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  • : Le blog de Luc Bussière
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  • : Blog qui présente mes réflexions, articles et publications, ainsi que la trame des cours de philosophie chrétienne avec annexes, pour mes étudiants.
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  • Luc Bussière
  • Marié, père de 4 enfants 3 jeunes hommes adultes dont deux mariés, et une ado. Grand père depuis Août 2010
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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 19:31

« L’instruction et la discipline ».

 

Introduction

 

C’est dans la littérature sapientiale, et en particulier dans le livre des Proverbes, que nous trouvons les données les plus nombreuses, les plus riches, les plus diverses, sur les notions d’instruction et de discipline, notions que l’on trouve aussi présentes dans l’ensemble des Ecritures, mais de façon moins concentrée. Les écrits sapientiaux ont  cette spécificité d’avoir un caractère didactique, ils proposent une certaine approche de la réalité, de la vie, tirant des leçons pour la conduite humaine à partir de l’expérience, de l’observation, dans le but de transmettre « la sagesse », en particulier à la jeune génération,  transmission qui est considérée d’ailleurs comme le but de l’éducation d’un point du point de vue biblique.  Après les livres de la loi, les livres sapientiaux proposent une mise en œuvre, une application de la loi dans les situations diverses rencontrées dans l’expérience humaine. Mais la transmission de ce bien inestimable qu’est la sagesse ne se fait pas toute seule, sans règles ou méthodes. C’est là qu’entrent en jeu la discipline et l’instruction qui sont les moyens incontournables, tout en étant incomplets, d’acquisition de ce trésor de la sagesse. Notre travail, qui porte sur l’étude de ces moyens, commencera par une étude de vocabulaire, base de notre réflexion : ces mots français d’instruction et de discipline sont la traduction de termes hébraïques dont la richesse de sens  servira à éclairer notre propos et à l’enraciner dans une vision biblique bien plus riche.  Puis, partant de là, nous évoquerons ce qui motive la discipline et l’instruction selon le livre des Proverbes, tout en  cherchant à mettre en valeur  les différents types qui les caractérisent. Dans un troisième temps, nous nous attarderons au fondement sur lequel s’appuient ces notions, « la crainte du Seigneur », fondement qui leur donne une « couleur », une spécificité, un « relief » absolument inégalés dans les cultures environnantes et dans notre culture contemporaine. Dans un quatrième temps, nous considèrerons ces notions de discipline et d’instruction dans la perspective de leur finalité qu’est l’acquisition de la sagesse. Enfin, pour terminer, nous constaterons qu’une véritable discipline et instruction ne peuvent être désolidarisées de la révélation de Dieu, de Christ, qui est à la fois lui-même Sagesse, et moyen d’acquérir cette Sagesse.

 

Etude de vocabulaire.

 

            Une étude de vocabulaire s’impose au préalable, et donnera assise et matière à notre réflexion ultérieure. Nous pouvons relever un premier point : le mot « instruction » apparaît de nombreuses fois dans le livre des proverbes, 17 fois dans la version Second 1910,  22  fois pour la version Darby, 6 fois pour la version du Semeur, 4 fois pour celle de Jérusalem. Cette disparité s’explique par le fait que la version Second a choisi de traduire par « instruction »   le terme hébreu « musar ». rowm[1], d’autres fois par « correction[2] » parfois par « leçon[3] »,  par « châtier [4]» ou même par « enseigner[5] ». La version du Semeur, elle, utilise une palette de vocabulaire plus large pour traduire ce même terme : « s se former[6] », « se mettre à l’école [7]» « éducation[8] » « se discipliner[9] » « leçons[10] » « enseigné[11] » « critiques[12] », « correction [13]», « châtier [14]»,  « reproches [15]»,  « repris [16]». Quant  la version de Jérusalem, elle a préféré traduire ce terme le plus souvent par « discipline[17] » ; elle a choisi aussi le terme « instruction[18] », « correction[19] », « châtie[20] », « remontrance[21] »,  « correction [22]» ou « leçon[23] ». On peut remarquer aussi que la version Second 1910 a choisi de traduire par « instruction » des termes hébraïques différents de « musar » tels que « rhz (« zahar » : prévenir, enseigner, briller)[24], « roy » (« yacar » : corriger, enseigner, punir, réformer)[25] ou « hrt » (« Torah » : loi, instruction). Une première conclusion s’impose : les termes que nous étudions, « instruction » et « discipline », s’ils sont  distincts en français[26], sont en fait pratiquement synonymes dans les Ecritures, étant, dans la majorité des cas, la traduction du terme hébraïque « musar ». rowm. Le mot « discipline » bien qu’absent des traductions Second ou Semeur, est bien la traduction du même terme « musar » dans les versions Darby ou Jérusalem…

 

