la raison se met au service de la foi ; Roger Bacon critique la tradition et pose les lointains préliminaires  de la science expérimentale. La fin du Moyen Age est une période d’invention intellectuelle : Maître Eckhart, grand maître de la mystique rhénane, Duns Scot, dont la pensée est originale et aura un grand retentissement, enfin, la voie moderne, celle des nominalistes, celle de Guillaume d’Ockham en particulier, constituent les principales voies explorées au 14ème siècle. Grosso modo, la philosophie médiévale couvre mille ans d’histoire. Nous découvrons ainsi u gigantesque massif, débordant toute frontière nationale, religieuse, culturelle. »

 

AUGUSTIN (354-430)

http://jesusmarie.free.fr/augustin.html

 

La prière du philosophe. Henri Irénée Marrou 

 « O Dieu, Créateur de l’Univers, permets d’abord que je te prie comme il convient, puis, que je me rende digne d’être exaucé ; enfin, que je te doive ma libération. Dieu, par qui toutes les choses qui n’auraient pas l’ « être » par elles-mêmes tendent à l’ « être » ; Dieu, qui ne laisses pas périr les choses qui se détruisent réciproquement ; Dieu, qui a créé de rien ce monde dont tous les yeux sentent la souveraine beauté ; Dieu qui n’es pas l’auteur du mal,  et qui permets qu’il existe pour prévenir un plus grand mal ; Dieu qui, au petit nombre des esprits capables d’accéder à ce qui « est » réellement, décèles que le mal n’a aucune substance ; Dieu, grâce à qui l’univers, même avec ses éléments fâcheux, est parfait tout de même ; Dieu, qui ne permets aucune dissonance même au plus humble degré de cet univers, puisque le pire s’harmonise avec le meilleur ; Dieu, qu’aime tout ce qui, consciemment ou inconsciemment, peut aimer ; Dieu, qui contiens tout, mais qui ne reçois de l’ignominie de la créature aucune ignominie, de sa malice aucun dommage, de ses erreurs aucune erreur ; Dieu, qui n’as donné qu’aux cœurs purs de connaître le Vrai ; Dieu, Père de la vérité, Père de la sagesse, Père de la vie véritable et suprême, Père du  bonheur, Père du bon et du beau, Père de la lumière intelligible, Père de notre réveil et de notre illumination, Père du gage qui nous avertit de retourner à toi ;

 

C’est toi que j’invoque, ô Dieu Vérité, source, principe, auteur de la vérité de tout ce qui est vrai ; Dieu  Sagesse, principe, auteur de la sagesse de tout ce qui est sage ; Dieu, qui es la véritable, la suprême vie, source, principe, auteur de la vie de tout ce qui vit véritablement et souverainement ; Dieu Béatitude, source, principe, auteur du bonheur de tout ce qui est heureux ; Dieu du Bien et du Beau, source, principe, auteur du Bien et du Beau dans tout ce qui est  bon et beau ; Dieu Lumière intelligible, source, principe, auteur de la lumière intelligible dans tout ce qui brille dans cette lumière ; Dieu, dont le royaume est cet univers que les gens ignorent ; Dieu dont le royaume trace leurs lois aux royaumes mêmes de ce monde, Dieu, de qui on ne se détourne que pour choir, vers qui se tourner c’est se lever de nouveau, et en qui demeurer c’est trouver un solide appui ; sortir de toi c’est mourir, revenir à toi c’est revivre, habiter en toi c’est vivre ; Dieu que nul ne perd s’il n’est trompé, que nul ne cherche sans appel préalable, que nul ne trouve s’il ne s’est purifié d’abord ; Dieu, dont l’abandon équivaut à la mort, la recherche à l’amour, la vie à l’entière possession ; Dieu, vers qui la foi nous pousse, vers qui l’espérance nous dresse, à qui la charité nous unit ; Dieu, par qui nous triomphons de l’ennemi, c’est à Toi que j’adresse ma prière !

 

Dieu, à qui nous devons de ne pas périr complètement ; Dieu, qui nous avertis de veiller ; Dieu, grâce à qui nous distinguons le bien du mal, Dieu, grâce à qui nous fuyons le mal et cherchons le bien ; Dieu, grâce à qui nous ne cédons pas à l’adversité ; grâce à qui nous possédons l’art d’obéir et l’art de commander ; Dieu, grâce à qui nous apprenons que parfois ce que nous croyions nôtre nous est étranger, et que ce que nous croyions étranger est bien à nous parfois ; Dieu, grâce à qui nous dégageons des appâts et des séductions des méchants ; Dieu, grâce à qui ce qu’il y a de meilleur en nous n’est pas assujetti à ce qu’il y a de pire ; Dieu, grâce à qui la mort est absorbée dans sa victoire (1Cor 15 :54) ; Dieu, qui nous tournes vers toi ; Dieu qui nous dépouilles de ce qui n’est pas pour nous revêtir de ce qui est ; Dieu, qui nous rends dignes d’être exaucés ; Dieu, qui nous fortifies ; Dieu, qui nous introduis à toute vérité ; Dieu, qui nous dis tout ce qui est bien, qui ne fais pas de nous des insensés, qui ne permets à qui que ce soit de nous rendre tels ; Dieu, qui nous rappelles dans le bon chemin ; Dieu, qui nous conduis jusqu’à la porte ; Dieu, qui fais qu’elle s’ouvre à ceux qui frappent (Mat 7 :8) ; Dieu, qui nous donnes le pain de vie ; Dieu, grâce à qui nous avons soif de cette eau qui, une fois bue, désaltère à jamais (Jean 6 :35) ; Dieu, qui convaincs le siècle sur le péché, sur la justice, sur le jugement (Jean 16 :8) ; Dieu, grâce à qui nous demeurons insensibles aux raisons des incrédules ; Dieu, qui nous apprends à blâmer l’erreur de ceux qui croient que les âmes ne s’acquièrent nul mérite devant vous ; Dieu, grâce à qui nous ne sommes pas les esclaves de rudiments faibles et chétifs (Galates 4 ;9) ; Dieu, qui nous purifies et nous prépares aux divines récompenses, -sois-moi propice, ô mon Dieu…. »  

 

ANSELME DE CANTORBERY (1033-1109)

"Je ne cherche pas à comprendre afin de croire, mais je crois afin de comprendre. 
Car je crois ceci - à moins que je crois, je ne comprendrai pas. "

http://jesusmarie.free.fr/anselme.html

 


BONAVENTURE (1121-1274)

http://jesusmarie.free.fr/bonaventure.html

 


THOMAS D’AQUIN (1225-1274)

http://jesusmarie.free.fr/thomas_d_aquin.html


Somme contre les Gentils, Chapitre 4.

 

« Il est convenable que les vérités sur Dieu auxquelles parvient la raison naturelle soient proposées aux hommes comme objets de foi.

 

  1. Bien qu’il y ait deux sortes de vérités portant sur ce qui est intelligible de Dieu, l’une à laquelle la recherche de la raison peut parvenir, l’autre qui dépasse toute capacité de la raison humaine, il n’en est pas moins convenable que Dieu propose à l’homme l’une et l’autre comme objets de foi. Il faut d’abord le montrer pour la vérité  accessible à la recherche de la raison, de peur qu’on s’imagine que, du moment qu’elle peut être atteinte par la raison, il était inutile de les transmettre comme objet de foi par une inspiration surnaturelle.

 

  1. Trois inconvénients s’ensuivraient, si cette sorte de vérités était laissée à la seule recherche de la raison. Le premier est que peu d’hommes auraient alors la connaissance de Dieu. En effet, la plupart sont empêchés de goûter à ce fruit de l’enquête studieuse qu’est la découverte de la vérité, pour trois raisons. Pour certains c’est une mauvaise disposition de leur tempérament qui les rend naturellement mal disposés pour le savoir : ils ont beau s’appliquer à l’étude, ils ne peuvent pas atteindre le plus haut degré de la connaissance humaine, qui consiste à connaître Dieu. Pour d’autres, l’empêchement, ce sont les besoins domestiques. Il faut bien, en effet, que, parmi les hommes, certains se chargent d’administrer les affaires temporelles : ils ne peuvent consacrer assez de temps au loisir de la recherche contemplative, pour parvenir au plus haut faîte de la recherche humaine, la connaissance de Dieu. Pour d’autres enfin, l’empêchement, c’est la paresse. Car la connaissance de ce que la raison peut découvrir de Dieu réclame de nombreuses connaissances préalables, puisque presque tout le cours de la philosophie est ordonné à la connaissance de Dieu ; c’est pourquoi la métaphysique, qui a pour objets les choses divines, reste, de toutes les parties de la philosophie, la dernière à apprendre. On ne peut donc pas parvenir à rechercher cette vérité sans consacrer à l’étude beaucoup d’effort. Effort que bien peu veulent assumer pour l’amour de la science, dont Dieu a pourtant inscrit un appétit naturel dans les esprits des hommes.

