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  • : Le blog de Luc Bussière
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  • : Blog qui présente mes réflexions, articles et publications, ainsi que la trame des cours de philosophie chrétienne avec annexes, pour mes étudiants.
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  • Luc Bussière
  • Marié, père de 4 enfants 3 jeunes hommes adultes dont deux mariés, et une ado. Grand père depuis Août 2010
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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 17:42

-      Nous avons vu que l’éducation protestante se caractérisait aussi par son souci de vérité. Là encore, on  peut constater un glissement dans notre compréhension du rapport entre la vérité et l’éducation / instruction aujourd’hui. Très actifs dans l’établissement de l’école laïque fin du 19ème siècle, les protestants ont manifesté envers cette nouvelle institution une confiance telle qu’ils ont fermé leurs écoles normales et la plupart de leurs écoles primaires.[1]Il y en aurait eu 1500. On peut relever que plusieurs voix protestantes restaient  prudentes. Alexandre Vinet, par exemple, l’un des premier partisans réformés de la Séparation des Eglises et de l’Etat, se réjouissait de tout ce qui contribuait à l’union des Eglises et de l’école[2]. D’autres auteurs plus récents envisagent la responsabilité de l’église envers l’école, comme moyen d’affermir l’éducation reçue au sein de la famille et de l’église.[3]Cette confiance des protestants du 19ème siècle s’appuyait sur cette idée qu’une neutralité était possible. Or nous savons bien que la neutralité n’existe pas ! Jacques Maritain, philosophe catholique écrivait : «Toute théorie pédagogique est fondée sur une conception de la vie et ressortit par suite nécessairement à la philosophie . Sans remonter jusqu'aux grands maîtres e l'Antiquité, nous constatons que de nos jours la philosophie naturaliste a donné naissance à une pédagogie naturaliste (Spencer), le sociologisme à une pédagogie sociologiste (Durkheim, Dewey, Natorp, Kerschensteiner), le nationalisme et étatisme à une pédagogie nationaliste et étatiste (Fichte et le système scolaire prussien). La pédagogie « suit le flux et reflux des courants philosophiques» c'est qu'elle n'est pas une science autonome, mais dépendante de la  philosophie (…) Qu'est ‑ce à dire, sinon que par nature la pédagogie est fonction de la philosophie, de la métaphysique ? « Il n'y a pas de pédagogie neutre : ou bien elle n'est pas pédagogie.(…) Tout pédagogue adore un dieu : Spencer la nature, Comte l'humanité, Rousseau la liberté, Freud le sexuel, Durkheim et Dewey la société, Wundt la culture, Emerson l'individu... Ou bien tout réduit à s'adapter à l'enfant et à laisser faire en tout la nature, c'est‑à‑dire au néant de pédagogie »[4] Rechercher la vérité dans l’éducation consiste à faire découler tout son processus d’une vision du monde biblique au préalable. Cornélius Van Til, ce grand penseur réformé,  raconte ainsi son parcours : « Vous savez comme moi que chaque enfant est conditionné par son environnement. Vous avez été tout autant conditionné à ne pas croire en Dieu que je l’ai été à croire. Il faut appeler les choses par leur nom ! Si vous dites que ma foi m’a été inculquée à travers le biberon, je répondrai que votre incroyance aussi vous a été inculquée à travers le biberon ! (…) C’est pour répondre à ces vœux (prononcés lors de mon baptême enfant, par mes parents) que mes parents m’ont envoyé dans une école chrétienne. Là-bas j’ai appris que ma condition de racheté du péché et mon appartenance à Dieu allait influencer et marquer tout ce que je savais et faisais. J’ai vu la puissance de Dieu dans la nature et sa providence à l’œuvre dans le cours de l’histoire. Cela a donné une certaine assise à mon salut en Christ. Bref, le monde dans sa totalité s’est peu à peu ouvert à ma compréhension. A travers mon instruction j’ai appris à considérer toutes ces questions sous la direction de la toute-puissance et de l’omniscience du Dieu dont je suis l’enfant par le Christ. Je devais apprendre à penser les pensées de Dieu après lui, en m’y efforçant dans tous les domaines de la connaissance (…)  Etre sans parti pris, c’est tout simplement une autre façon d’avoir un parti pris !  L’idée de neutralité en matière religieuse est juste une tenue de camouflage qui recouvre une attitude négative envers Dieu. Il faut bien voir que celui qui n’est pas pour le Dieu du christianisme est, de fait, contre lui[5] ». Une éducation protestante, chemin vers la liberté, cherche à transmettre une juste interprétation de la réalité, objet de tout programme d’ instruction, une juste « représentation », une juste « image » qui ne soit pas déconnectée de la Révélation, de façon à ce que l’enfant ne se fasse pas ses propres images, ou ne reçoive pas d’interprétation de la réalité sans lien avec la Révélation, ou s’opposant à celle-ci. N’est-ce pas là tout l’objet du deuxième commandement [6]?  Là encore, la notion de « piété lettrée » des premiers Réformateurs garde sa pertinence. Toute vérité est vérité de Dieu : partout où l’on peut trouver la vérité, elle appartient au Maître, disait Saint Augustin. Une éducation qui permet la transmission de la vérité libère de toute fausse interprétation asservissante[7] et prépare la pensée des hommes à aimer Dieu et à le servir. Que cette passion pour la vérité nous propulse dans des prises de positions radicales dans le domaine de l’éducation, que notre lampe sorte du boisseau ![8]