            Ce terme « musar » évoque aussi bien une démarche intellectuelle qu’une punition parfois sévère : c’est l’idée de « recevoir une bonne leçon » ou « une bonne correction ». Ces corrections « musclées » sont fréquemment indiquées dans le livre des Proverbes[27].  « Musar »,  terme typiquement sapientiel, correspond au mot Egyptien dont la racine indique l’instruction faite avec des reproches, un châtiment ; « c’est s’b’, accompagné d’un déterminatif, un homme tenant un bâton »[28], « le hiéroglyphe qui en Egypte représente la sagesse est un homme avec la canne levée[29]. » Le mot « musar » provient d’une racine « yasar » qui signifie : « discipliner, châtier, reprendre, exhorter, avertir, prévenir ». On pourrait aussi parler de « réprimander », mais de l’ordre de l’avertissement[30], en vue du redressement, et non de la condamnation. Il s’agit de rétablir dans la rectitude, ce qui peut aller jusqu’à une discipline d’ordre physique, qui n’est pas, il est important de le noter, arbitraire, qui n’est pas non plus une réaction violente et injuste du moment[31]. Ce mot a donc généralement (mais pas toujours[32]) un accent de sévérité, qui va de l’avertissement[33] au châtiment (ce peut être celui du Seigneur[34]), ou du bâton[35] ou même du châtiment suprême qui est tombé sur Jésus  décrit en  Esaïe 53 : 5 : « le châtiment (musar) qui nous donne la paix est tombé sur lui… ». La douleur ressentie par le châtiment ou la correction est sensée remettre dans le droit chemin celui qui s’en est écarté. C’est dans le même sens que nous pouvons dans  le livre de l’Ecclésiaste que « les paroles des sages sont comme des aiguillons et les recueils de leurs sentence ressemblent à des clous bien plantés[36]. » Mais le châtiment physique n’est pas une fin en soi, il est important de le souligner.  Dans certains cas, s’il est bien appliqué, et pas trop souvent, il peut être un moyen qui  conduit l’enfant à la réflexion et qui le conduira à l’éloigner de la folie : « La folie est attachée au cœur de l’enfant ; la verge de la correction (=musar) l’éloignera de lui[37]»

 

            En effet, cet aspect du terme « musar » ne devrait pas nous laisser conclure que la Bible ne propose que le châtiment corporel ! Car cette instruction est d’abord transmise par des moyens non physiques. Il est intéressant de noter que ce terme est souvent accompagné du mot argument[38]  ou réprimande : « hxkwt »,  towkechah[39]. Il revient 13 fois. En 5.12, il est en apposition à « musar ». « La plupart du temps, il est utilisé de façon négative pour signifier la désapprobation, mais il peut aussi « mener à la vie » (15.31.BC) et produire la sagesse (29.15)[40] »Il s’agit d’un substantif dont l’origine souligne la persuasion verbale plutôt que physique, et qui fait appel à la raison et à la conscience[41]. Pris ensemble, ces deux termes peuvent se résumer par la « discipline ». Ils nous  rappellent que la sagesse ne s’acquiert pas par procuration : elle n’est accessible qu’aux disciples. Ce terme « towkechah » signifie réprimande, reproche, disciplinaire, mais aussi: « argument,  raisonnement », qui instruit l’enfant dans le chemin de la vie et qui s’inspire de la sagesse : « Tournez–vous pour écouter mes réprimandes (towkechah) ! Voici, je répandrai sur vous mon esprit, Je vous ferai connaître mes paroles… » (Pr 1 : 23) et : « Mon fils, ne méprise pas la correction de l’Eternel, Et ne t’effraie point de ses châtiments (= towkechah) » (Pr 3 : 11) Ce terme est donc toujours en rapport avec cet aspect de la sagesse qu’est l’instruction, la discipline, la correction.

 