 

  1. Le deuxième inconvénient est que ceux qui pourraient parvenir à la découverte de cette vérité, n’y arriveraient que de justesse, après beaucoup de temps. D’une part, en raison de la profondeur de cette vérité, que l’intellect humain ne devient apte à saisir par la voie de la raison qu’après un long exercice. D’autre part, en raison de toutes les connaissances préalables qui sont nécessaires, comme on l’a dit. Enfin, pour cette raison aussi que, durant la jeunesse, tant que l’âme est agitée par les divers mouvements des passions, elle n’est pas capable de la connaissance d’une si haute vérité ; mais, lorsqu’elle trouve le repos, elle devient prudente et sage, comme il est dit au livre VII de la Physique (247b23-24). Ainsi donc, si la voie de la raison était la seule qui menât à la connaissance de Dieu, le genre humain resterait dans les plus profondes ténèbres de l’ignorance, puisque la connaissance de Dieu, qui est ce qui contribue le plus à rendre les hommes parfaits et bons, n’échoirait qu’à un petit nombre d’hommes, et, à ceux-là mêmes, après une longue période de temps.

 

  1. Le troisième inconvénient est que l’erreur se mêlerait le plus souvent à la recherche de l’humaine raison, à cause de la faiblesse de notre intellect à juger, et à cause des images qui viennent se mêler à nos idées. Aussi, pour beaucoup, des choses pourtant démontrées en toute vérité demeureraient douteuses, puisqu’ils ignorent la force de la démonstration, et surtout parce qu’ils voient différentes personnes, qui passent pour sages, enseigner des choses différentes. Et aux nombreuses vérités démontrées se mêleraient parfois quelque chose de faux, non démontré, mais affirmé pour quelque raison probable ou sophistique, qu’il arrive qu’on prenne pour une démonstration. Il a donc fallu offrir aux hommes, par la voie de la foi, une certitude fixe et une vérité pure dans le domaine des choses de Dieu.

 

  1. C’est donc de manière salutaire que la clémence divine, dans sa prévoyance, a fait en sorte que la raison doive tenir par la foi même les choses sur lesquelles elle peut enquêter : de telle sorte que tous puissent facilement avoir part à la connaissance de Dieu, et cela sans doute ni erreur.

 

  1. C’est pourquoi on lit dans la Lettre aux Ephésiens, 4.7 : « Ne vous conduisez plus comme se conduisent les païens dans la vanité de leur sentiment, eux dont la pensée est obscurcie par les ténèbres » ; et au chapitre 54.13 d’Esaïe : « je ferai tous tes fils instruits par le Seigneur. »

 




 Athanase, Traduction de Charles Kannengiesser, Sources chrétiennes, n°199, p 463, 299, 399, 437. Extraits et citation tirés de  Pierre Courthial dans son ouvrage : « Les jours des petits commencements ».  p 182 à 184

 

 Pierre Courthial : « les jours des petits commencements »

 «  St Augustin et l’augustinisme, »Edition du  Seuil, p 98 et 101

 

 Soliloques, I, I (2-3) Trad de Labriolle.

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Cours 1 philo chrétienne
commenter cet article
10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:17

Le mythe de la caverne de Platon

Le mythe de la caverne

PLATON, La République - Livre VII (extrait)

 

Maintenant représente toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchainés, de sorte qu'ils ne peuvent ni bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaine les empêchant de tourner la tête ; la lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux et au dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. Figure toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre en bois et en toute espèce de matière ; naturellement parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.

 

Voilà, s'écria Glaucon, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.

Ils nous ressemblent ; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d'eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

Et comment, observa Glaucon, s'ils sont forcées de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?

Sans contredit.

Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient ?

Il y a nécessité.

Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux ?

Non, par Zeus !

Assurément de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués. Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse de leur ignorance. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements, il souffrira et l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un lui vient dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montarnt chacune des choses qui passent, on l'oblige à force de questions, à dire ce que c'est ? Ne penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout à l'heure lui paraitront plus vraies que les objets qu'on lui montre maintenant ? Et si on le force à regarder la lumière elle même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés ? N'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu'on lui montre ?

Assurément !

Et si on l'arrache de sa caverne par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? Et lorsqu'il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?

Il ne le pourra pas, du moins dès l'abord.

Il aura je pense besoin d'habitude pour voir les objets de la région supérieure. D'abord, ce seront les ombres qu'il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui même, que pendant le jour le soleil et sa lumière. A la fin j'imagine, ce sera le soleil - non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit - mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourra voir et contempler tel qu'il est.

 

Nécessairement !

 

Après cela, il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c'est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d'une certaine manière est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons dans la caverne. Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l'on y professe, et de ceux qui furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu'il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?

                 

 

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Cours 1 philo chrétienne
commenter cet article
10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:05

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Cours 1 philo chrétienne
commenter cet article
10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 13:52


  


 

 

                   

Annexe 2 : Questions sur le chapitre 7 de « Démission de la raison »

 ETUDE   FOI ET RAISON  Cours 1

 Francis Schaeffer “Démission de la Raison”, ch 7

Texte disponible sur le net: www.bible-ouverte.ch/livres/raison.htm

BUT :

1.     Etudier la relation entre raison et foi.

2.     Comment le chrétien doit aborder la personne qui se situe sous la ligne du désespoir.

 

RAISON ET FOI (DR, ch 7)

 

1.     Reléguer le christianisme au niveau supérieur a des conséquences. Lesquelles ?

 

2.     Pourquoi faut-il maintenir la doctrine réformée de l’Ecriture ?

 

3.     Que signifie la phrase suivante : « une démarche autonome est illusoire » ?

 

4.     Que veut dire Schaeffer lorsqu’il affirme que, pour le chrétien, « les sciences et les arts ne sont pas pour autant figés » ?

 

5.     Quel est le fondement biblique qui permet à l’homme de commencer à partir de lui-même dans sa quête de la vérité ?

 

6.     Dire « que l’homme est le produit d’une triple combinaison faite d’impersonnel, de temps et de hasard » a des conséquences. Lesquelles ?

 

7.     Qu’est-ce que la Bible (p 89-90) ? Discuter la phrase suivante : « c’est une communication verbale, faite des phrases que Dieu a adressée à l’homme, en un lieu et en un temps donnés de l’histoire ».

 

8.     Comparer brièvement les conceptions juive, grecque et moderne de la vérité.

 

9.     Quelles sont les deux choses que le chrétien doit retenir afin de communiquer l’Evangile aux non-chrétiens aujourd’hui ?

 

A DEBATTRE.

 

1.     Pourquoi le livre Démission de la Raison a-t-il ce titre ? Quel est le système dans lequel la raison a une place légitime ? Pourquoi ?

 

2.     Cette étude met l’accent sur le rôle joué par les idées et les concepts (c'est-à-dire par les croyances) dans la vie, l’existence. Comment faire en sorte que Jésus soit seigneur de la pensée, de la vie intellectuelle ? En tant qu’étudiant, comment la foi chrétienne permet-elle de relier les différentes disciplines du savoir ? Ayant une profession, comment la foi permet-elle d’intégrer les activités professionnelles, familiales et sociales ?

 

 

RESUME.

La perspective réformée de l’Ecriture fournit un système dans lequel la raison, l’intelligence, a une place légitime. Ce point de vue permet aux chrétiens de soumettre tous les domaines de la vie à la seigneurie du Christ et de répondre avec justesse (avec réalisme et compassion) à l’homme du 20ème siècle.

 

 

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Cours 1 philo chrétienne
commenter cet article
14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 17:49

L’éducation protestante, chemin vers la liberté ?

Conférence du carrefour théologique du 3 Mars 2007.

Par Luc Bussière

 

 

L’éducation protestante, chemin vers la liberté ? Vouloir répondre à la question demande au préalable un travail d’éclaircissement et de définition des termes. En effet, qu’entendons-nous nous par « éducation protestante » ? Parlons-nous d’éducation familiale ou d’éducation scolaire voire universitaire ? Quand nous qualifions l’éducation de « protestante », qu’entendons-nous par là ? Quel protestantisme ? Quelle époque du protestantisme ? Il semble y avoir  en effet un monde entre, par exemple, la création des écoles et Académies du temps de la Réforme, et la participation des protestants à la mise en place de l’école laïque au prix de l’abandon de leurs propres écoles à la fin du 19ème siècle…L’éclaircissement de ce premier point nous permettra de faire ressortir certaines valeurs communes qui ont perduré au cours des siècles et que l’on pourra caractériser de « valeurs éducatives protestantes », et ce, malgré les différences notoires que l’on pourra constater et qui pourront aussi nous interpeller aujourd’hui, dans notre contexte actuel. L’autre terme qu’il nous faut définir est celui de « liberté » : quelle liberté ? Parmi toutes les définitions proposées par les philosophes, les éducateurs et les politiques, y a-t-il une définition « protestante » de la liberté ? En quoi cette définition éclairerait une pratique éducative ? Ce n’est qu’une fois ce deuxième point traité que nous pourrons tenter de répondre à la question qui nous intéresse ici, en nous appuyant sur l’histoire, mais aussi  sur les réflexions de plusieurs penseurs protestants  dont la pertinence ne peut, à mon avis, nous laisser  indifférents ni inactifs.

 

Education protestante ?

 

L’éducation a toujours été l’objet d’une préoccupation majeure des protestants, dans le contexte familial aussi bien que dans le contexte scolaire. Nous pouvons dégager quelques « valeurs protestantes » communes, partagées au cours des siècles, avec plus ou moins de conviction selon les époques ; ces valeurs[1], nous le verrons, sont les conditions d’une liberté authentique. 

 

-        La première est cette conviction que l’enfant appartient d’abord à sa famille (alors que d’autres pencheraient pour une appartenance à l’Etat ou à l’Eglise) : c’est à la famille de former l’enfant, de diriger son âme, de meubler son esprit. La famille est l’éducateur le plus important. « Chaque famille particulière doit être une petite église particulière » écrivait Calvin à un synode français.[2] Le père et la mère sont les apôtres, les évêques et les prêtres de leurs enfants, il n’y a pas d’autorité  plus grande et plus noble sur la terre que celle des parents sur leurs enfants, disait Luther. C’est avant tout aux parents que s’adressent les réformateurs, Luther en premier, mais après lui, Mélanchton, Zwingli, Calvin et Farel, en vue de les convaincre de l’importance capitale que revêt l’éducation domestique pour l’avenir de l’Eglise et de la société tout entière[3]. Le rôle du père qui enseigne la Parole et éduque dans la foi, est central : beaucoup de réformés connaissent, ou faut-il dire aujourd’hui, « connaissaient »,  non pas le « sacerdoce de tous les croyants »[4], mais plutôt le « sacerdoce du pater familias ». Culte et lecture de la Bible en famille caractérisent pendant longtemps la famille protestante. Le rôle de la maman est capital, puisque la mère de famille huguenote n’a  pas seulement une tâche d’éducatrice mais aussi d’institutrice.[5] C’est pourquoi un vieil auteur huguenot disait : « on ne saurait rendre un plus grand service à la société que de former une bonne mère. »[6]    [7]

 

-        L’éducation protestante se caractérise également par une approche holistique de l’éducation qui intègre donc aussi la dimension spirituelle. Le livre de référence reste la Bible, dont la lecture et la compréhension restent prioritaires et conditionnelles de l’exercice de la responsabilité individuelle. L’éducation protestante reconnaît cependant à l’individu la liberté d’interpréter selon sa conscience les questions d’ordre spirituel et moral. C’est d’ailleurs cette dimension spirituelle, ce principe religieux qui, étant à la base du protestantisme, entraînent nécessairement le droit de chacun à recevoir une éducation et une instruction suffisantes.

 

-        L’éducation protestante a toujours mis l’accent sur la connaissance de la lecture et de l’écriture par tous, pour que chacun puisse accéder au texte de l’Ecriture et connaître Dieu. Réforme et alphabétisation empruntent les mêmes chemins. C’est ainsi que l’école est « le premier mot de la réforme, le plus grand  »[8], et la Bible, le premier abécédaire. Les sermons de Luther soulignent ce souci de l’instruction pour tous : « A la noblesse chrétienne de la nation allemande. » (1520) « Aux magistrats de toutes les villes allemandes pour les inviter à ouvrir et à entretenir des écoles chrétiennes » (1524). «  Prédication sur le devoir d’ envoyer les enfants à l’école » (1530). Plus tard, sous l’impulsion de Calvin, la ville de Genève décrètera l’instruction obligatoire pour tous, bien avant les lois de la fin du 19ème siècle donc.  La discipline des Eglises réformées de France stipule, en 1559, que « les Eglises feront tout devoir de dresser écoles et donneront ordre que la jeunesse soit instruite ». Ce même souci d’une instruction pour tous, obligatoire, se retrouvera chez les grands pédagogues protestants tels que Coménius, frère morave, surnommé par Piaget le « Galilée de l’éducation » en raison de ses découvertes immenses, Oberlin, ce pasteur alsacien, initiateur des « poêles à tricoter » qui devinrent en France « les écoles maternelles », sans oublier les protestants instigateurs des grandes lois scolaires du 19ème siècle. On peut noter ici un parallèle intéressant : l’apparition des écoles protestantes aux 16ème et 17ème siècles (plus de 2000 écoles et une vingtaine d’Académies) a été principalement due à l’intolérance de la religion catholique ; le protestant veut être un homme libre, sa philosophie de l’éducation ne peut que s’appuyer sur une démarche individuelle…C’est cette même motivation de liberté, colorée cependant par un peu de philosophie des Lumières, qui a poussé ces mêmes protestants à abandonner à l’Etat toutes leurs écoles au 19ème siècle, lors de la création de l’école laïque, pour mettre fin à la main mise des catholiques sur l’éducation…

 

-        Une autre de ses caractéristiques est  son souci de la vérité.  Nous pouvons lire ces phrases écrites de la plume de Valdo Durrleman : « Partout et toujours, à chaque moment de l’histoire du protestantisme français, c’est l’ardente volonté de forger des caractères par la triple proclamation de la vérité : celle qui illumine l’esprit, celle qui dirige la conscience, celle qui sauve l’âme. Recherche de la vérité : voilà pour la science ; exigence de la vérité : voilà pour la conscience ; adoration de la vérité, voilà pour l’âme. »[9] Là encore,   la vérité est liée à  la liberté : « Les fortes croyances sont un fort rempart. Les esclaves de la vérité sont des hommes libres, et la véritable indépendance commence dans le cœur…Avoir des convictions pour avoir des caractères, avoir des croyants pour avoir des citoyens, avoir des âmes énergiques pour avoir des nations puissantes ! »[10] 

 

-        Ces remarques nous conduisent à une autre valeur prisée par l’éducation protestante :  transmettre une vision positive de la vie et du travail. « Instruire un homme, ce n’est pas garnir un cerveau, c’est enseigner à vivre. »[11]  C’est le grand principe de l’éducation protestante qui consiste en l’union indissoluble de l’éducation et de l’instruction. Il ne s’agit pas d’abord de faire des savants, mais de former des hommes, de forger des caractères.  Guillaume Farel, le doyen de la Réforme française, demandait que le corps enseignant soit pourvu « de gens de bien et de bon savoir qui aient la grâce d’enseigner avec la crainte de Dieu.[12] » C’est ce qu’on appelait la « pietas litterata », ce trésor de science et de foi, principe adopté et pratiqué dans les Ecoles, collèges et Académies protestantes à l’instigation de personnalités comme  Jean Sturm, Théodore de Bèze, Mathurin Cordier, Sébastien Castellion, Claude Baduel… « Le meilleur moyen d’unir l’éducation à l’instruction, la piété à la culture, était de mettre l’une et l’autre sous l’autorité et la dépendance de la Parole de Dieu »[13]. Transmettre une vision positive de la vie et du travail consiste aussi à former des caractères : l’un des piliers de la pédagogie protestante est là. « Veux-tu enseigner aisément ? s’interrogeait Mathurin Cordier, « commence par les bonnes mœurs, commence par Dieu et les biens célestes… »[14] Calvin écrivait aux pasteurs français d’envoyer leurs enfants à l’Académie de Genève en ces termes : « envoyez-nous du bois, nous vous renverrons des flèches ! » Nous sommes proches ici de la valeur biblique de la sagesse, but primordial de l’éducation pour un Juif, avec son aspect tout à fait pratique, mais qui n’a cependant rien d’autonome par rapport à Dieu. Il est à noter ici que l’éducation protestante a souvent fait contrepoids aux idées humanistes et rationalistes qui parfois conduisaient à l’instruction pour l’instruction, seule capable, selon certains, d’accomplir la libération de l’homme : les protestants ont toujours soutenu que, même si l’instruction a son importance, le succès de la vie ne peut dépendre, ultimement, de l’effort de l’homme, mais seulement de la grâce de Dieu.

 

-        Enfin, l’éducation protestante a toujours favorisé les attitudes de responsabilité et de respect, cherchant à former des citoyens indépendants mais ayant le sens des responsabilités. Citant les valeurs du protestantisme, le projet d’établissement du Gymnase J. Sturm annonce « l’engagement de tous dans la vie quotidienne, au service du bien commun, et pour la paix et le bien-vivre dans la Cité (…) le développement de la solidarité, de la vie en communauté et de l’attention à porter aux plus faibles (…) l’importance de l’effort et du travail, de la rigueur et de l’honnêteté dans la vie quotidienne et dans la communauté scolaire. »[15]

 

Chemin vers la liberté ?