            Le terme « musar » lui-même ne signifie pas seulement discipline physique, mais il traduit souvent l’idée d’avertissement : « J’ai regardé attentivement, et j’ai tiré instruction de ce que j’ai vu ». (Pr 24 : 32). On peut constater ce même sens en Proverbes 1 : 2, 4 ; 8 : 10. Ceci se vérifie particulièrement dans les neuf premiers chapitres du livre des Proverbes. Il souligne l’encouragement à la réflexion. « Ecoutez l’instruction (= musar), pour devenir sages, ne la rejetez pas. » (Pr 8 :33) Ce  synonyme de la sagesse est donc un terme dynamique qui prévient tout de suite que la sagesse sera dure à acquérir et qu’elle est une quantité du caractère autant que de l’intelligence. Il est intéressant de noter que la Septante a rendu ce mot « musar » par « paideia », qui signifie « l’éducation des enfants », dans presque toutes les occurrences du mot hébreu (23 sur 30). La transmission de la sagesse est en effet une véritable « pédagogie ». La Vulgate suit la traduction de la Septante avec le mot « discipline ». Dans le Nouveau Testament, c’est ce mot « paideia » qui est utilisé lorsqu’il est dit que Moïse a été « instruit » dans toute la sagesse des Egyptiens (Actes 7 : 22). Ce terme de « musar », tout comme les notions de discipline et d’instruction, désigne donc un aspect important de la sagesse, en même temps qu’un moyen de l’acquérir, par le biais de deux méthodes principales que sont l’instruction ou la réprimande verbales, et la correction physique. L’objectif du livre des Proverbes, nous dit Perdue [42] « est l’instruction dans la sagesse, ou « musar » - qui est la connaissance au sujet de Dieu, du monde et de la vie humaine ; l’incarnation de la piété et de la vertu sapientiales ; et la construction d’un monde qui soit l’habitation de l’homme. » La vie entière était considérée comme une « discipline »[43] (musar).  La discipline/instruction constitue une des couleurs parmi d’autres[44] de l’arc en ciel qui décompose la pure   lumière de la sagesse (hokhma), chacune de ces couleurs se confondant toutes les unes dans les autres, et chacune d’elle pouvant représenter l’ensemble. 



[1] Pr 1.2, 1.7, 1.8, 4.1, 4.13, 5.23, 8.10, 8.33, 13.1, 15.5, 19.20, 19.27, 23.12, 23.23, 24.32

[2] Pr 3.11, 5.12, 6.23, 10.17, 12.1, 13.18,  13.24, 15.10, 15.32.

[3] Pr 1.3

[4] Pr 7.22, 16.22

[5] Pr 15.33

[6] Pr 1.2

[7] Pr 15.33

[8] Pr 1.7, 1.8, 4.13, 8.10, 5.12, 13.1

[9] Pr 5.23

[10] Pr 1.3, 8.33, 15.10

[11] Pr 15.5

[12] Pr 10.27, 19.20

[13] Pr 3.11, 12.1, 13.18, 22.15

[14] Pr 7.22, 13.24, 16.22

[15] Pr 6.23

[16] Pr 15.32

[17] Pr 1.2, 1.3 1.7, 4.13, 5.23, 6.23, 8.10, 8.33, 10.17, 12.1, 13.1, 13.18, 15.33, 19.20.

[18] Pr 1.8, 4.1, 8.33

[19] Pr 3.11, 13.24, 15.5, 15.32

[20] Pr 22 :15

[21] Pr 5.12

[22] Pr  3.11, 15.10, 13.24, 15.32

[23] Pr 24.32

[24] Ps 19 : 11

[25] Ps 2 :10

[26] Instruction : « action d’instruire, action d’apprendre ce qui est utile ou indispensable de savoir, action d’enrichir et de former l’esprit de la jeunesse ; ce qui sert à instruire ». Sens  différent de celui de discipline, qui, la plupart du temps, signifie « règle de conduite que l’on s’impose, punition, direction morale… » Petit Robert. A noter toutefois que le terme « discipline » se dit également des diverses branches de la connaissance.

[27] Pr 12 :1, 13 : 24, 15 : 10 etc…

[28] Commentaire des Proverbes, par André Lelièvre et Alphonse Maillot, chapitres 1 à 9, Lectio Divina. Collection CERF. P 21

[29] Ibid, p 59

[30] Cours de Pierre Berthoud, 1.2b « les Ecrits »

[31] Cours de Pierre Berthoud, 1.2b, « les Ecrits »

[32] Pr 4.1

[33] Pr 24 : 32, par exemple

[34] Pr 3.11

[35] Pr 23 :13-14 Pr 13 :24. 22…   

[36] Ecclésiaste 12 : 11

[37] Pr 22 : 15

[38] Version TOB

[39] Pr 1 : 23, 3 : 11, etc…

[40] D.P.Kingdon. Dictionnaire de théologie Biblique, p 520, editions Excelsis.

[41] D’après Derek Kidner dans  « Le sage et l’insensé. La vie quotidienne dans la pensée des proverbes ».   Editions Farel.

 

[42] L.G. Perdue : « Wisdom and Creation » Nashville : Abingdon, 1994, p 78

[43] Dr Payne, article « éducation », Le Grand Dictionnaire de la Bible, p 472

[44] Ces autres « couleurs » de la sagesse (hokhma) étant le discernement, la compréhension (bin) ; le bon sens, ce qui est éclairé (sakal), la sagesse efficace (tuwschiya) ; la prudence (ormah), la réflexion et le discernement (mezimmaw), la ruse et la perspicacité (owroom) ;  la connaissance, le savoir, l’acquis (da’hat, laqach). (Cours de Pierre Berthoud. 1.2b « Les Ecrits)

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Published by Luc Bussière - dans Education
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