 

Nous voici arrivés à notre deuxième point. De quelle liberté parlons-nous ? Les définitions de « l’homme libre » ne manquent pas ! Les définitions d’un Jean Jacques Rousseau ont par exemple la vie dure ! « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers ! » [16] L’éducation consiste alors à retrouver cet état de liberté initial, faisant confiance en la bonté naturelle de chacun, se méfiant de toute règle, contrainte extérieure, d’ordre moral ou religieux. Quand on parle de l’éducation comme un chemin qui nous rend libres, la question que l’on a à se poser est :  libres de quoi ? La pensée contemporaine dominante propose une réponse, aux antipodes de l’interprétation protestante classique de la liberté.

 

L’éducation, selon la pensée contemporaine dominante,  se veut libératrice : elle consiste en une réalisation de soi, plutôt que celle d’une individu  membre d’une communauté, voire de l’humanité. « La liberté consiste en l’usage de la méthode scientifique. Elle implique de se débarrasser de toutes choses qu’on ne peut prouver par la méthode scientifique ; celle-ci, bien sûr, présuppose que Dieu n’existe pas et que la raison autonome de l’homme est l’arbitre final de la réalité. En ces termes, la liberté signifie l’indépendance de l’homme par rapport à Dieu, et à toute loi ou standards divins, de telle sorte que la loi et la moralité ne sont pas données par Dieu, mais créées par l’homme selon des critères utilitaristes et pragmatiques. Ce but éducatif qu’est cette conception de la liberté est en tout point similaire à celui que proposait le tentateur : « vous serez comme des dieux (tout homme est son propre dieu), connaissant (c'est-à-dire déterminant par vous-même, en termes de ce qui est le meilleur pour vous , ce qui constitue) le bien ou le mal (idées qui ne sont pas des absolus, mais qui sont le fruit d’une construction humaine, de façon à ce que l’homme puisse mieux réaliser ses propres valeurs et buts). »(Genèse 3 :5). La liberté telle qu’elle a été définie par l’éducation moderne est en fait, selon les Ecritures, un péché. »[17]

 

Le but de l’éducation n’est pas donc pas atteint avec l’apparition d’un homme épanoui, cultivé, discipliné, efficace ou même hautement moral. « Il faut aussi que s’affirme simultanément et sans doute avant toutes choses un être conscient d’avoir reçu une vie toute nouvelle par grâce, un être qui manifeste ne serait-ce que partiellement cette liberté à l’égard de son moi et des contraintes qui le lieraient jusqu’à la mort dernière. « Si le Christ vous affranchit, vous serez véritablement libres »[18]. « Vous avez été appelés à la liberté, ne vous laissez pas remettre sous le joug de la servitude ».[19] « Là où est l’esprit de Christ, là est la liberté. »[20] Cet hymne à la liberté monte de toutes les pages du Saint Livre et en particulier du Nouveau Testament. L’éducation protestante soutient qu’avec ce second Adam, ce verbe de Dieu incarné, la liberté est réellement entrée dans ce monde et en chaque croyant. Une nouvelle création est déjà en gestation puisqu’il en est le premier-né et que la mort n’a pu l’anéantir. La vertu de son obéissance et sa puissance libératrice se transposent chez les hommes ses frères. L’essentiel est de lui dire « oui », un « oui » volontaire et résolu qui est le premier balbutiement de l’homme nouveau, né de l’Esprit. »[21] Il n’y a donc pas de véritable liberté sans conversion à Dieu. L’éducation protestante a été ce chemin qui conduit à la liberté dans la mesure où elle a mis Dieu et Sa Parole au centre du processus. Je dis « dans la mesure où » car toutes les voix protestantes ne sont pas aujourd’hui d’accord là-dessus : certaines avancent que la pédagogie est devenue une discipline libérée de la théologie, s’étant émancipée de sa tutelle, comme un enfant devenu adulte, et que c’est une très bonne chose!  [22]

 

L’éducation protestante, et plus largement l’éducation chrétienne va souligner le fait que la liberté se trouve dans le salut qu’offre Jésus-Christ. Au lieu d’enseigner la liberté comme étant  l’indépendance radicale vis-à-vis de Dieu, l’éducation chrétienne enseigne la liberté comme dépendance radicale vis-à-vis de Lui. Toute indépendance vis-à-vis de Lui conduit à une dépendance  et un asservissement vis-à-vis de personnes, d’idéologies, de philosophies…Ne pas adorer Dieu dans un domaine, revient à adorer d’autres dieux, automatiquement. « Tu n’adoreras que Dieu seul », tel est le premier commandement, condition de la liberté, garantie contre tout asservissement.

 

Il est une liberté que tous les protestants ont toujours défendue, quelle que soit l’époque : la liberté de conscience. L’éducation protestante en particulier l’a toujours chérie. La haute valeur que l’éducation protestante attribue à la liberté et au respect des personnes trouve sa confirmation dans la manière dont elle condamne toute tentative d’ imposer de force des croyances religieuses à l’élève. L’enseignement des idées religieuses doit toujours laisser à l’élève la permission de ne pas être d’accord avec ce qui lui est enseigné, et même de le rejeter…Le protestant ne doit obéir, ultimement, à aucune autorité extérieure mais seulement à sa conscience, informée par Dieu parlant dans la Bible. En plein milieu d’une époque où les tensions entre catholiques et protestants étaient sévères, un article du règlement de l’Académie de Nîmes stipulait : « Les écoliers de la religion contraire ne sont pas tenus d’assister au catéchisme et aux autres exercices de la religion réformée »[23]. Déclaration caractéristique de la haute estime accordée à la liberté de conscience. Il est intéressant de souligner que face à la laïcisation anti-religieuse du 19ème siècle,  l’école protestante était apparue à la plupart des protestants jusque dans les débuts de la Troisième République comme un moyen de défendre la liberté de conscience ![24]


[1] Plusieurs de ces valeurs sont présentées par un ouvrage collectif rédigé sous la direction de Glenn Smith : « Eduquer les enfants » Editions du Sommet, Québec,1998.

[2] William Monter, « La Réforme au quotidien », dans « l’Aventure de la Réforme »  sous la direction de Pierre Chaunu,  Hermé,1992

[3] Zwingli : « Comment doivent être formés les adolescents dans le milieu où ils sont nés ». Farel : « De l’instruction des enfants ». Voir aussi les déclarations des synodes de l’Eglise Réformée de France dont celui de Sainte-Foy (1578) qui engage les parents « à prendre soigneusement garde à l’instruction de leurs enfants, qui sont la semence et la pépinière de l’Eglise ».

[4] Ibid

[5] Valdo Durrleman, « L’éducation protestante », « La cause »1942.

[6] Cité par Valdo Durrleman op cit p 9.

[7] Notons que François Guizot (1787-1874) Ministre protestant de l’Intérieur puis de l’Instruction publique, s’était longtemps opposé à l’instruction obligatoire, de peur qu’elle se traduise par l’interdiction pour les parents d’être éducateurs de leurs enfants.

[8] Selon l’expression de Michelet dans son Histoire de France.

[9] Valdo Durrleman. Op cit. p 21.

[10] Comte Agénor de Gasparin (1862) à propos des Etats-Unis, dont la constitution est dans son origine le fruit des éducateurs de la Réforme. Cité par Durrleman, op cit.

[11] Valdo Durrleman. Op cit. p 12.

[12] Guillaume Farel, Sommaire (1524) cité par R. Allier, Anthologie protestante française, T I p 7.

[13] Valdo Durrleman. Op cit. p 15

[14] Mathurin Cordier, préface du « De corrupti sermonis emendatione », 1530.

[15] Site internet du Gymnase Jean Sturm de Strasbourg.

[16] Rousseau: “Du contrat social”

[17] Traduction de « Education for freedom » de Rousas John Rushdoony  tiré de “the philosophy of the Christian curriculum” Ross House Books.

[18] Evangile de Jean 8 :36.

[19] Galates 5 :1

[20] 2 Corinthiens 3 :17

[21] Pierre Tirel, pasteur de l’Eglise Réformée, article intitulé : « L’éducation protestante jadis et naguère », du recueil : La Réforme et l’éducation. Privat  1974.

[22] Maurice Baumann. « Le protestantisme et l’école ». Labor et Fides 1999.

[23] P.D Bourchemin « Etudes sur les académies protestantes en France aux XVIème et XVIIème siècles ». Paris. 1882. p 189 article XXVI. Cité par J. Fouilleron et A. Blanchard dans « La Réforme et l’éducation » Privat, 1974

[24] Jean Claude Vinard : « Les écoles primaires protestantes en France de 1815 à 1885 » p 227. Mémoire de maîtrise de la Faculté de théologie de Montpellier, Juin 2000.

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Education
commenter cet article
14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 17:49

Chemin vers la liberté ?

 

Nous voici arrivés à notre deuxième point. De quelle liberté parlons-nous ? Les définitions de « l’homme libre » ne manquent pas ! Les définitions d’un Jean Jacques Rousseau ont par exemple la vie dure ! « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers ! » [1] L’éducation consiste alors à retrouver cet état de liberté initial, faisant confiance en la bonté naturelle de chacun, se méfiant de toute règle, contrainte extérieure, d’ordre moral ou religieux. Quand on parle de l’éducation comme un chemin qui nous rend libres, la question que l’on a à se poser est :  libres de quoi ? La pensée contemporaine dominante propose une réponse, aux antipodes de l’interprétation protestante classique de la liberté.

 

L’éducation, selon la pensée contemporaine dominante,  se veut libératrice : elle consiste en une réalisation de soi, plutôt que celle d’une individu  membre d’une communauté, voire de l’humanité. « La liberté consiste en l’usage de la méthode scientifique. Elle implique de se débarrasser de toutes choses qu’on ne peut prouver par la méthode scientifique ; celle-ci, bien sûr, présuppose que Dieu n’existe pas et que la raison autonome de l’homme est l’arbitre final de la réalité. En ces termes, la liberté signifie l’indépendance de l’homme par rapport à Dieu, et à toute loi ou standards divins, de telle sorte que la loi et la moralité ne sont pas données par Dieu, mais créées par l’homme selon des critères utilitaristes et pragmatiques. Ce but éducatif qu’est cette conception de la liberté est en tout point similaire à celui que proposait le tentateur : « vous serez comme des dieux (tout homme est son propre dieu), connaissant (c'est-à-dire déterminant par vous-même, en termes de ce qui est le meilleur pour vous , ce qui constitue) le bien ou le mal (idées qui ne sont pas des absolus, mais qui sont le fruit d’une construction humaine, de façon à ce que l’homme puisse mieux réaliser ses propres valeurs et buts). »(Genèse 3 :5). La liberté telle qu’elle a été définie par l’éducation moderne est en fait, selon les Ecritures, un péché. »[2]

 

Le but de l’éducation n’est pas donc pas atteint avec l’apparition d’un homme épanoui, cultivé, discipliné, efficace ou même hautement moral. « Il faut aussi que s’affirme simultanément et sans doute avant toutes choses un être conscient d’avoir reçu une vie toute nouvelle par grâce, un être qui manifeste ne serait-ce que partiellement cette liberté à l’égard de son moi et des contraintes qui le lieraient jusqu’à la mort dernière. « Si le Christ vous affranchit, vous serez véritablement libres »[3]. « Vous avez été appelés à la liberté, ne vous laissez pas remettre sous le joug de la servitude ».[4] « Là où est l’esprit de Christ, là est la liberté. »[5] Cet hymne à la liberté monte de toutes les pages du Saint Livre et en particulier du Nouveau Testament. L’éducation protestante soutient qu’avec ce second Adam, ce verbe de Dieu incarné, la liberté est réellement entrée dans ce monde et en chaque croyant. Une nouvelle création est déjà en gestation puisqu’il en est le premier-né et que la mort n’a pu l’anéantir. La vertu de son obéissance et sa puissance libératrice se transposent chez les hommes ses frères. L’essentiel est de lui dire « oui », un « oui » volontaire et résolu qui est le premier balbutiement de l’homme nouveau, né de l’Esprit. »[6] Il n’y a donc pas de véritable liberté sans conversion à Dieu. L’éducation protestante a été ce chemin qui conduit à la liberté dans la mesure où elle a mis Dieu et Sa Parole au centre du processus. Je dis « dans la mesure où » car toutes les voix protestantes ne sont pas aujourd’hui d’accord là-dessus : certaines avancent que la pédagogie est devenue une discipline libérée de la théologie, s’étant émancipée de sa tutelle, comme un enfant devenu adulte, et que c’est une très bonne chose!  [7]

 

L’éducation protestante, et plus largement l’éducation chrétienne va souligner le fait que la liberté se trouve dans le salut qu’offre Jésus-Christ. Au lieu d’enseigner la liberté comme étant  l’indépendance radicale vis-à-vis de Dieu, l’éducation chrétienne enseigne la liberté comme dépendance radicale vis-à-vis de Lui. Toute indépendance vis-à-vis de Lui conduit à une dépendance  et un asservissement vis-à-vis de personnes, d’idéologies, de philosophies…Ne pas adorer Dieu dans un domaine, revient à adorer d’autres dieux, automatiquement. « Tu n’adoreras que Dieu seul », tel est le premier commandement, condition de la liberté, garantie contre tout asservissement.

 

Il est une liberté que tous les protestants ont toujours défendue, quelle que soit l’époque : la liberté de conscience. L’éducation protestante en particulier l’a toujours chérie. La haute valeur que l’éducation protestante attribue à la liberté et au respect des personnes trouve sa confirmation dans la manière dont elle condamne toute tentative d’ imposer de force des croyances religieuses à l’élève. L’enseignement des idées religieuses doit toujours laisser à l’élève la permission de ne pas être d’accord avec ce qui lui est enseigné, et même de le rejeter…Le protestant ne doit obéir, ultimement, à aucune autorité extérieure mais seulement à sa conscience, informée par Dieu parlant dans la Bible. En plein milieu d’une époque où les tensions entre catholiques et protestants étaient sévères, un article du règlement de l’Académie de Nîmes stipulait : « Les écoliers de la religion contraire ne sont pas tenus d’assister au catéchisme et aux autres exercices de la religion réformée »[8]. Déclaration caractéristique de la haute estime accordée à la liberté de conscience. Il est intéressant de souligner que face à la laïcisation anti-religieuse du 19ème siècle,  l’école protestante était apparue à la plupart des protestants jusque dans les débuts de la Troisième République comme un moyen de défendre la liberté de conscience ![9]

 

L’éducation protestante, chemin vers la liberté ?

 

Les valeurs soulignées par l’éducation protestante jalonnent et rendent donc possible ce chemin vers la liberté : l’enfant reste l’enfant de ses parents, au lieu d’être vu comme celui d’un Etat, d’une église ou d’une idéologie. La dimension holistique de son éducation, incluant donc la dimension spirituelle, est également libératrice, puisque répondant à la soif spirituelle, à la quête de sens, caractéristiques de tout homme. En rendant accessible au plus grand nombre la connaissance de Dieu par la connaissance de Sa Parole au moyen de l’apprentissage systématique de la lecture et de l’écriture,  l’éducation protestante a contribué à élever le niveau culturel tout en approfondissant la dimension cultuelle de l’homme, terrain favorable à l’exercice d’une liberté responsable. Sa recherche constante de la vérité l’a souvent préservée des enfermements idéologiques. Les valeurs accordées au savoir-vivre, au travail, à la formation du caractère, à la responsabilité et au respect, ont  favorisé  également l’apprentissage d’une liberté authentique, qui ne porte pas atteinte  à celle des autres.

 

Bien que ces valeurs semblent perdurer - et cela resterait encore à démontrer - on ne peut s’empêcher de constater une perte d’identité, de conviction et d’influence dans ce domaine de l’éducation protestante. Les chemins vers la liberté qu’elle a su frayer ont perdu de leur clarté, de leur lisibilité : les épines et les ronces, autant d’influences philosophiques et théologiques diverses, les ont rendus peu praticables. En fait, nous pouvons relever que chacune des valeurs fondamentales de l’éducation protestante est actuellement minée. C’est ce que je  propose d’évoquer maintenant.

 

-        L’enfant appartient à la famille. On ne peut que constater une perte de l’influence de la famille. Une grande partie de l’éducation est confiée aux institutions de l’Etat, sans souci de corriger  à la maison les influences scientistes, rationalistes, relativistes, post-modernistes ou autres « istes » qui y sont véhiculées. Une déresponsabilisation croissante s’observe, même dans le cadre de nos églises où les parents ont tendance à confier leurs enfants à l’école du dimanche pour être déchargés de leur mission de premiers catéchistes. Redonner à la famille la vision de sa mission de première éducatrice et l’équiper dans ce but en s’inspirant de la solide vision de la famille véhiculée dès le début de la Réforme : telle serait, à mon sens, l’une des priorités de la grande communauté protestante, pas vers la restauration de ces chemins vers la liberté.

 

-        L’approche holistique de l’éducation a été également mise à mal. En effet, le processus de sécularisation de nos sociétés a relégué tout ce qui est du domaine spirituel à la sphère privée, favorisant la création de compartiments étanches entre le domaine « sacré » d’un côté, et le domaine « profane » de l’autre, entre ce que Francis Schaeffer nommait le « niveau supérieur » et le « niveau inférieur »[10]. C’est avec cette séparation étanche entre la science et la foi, la raison et la révélation, la culture et le culte, que l’école française s’est développée. Herrman Dooyeweerd, philosophe réformé, a écrit : « On oublie que la sécularisation de la vie n’a été possible que par le processus de la sécularisation de la science, et que la sécularisation scientifique s’est effectuée sous l’influence dominatrice de la sécularisation religieuse accomplie par l’humanisme moderne depuis la Renaissance. » [11] Ce dualisme de la pensée séculière s’oppose donc à la « pietas litterata » de l’éducation protestante du temps de la Réforme. Le salut ne concerne pas seulement l’individu, mais toute la culture, écrivait Francis Schaeffer. Pierre Courthial, ancien doyen de cette faculté d’Aix-en-Provence, écrivait : « Le culte que nous avons à rendre à Dieu doit progresser peu à peu, non seulement dans notre vie cultuelle, au sens étroit, par rapport  à l’Eglise instituée, mais aussi, au sens large, et d’une manière surtout, dans notre vie culturelle, par rapport au Règne de Dieu (et à l’Eglise au sens large), qui embrasse, avec et bien au-delà de l’Eglise instituée, tous les aspects éthique, professionnel, légal, artistique, économique, civique, social, relationnel, historique, intellectuel, etc, de la vie de l’homme[12] » Une éducation qui se veut protestante ne peut s’empêtrer dans une vision dualiste du monde, fruit des philosophies des Lumières. Elle comprend qu’ « il n’y a aucun domaine de la culture des hommes dont le Christ ne puisse dire : « c’est à Moi ! » pour reprendre la célèbre citation d’Abraham Kuyper. Bref, elle ne peut se désintéresser de l’école, lieu privilégié de transmission de culture et de valeurs. Elle ne peut se désintéresser du mandat culturel donné par Dieu aux hommes des les premiers chapitres du livre de la Genèse. Sinon, la constatation de Martin Luther King perdurera : « La plupart des gens, et des chrétiens en particulier, sont des thermomètres qui enregistrent l’opinion de la majorité, pas des thermostats qui transforment et régulent la température de la société. Les chrétiens sont des « suiveurs » de culture plutôt que des initiateurs de culture! »[13]  L’éducation protestante qui s’inspire de la Réforme met en avant le fait que « tous les trésors de la sagesse et de la connaissance »[14] sont en Jésus-Christ, que tout est « de Lui, par Lui et pour Lui » [15], que toute connaissance, dans une perspective biblique, conduit à la  RE – connaissance[16], que la formation d’un disciple touche aussi bien sa dimension spirituelle qu’intellectuelle ou physique. C’est cet aspect-là qui fonde le récent mouvement d’implantations d’écoles protestantes évangéliques, et non une volonté de repli communautariste qu’on veut bien lui prêter.

 

Une autre valeur de l’éducation protestante est la connaissance de la lecture et de l’écriture, afin de connaître les Ecritures et Dieu. La tendance actuelle est de conserver le moyen, excellent, tout en oubliant  la finalité de cette connaissance. Permettez-moi de vous citer le texte d’introduction au premier abécédaire en langue française, utilisé dans les écoles protestantes des 16ème  et 17ème siècles : « Grands et petits qui désirez apprendre à servir Dieu par son Fils Jésus-Christ, cet ABC il vous conviendra prendre, en invoquant l’aide du Saint Esprit… »[17] La finalité de toute instruction, de toute éducation,  reste la connaissance de Dieu et l’acquisition de la sagesse. La pauvreté actuelle de la réflexion quant à la finalité de l’éducation est proportionnelle à la richesse des moyens déployés, jamais égalée. Retrouver le sens des finalités de l’éducation, voici l’un des défis à relever aujourd’hui. Alexandre Vinet disait : « Le chrétien seul conçoit toute la dignité de l’instruction. C’est l’héritier du ciel qu’il forme dans ces écoles, c’est en vue d’un bonheur spirituel, éternel, qu’il apprend à l’enfant à lire et à écrire ; ses maîtres sont, en quelque sorte, des apôtres, ses élèves, des prosélytes, ses écoles des temples, la science qu’il enseigne, la science même de Dieu. » [18]


[1] Rousseau: “Du contrat social”

[2] Traduction de « Education for freedom » de Rousas John Rushdoony  tiré de “the philosophy of the Christian curriculum” Ross House Books.

[3] Evangile de Jean 8 :36.

[4] Galates 5 :1

[5] 2 Corinthiens 3 :17

[6] Pierre Tirel, pasteur de l’Eglise Réformée, article intitulé : « L’éducation protestante jadis et naguère », du recueil : La Réforme et l’éducation. Privat  1974.

[7] Maurice Baumann. « Le protestantisme et l’école ». Labor et Fides 1999.

[8] P.D Bourchemin « Etudes sur les académies protestantes en France aux XVIème et XVIIème siècles ». Paris. 1882. p 189 article XXVI. Cité par J. Fouilleron et A. Blanchard dans « La Réforme et l’éducation » Privat, 1974

[9] Jean Claude Vinard : « Les écoles primaires protestantes en France de 1815 à 1885 » p 227. Mémoire de maîtrise de la Faculté de théologie de Montpellier, Juin 2000.

[10] Francis Schaeffer. « Démission de la raison ». Maison de la Bible. Genève.

[11] Dr H. Dooyeweerd : « La sécularisation de la science ». Revue Réformée n° 17, 1954.

[12] Pierre Courthial : « De Bible en Bible »

[13] Martin Luther King. « La force d’aimer ». Casterman, p 28.

[14] Colossiens 2 :3

[15] Romains 11 : 36

[16] Les choses visibles reflétant les invisibles et nous encourageant à rendre « grâces à Dieu » : Romains 1.

[17] Cité par Thomas Filipczak : « Pensées et pratiques pédagogiques des protestants au 16ème siècle ». Mémoire de maîtrise.  Lille III. 1990.

[18] Alexandre Vinet : « La Famille, l’Education et l’Instruction »

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Education
commenter cet article
14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 17:42

-      Nous avons vu que l’éducation protestante se caractérisait aussi par son souci de vérité. Là encore, on  peut constater un glissement dans notre compréhension du rapport entre la vérité et l’éducation / instruction aujourd’hui. Très actifs dans l’établissement de l’école laïque fin du 19ème siècle, les protestants ont manifesté envers cette nouvelle institution une confiance telle qu’ils ont fermé leurs écoles normales et la plupart de leurs écoles primaires.[1]Il y en aurait eu 1500. On peut relever que plusieurs voix protestantes restaient  prudentes. Alexandre Vinet, par exemple, l’un des premier partisans réformés de la Séparation des Eglises et de l’Etat, se réjouissait de tout ce qui contribuait à l’union des Eglises et de l’école[2]. D’autres auteurs plus récents envisagent la responsabilité de l’église envers l’école, comme moyen d’affermir l’éducation reçue au sein de la famille et de l’église.[3]Cette confiance des protestants du 19ème siècle s’appuyait sur cette idée qu’une neutralité était possible. Or nous savons bien que la neutralité n’existe pas ! Jacques Maritain, philosophe catholique écrivait : «Toute théorie pédagogique est fondée sur une conception de la vie et ressortit par suite nécessairement à la philosophie . Sans remonter jusqu'aux grands maîtres e l'Antiquité, nous constatons que de nos jours la philosophie naturaliste a donné naissance à une pédagogie naturaliste (Spencer), le sociologisme à une pédagogie sociologiste (Durkheim, Dewey, Natorp, Kerschensteiner), le nationalisme et étatisme à une pédagogie nationaliste et étatiste (Fichte et le système scolaire prussien). La pédagogie « suit le flux et reflux des courants philosophiques» c'est qu'elle n'est pas une science autonome, mais dépendante de la  philosophie (…) Qu'est ‑ce à dire, sinon que par nature la pédagogie est fonction de la philosophie, de la métaphysique ? « Il n'y a pas de pédagogie neutre : ou bien elle n'est pas pédagogie.(…) Tout pédagogue adore un dieu : Spencer la nature, Comte l'humanité, Rousseau la liberté, Freud le sexuel, Durkheim et Dewey la société, Wundt la culture, Emerson l'individu... Ou bien tout réduit à s'adapter à l'enfant et à laisser faire en tout la nature, c'est‑à‑dire au néant de pédagogie »[4] Rechercher la vérité dans l’éducation consiste à faire découler tout son processus d’une vision du monde biblique au préalable. Cornélius Van Til, ce grand penseur réformé,  raconte ainsi son parcours : « Vous savez comme moi que chaque enfant est conditionné par son environnement. Vous avez été tout autant conditionné à ne pas croire en Dieu que je l’ai été à croire. Il faut appeler les choses par leur nom ! Si vous dites que ma foi m’a été inculquée à travers le biberon, je répondrai que votre incroyance aussi vous a été inculquée à travers le biberon ! (…) C’est pour répondre à ces vœux (prononcés lors de mon baptême enfant, par mes parents) que mes parents m’ont envoyé dans une école chrétienne. Là-bas j’ai appris que ma condition de racheté du péché et mon appartenance à Dieu allait influencer et marquer tout ce que je savais et faisais. J’ai vu la puissance de Dieu dans la nature et sa providence à l’œuvre dans le cours de l’histoire. Cela a donné une certaine assise à mon salut en Christ. Bref, le monde dans sa totalité s’est peu à peu ouvert à ma compréhension. A travers mon instruction j’ai appris à considérer toutes ces questions sous la direction de la toute-puissance et de l’omniscience du Dieu dont je suis l’enfant par le Christ. Je devais apprendre à penser les pensées de Dieu après lui, en m’y efforçant dans tous les domaines de la connaissance (…)  Etre sans parti pris, c’est tout simplement une autre façon d’avoir un parti pris !  L’idée de neutralité en matière religieuse est juste une tenue de camouflage qui recouvre une attitude négative envers Dieu. Il faut bien voir que celui qui n’est pas pour le Dieu du christianisme est, de fait, contre lui[5] ». Une éducation protestante, chemin vers la liberté, cherche à transmettre une juste interprétation de la réalité, objet de tout programme d’ instruction, une juste « représentation », une juste « image » qui ne soit pas déconnectée de la Révélation, de façon à ce que l’enfant ne se fasse pas ses propres images, ou ne reçoive pas d’interprétation de la réalité sans lien avec la Révélation, ou s’opposant à celle-ci. N’est-ce pas là tout l’objet du deuxième commandement [6]?  Là encore, la notion de « piété lettrée » des premiers Réformateurs garde sa pertinence. Toute vérité est vérité de Dieu : partout où l’on peut trouver la vérité, elle appartient au Maître, disait Saint Augustin. Une éducation qui permet la transmission de la vérité libère de toute fausse interprétation asservissante[7] et prépare la pensée des hommes à aimer Dieu et à le servir. Que cette passion pour la vérité nous propulse dans des prises de positions radicales dans le domaine de l’éducation, que notre lampe sorte du boisseau ![8]

-      Quant à la valeur qui consiste à transmettre une vision positive de la vie et du travail, à forger des caractères, on constate que cet objectif est toujours bien présent, même si les moyens de l’atteindre sont divers. Emile Doumergue, fondateur de l’établissement secondaire protestant de Montauban, l’institut Jean Calvin,  écrivait : « ce qui nous menace aujourd’hui, c’est la crise des caractères et de la foi. Voilà le mal dont souffre la société politique tout autant que la société religieuse. Partout on demande des caractères, des hommes de convictions et de convictions si fortes, si inébranlables qu’ils n’hésitent pas à leur sacrifier tout. Travailler à créer de pareilles convictions, c’est rendre à notre France et à l’ humanité tout entière, le plus grand des services qui peuvent leur être rendus en ce moment. » [9] Soulignons ici que dans la perspective protestante, la formation du caractère ne fait pas appel en premier lieu aux efforts, à la contrainte purement extérieure, mais à la grâce de Dieu, à la foi en Lui, à la fréquentation de Sa Parole, seules capables de faire naître et développer le caractère de Christ en chacun de ses enfants. Car c’est la vérité qui produit la sainteté tout comme c’est la vérité qui libère ! [10] C’est en fréquentant les sages qu’on devient sages[11] ; le disciple « sera » comme son maître, a dit Jésus.[12] Il n’y a pas d’éducation protestante possible sans des parents et enseignants qui soient des modèles de foi et de vie quotidiens, sans relation étroite avec la vérité.

 

Enfin, la dernière valeur caractéristique de l’éducation protestante consiste, avons-nous dit, à favoriser les attitudes de respect et de responsabilité. Notons l’importance accordée par les  premiers réformateurs au respect de Dieu, conditionnant le respect de l’homme. Ils l’appelaient « crainte de Dieu ».  Le strasbourgeois Martin Bucer écrivait : « Les maîtres ne doivent pas se contenter d’enseigner à leurs élèves l’écriture et la lecture, mais les éduquer en la crainte de Dieu, la discipline et les bonnes manières civiques ». Le fougueux Farel, lui, demandait que le corps enseignant soit pourvu « de gens de bien et de bon savoir qui aient la grâce d’enseigner avec la crainte de Dieu ». « Avec l’Ecriture, le père et la mère, et tous ceux qui ont charge et qui conversent avec les enfants, de fait et de parole, doivent donner l’exemple à leurs enfants d’aimer, craindre et honorer Dieu. »[13] C’est d’ailleurs cette même crainte de Dieu qui est présentée comme le « début de la sagesse », « le commencement de la science. » [14] De la même manière que le respect envers son prochain est conditionné par le respect envers Dieu, l’exercice d’une réelle responsabilité est conditionné par la capacité de répondre (respondere) à celui qui nous appelle. La tentation de garder ces valeurs de respect et de responsabilité tout en essayant de leur retirer leur enracinement théologique est probablement à l’origine de leur appauvrissement, ce qui ouvre la porte à toute sortes d’asservissements. « Pour le chrétien, l’homme est responsable envers Dieu, et envers l’homme, dans la soumission à Dieu et à Sa Parole. La liberté consiste à être libre du péché, et donc de nous –mêmes et des hommes, et de toute forme d’esclavage ou de lien qui peut faire de l’homme ou de nous même son prisonnier, pour devenir  le peuple d’Alliance de Dieu en Christ, notre rédempteur et Roi »[15].

 

Conclusion.

 

Ainsi, nous avons exploré ensemble, bien rapidement, le lien qui existe entre la spécificité d’une éducation protestante et la liberté. Ce lien est mis à mal. La montée du sécularisme et du relativisme, l’absence de repères, le refus d’absolus, la laïcité qui a parfois dérapé en laïcisme, ou qui a, au minimum, favorisé un dualisme déresponsabilisant, la démission de nombreux parents dans leur tâche de premiers éducateurs, l’éclatement des familles, le taux de suicide de jeunes qui, en France, est  le plus élevé des pays d’Europe avec la Suisse malgré l’important budget accordé à l’éducation, la tendance à quitter la vie d’Eglise constatée chez de nombreux jeunes, toutes ces constatations nous poussent  à nous poser des questions. Y a-t-il encore une éducation « protestante » ? Dans les foyers ? A l’école ? A-t-elle une influence aujourd’hui ? Apporte-t-elle plus de sel et de lumière dans notre société ?

 

L’éducation protestante a perdu en influence, en crédibilité et consistance. Pour qu’elle reste un « chemin vers la liberté », ou qu’elle  porte  à nouveau tout son fruit, il est bon d’examiner les valeurs fondamentales qui la constituent, de les « revigorer », de les irriguer, de se les réapproprier pour les mettre en œuvre. Il est dans l’histoire des grands pas en avant qui ont été des retours en arrière : la Réforme par exemple, comme retour à la Parole de Dieu. Nous avons souvent fait référence à des textes datant de la Réforme ; nous lisons dans le livre de Jérémie : « Ainsi parle l’Eternel: Placez-vous sur les chemins, regardez, Et demandez quels sont les anciens sentiers, Quelle est la bonne voie; marchez-y, Et vous trouverez le repos de vos âmes! »[16] Il y a des « antiques sentiers » en matière d’éducation qui ne devraient pas nous laisser indifférents. Le renouveau de l’implication de plusieurs d’entre nous dans le domaine de l’école chrétienne s’inspire de cet héritage qui a offert tant de bons fruits et qui peut en offrir encore.

 

Face à l’état de perdition de la jeunesse allemande, Luther avait cité le texte des Lamentations de Jérémie : « Mes yeux se consument dans les larmes, mes entrailles bouillonnent, Ma bile se répand sur la terre, A cause du désastre de la fille de mon peuple, Des enfants et des nourrissons en défaillance dans les rues de la ville. Ils disaient à leurs mères: Où y a-t-il du blé et du vin? Et ils tombaient comme des blessés dans les rues de la ville, Ils rendaient l’âme sur le sein de leurs mères. » [17] Cette prise de conscience avait  été à l’origine d’un immense effort d’éducation et d’instruction systématiques, dont l’instrument principal avait été l’implantation d’écoles, lieux de transmission de savoir, de sagesse, de vérité, accompagné d’une réforme de la famille.[18] A la question « qu’est ce que l’éducation ? » un vieux professeur de l’Académie de Saumur  avait répondu : « Eduquer ? C’est enfanter à Jésus-Christ. »[19]  Cette conviction était tellement enracinée qu’un prix immense  a été payé  pour que la Bible garde sa place dans la famille comme à l’école[20]. Il y a sûrement un prix à payer aujourd’hui pour une éducation selon Dieu, pour un déracinement de nos enfants et de la jeune génération de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et leur enracinement à l’arbre de la vie ; ce prix est proportionnel à la valeur que leur  accordons. Face au pillage de notre pays et de la jeune génération, opéré par l’ennemi de nos âmes, il faut que ce cri retentisse à nouveau : « Restitue ! »[21] Oui, l’éducation protestante a encore des chemins de liberté à frayer…et à retrouver.

 

 

Luc Bussière

 

Février 2007


[1] Fédération Protestante de l’Enseignement, Laïcité et Paix scolaire, 1957 p 34

[2] Alexandre Vinet : « L’église renferme l’école ; il ne peut pas y avoir, d’après la nature même, la forme sous laquelle le Christianisme nous a été donné, d’Eglise sans école ; partout où le vrai Christianisme s’établira, vous verrez naître des écoles ; les écoles sont les premiers établissements de tous les missionnaires. » De l’instruction populaire, dans « La Famille, l’Education et l’Instruction ». De même Calvin disait : « l’Eglise n’a jamais fleuri sans écoles ».

[3] Edmund P. Clowney : « L’Eglise ». Collection théologie, Editions Excelsis  2000 p 158 à 160

[4] Jacques Maritain, Préface du livre de M. de Hovre (Oeuvres complètes T.3 p. 1407‑1408)

[5] Cornélius Van Til : « Ce que je crois », Editions Excelsis.

[6] Deutéronome 5 :8.

[7] Exode 20 : 4 à 6 expose ce deuxième commandement et conclut que se faire ses propres images pousse à l’idolâtrie et entraîne une   malédiction sur plusieurs générations.

[8] Evangile de Marc 4 : 21.

[9] Emile Doumergue, cité dans « L’Institut Jean-Calvin, plaquette pour le 20ème anniversaire ».

[10] Ephésiens 4 : 24

[11] Proverbes 13 :20a

[12] Evangile de Luc 6 :40

[13] Guillaume Farel, 1524 : Sommaire.

[14] Proverbes 1 : 7 ; 9 :10 ; Job 28 :28.

[15] Roussas John Rushdoony : “Education for freefom” op.cit. Il continue ainsi: “ L’éducation chrétienne ne consiste donc pas en un programme auquel on ajoute la Bible, mais en un programme dans lequel la parole de Dieu gouverne et donne forme à chaque sujet, chaque matière » 

[16] Jérémie 6 :16

[17] Lamentations de Jérémie 2 : 11-12

[18] Gabriel Mutzenberg : « Ils ont aussi réformé la famille », Ligue pour la lecture de la Bible

[19] Cité par Valdo Durrleman, op cit. p 122.

[20] Des milliers d’institutrices et instituteurs huguenots ont préféré la prison et la mort plutôt que d’enseigner sans la Bible. Cf Mémoire de Thomas Filipzak op. cit.

[21] D’après Esaïe 42 : 22-23.

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Education
commenter cet article
14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 10:39
  1. Perspectives axiologiques.

 

  1.  
    1. Quelles sont les valeurs ? 

 

                                                               i.     Les valeurs sont :

 

1.    des idées

2.    des croyances

3.    des notions que les individus ou les sociétés considèrent comme bonnes ou préférables (Phil.4 :8-9)

 

                                                             ii.      Le domaine des valeurs se rattachant au comportement moral s’appelle l’éthique.

 

                                                            iii.     Le domaine des valeurs se rapportant à l’art et à la beauté s’appelle l’esthétique.

 

  1.  
    1. Quelle est la source des valeurs éthiques ?

 

                                                               i.     Les valeurs éthiques proviennent d’un ordre moral universel pré-existant. (Psaume 119 :142-144 ; Ps 139 :7-12 ; Rom 1 :20 ; 1Jn 1 :5)

 

  1.  
    1. Quelle est la nature de l’ordre moral universel ?

 

                                                               i.     L’ordre universel moral provient du caractère et des attributs moraux de Dieu, et    est fondé dessus. (Jn 14 :6). Cet ordre est :

1.    Absolu dans sa sainteté (Lev 19 :2)

2.    Absolu dans sa justice (Da 9 :7,14)

3.    Absolu dans son amour (1Jn 4 :8)

4.    Absolu dans sa fidélité (Ps 119 :86, 138)

5.    Eternel (Ps 90 :2)

6.    Immuable (Ps 33 :11 ; Héb 13 :8)

 

                                                             ii.      L’ordre moral universel est objectif, il existe indépendamment des préférences humaines, des conceptions humaines.

 

                                                            iii.     L’ordre universel moral est absolu, non pas relatif (Ex 20 :1-17 ; Ps 19 :7-8 ; Ps 33 :11 ; Mt 5 :18 ; Ja 1 :17)

 

                                                           iv.      L’ordre moral universel sied à tout homme (Rom1 :18-20 ; Rom 2 :14-15)

 

  1.  
    1. Comment cet ordre universel est-il communiqué à l’homme par Dieu ?

 

                                                               i.     L’ordre moral universel est révélé à l’homme par Dieu (Ex 19 :3-6 ; 2 Sam 22 :31 ; Ps 119 :60 ; Mic 6 :8 ; Rom 1 :18-20, Rom 2 :13-15)

                                                             ii.     La révélation générale de Dieu communique l’ordre universel au travers de :

1.    La création (Rom 1 : 18-20)

2.    La conscience (Rom 2 :12-15)

                                                            iii.     La révélation spéciale de Dieu communique l’ordre moral universel au travers de :

1.    La Bible (Héb 1 :1,2 ; 2Pi 1 :21)

2.    Jésus-Christ (Jn 1 :1, 2, 14 ; Jn 14 :7)

 

  1.  
    1. Basé sur l’ordre moral universel, comment se définit le système chrétien des valeurs éthiques ?

 

                                                               i.     Les systèmes de valeurs éthiques sont définis et prescrits par des standards absolus de comportement appelés les Lois. (Ex 20 :1-17 ; Ps 19 :7-11)

                                                             ii.     Les systèmes de valeurs éthiques sont définis et prescrits par des lignes générales de comportement appelées des principes. (Mat 12 :1-3 ; Rom 14 ; 1Co 7 :25-28)

                                                            iii.     Les systèmes de valeurs éthiques sont définis et prescrits par des lignes spécifiques de comportement appelées les règles. (1Co 11)

                                                           iv.     Les principes et les règles doivent être établis à partir des absolus moraux que sont les lois, telles qu’elles sont définies dans la Parole de Dieu, et qui reflètent le caractère de Dieu.

 

  1.  
    1. Comment doit s’appliquer un système chrétien de valeurs éthiques ?

 

                                                               i.     Un système chrétien de valeurs éthiques doit s’appliquer dans le contexte :

1.    des absolus bibliques (Gal 5 :13-21)

2.    de la liberté chrétienne (Mat 12 :13-21)

3.    de la miséricorde et de l’amour (Rom 13 :8-10, Philémon)

 

  1.  
    1. Quelle est la nature de la conscience morale de l’homme ?

 

                                                               i.     A cause du péché, la nature et la capacité morales de l’homme sont imparfaites et corrompues et ont besoin de l’œuvre de rédemption de Jésus-Christ. (Gen 6 :12 ; Rom 3 :9-18 ; Eph 1 :7-8 ; Tite 2 :14)

 

  1.  
    1. Quelle est l’origine de l’esthétique ?

 

                                                               i.     L’origine de l’esthétique se trouve en Dieu. (Ex 31 :1-11 ; Ez 28 :12-15 ; Ecc 3 :11)

 

  1.  
    1. Quelle est la nature de l’esthétique ?

 

                                                               i.     L’esthétique révèle et reflète la nature et le caractère du Créateur. (1Chr 16 :29 ; 2Chr 20 :21 ; Ps 27 :4 ; Ps 96 :9)

                                                             ii.     La capacité esthétique que l’homme possède reflète sa relation à Dieu à l’image duquel il a été créé. (Gen 1 :27 ; Ex 31 :1-11)

 

 

 

 

  1.  
    1. Comment la compréhension et la conscience esthétiques sont-elles communiquées à l’homme ?

 

                                                               i.     La conscience et la compréhension esthétiques sont communiquées à l’homme au travers de la révélation générale de :

1.    la création

2.    la conscience donnée à l’homme par Dieu (Gen 2 :9 ; Ecc 3 :11 ; Rom 1 :20)

                                                             ii.     La conscience et la compréhension esthétiques sont communiquées à l’homme au travers de la révélation spéciale :

1.    des Ecritures.

2.    De Jésus-Christ. (Héb 1 :1,2 ; 2Pi 1 :21 ; Jn 1 :1, 2, 14 ; Jn 14 :7 ; Col 1 :15-17 ; 2 :9)

 

 

11/ Quelle est la nature de la conscience esthétique de l’homme ?

 

            11/1 A cause du péché, la capacité esthétique de l’homme est corrompue et imparfaite, elle a besoin d’être rachetée par Jésus-Christ. (Ex 32 :1-8 ; Rom 1 :21-24 ; Mt 23 :27 ; Eph 1 :7-8, Tite 2 :14)

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Luc Bussière - dans Cours 2 philo chrétienne
commenter cet article