-      Quant à la valeur qui consiste à transmettre une vision positive de la vie et du travail, à forger des caractères, on constate que cet objectif est toujours bien présent, même si les moyens de l’atteindre sont divers. Emile Doumergue, fondateur de l’établissement secondaire protestant de Montauban, l’institut Jean Calvin,  écrivait : « ce qui nous menace aujourd’hui, c’est la crise des caractères et de la foi. Voilà le mal dont souffre la société politique tout autant que la société religieuse. Partout on demande des caractères, des hommes de convictions et de convictions si fortes, si inébranlables qu’ils n’hésitent pas à leur sacrifier tout. Travailler à créer de pareilles convictions, c’est rendre à notre France et à l’ humanité tout entière, le plus grand des services qui peuvent leur être rendus en ce moment. » [9] Soulignons ici que dans la perspective protestante, la formation du caractère ne fait pas appel en premier lieu aux efforts, à la contrainte purement extérieure, mais à la grâce de Dieu, à la foi en Lui, à la fréquentation de Sa Parole, seules capables de faire naître et développer le caractère de Christ en chacun de ses enfants. Car c’est la vérité qui produit la sainteté tout comme c’est la vérité qui libère ! [10] C’est en fréquentant les sages qu’on devient sages[11] ; le disciple « sera » comme son maître, a dit Jésus.[12] Il n’y a pas d’éducation protestante possible sans des parents et enseignants qui soient des modèles de foi et de vie quotidiens, sans relation étroite avec la vérité.

 

Enfin, la dernière valeur caractéristique de l’éducation protestante consiste, avons-nous dit, à favoriser les attitudes de respect et de responsabilité. Notons l’importance accordée par les  premiers réformateurs au respect de Dieu, conditionnant le respect de l’homme. Ils l’appelaient « crainte de Dieu ».  Le strasbourgeois Martin Bucer écrivait : « Les maîtres ne doivent pas se contenter d’enseigner à leurs élèves l’écriture et la lecture, mais les éduquer en la crainte de Dieu, la discipline et les bonnes manières civiques ». Le fougueux Farel, lui, demandait que le corps enseignant soit pourvu « de gens de bien et de bon savoir qui aient la grâce d’enseigner avec la crainte de Dieu ». « Avec l’Ecriture, le père et la mère, et tous ceux qui ont charge et qui conversent avec les enfants, de fait et de parole, doivent donner l’exemple à leurs enfants d’aimer, craindre et honorer Dieu. »[13] C’est d’ailleurs cette même crainte de Dieu qui est présentée comme le « début de la sagesse », « le commencement de la science. » [14] De la même manière que le respect envers son prochain est conditionné par le respect envers Dieu, l’exercice d’une réelle responsabilité est conditionné par la capacité de répondre (respondere) à celui qui nous appelle. La tentation de garder ces valeurs de respect et de responsabilité tout en essayant de leur retirer leur enracinement théologique est probablement à l’origine de leur appauvrissement, ce qui ouvre la porte à toute sortes d’asservissements. « Pour le chrétien, l’homme est responsable envers Dieu, et envers l’homme, dans la soumission à Dieu et à Sa Parole. La liberté consiste à être libre du péché, et donc de nous –mêmes et des hommes, et de toute forme d’esclavage ou de lien qui peut faire de l’homme ou de nous même son prisonnier, pour devenir  le peuple d’Alliance de Dieu en Christ, notre rédempteur et Roi »[15].

 

Conclusion.

 

Ainsi, nous avons exploré ensemble, bien rapidement, le lien qui existe entre la spécificité d’une éducation protestante et la liberté. Ce lien est mis à mal. La montée du sécularisme et du relativisme, l’absence de repères, le refus d’absolus, la laïcité qui a parfois dérapé en laïcisme, ou qui a, au minimum, favorisé un dualisme déresponsabilisant, la démission de nombreux parents dans leur tâche de premiers éducateurs, l’éclatement des familles, le taux de suicide de jeunes qui, en France, est  le plus élevé des pays d’Europe avec la Suisse malgré l’important budget accordé à l’éducation, la tendance à quitter la vie d’Eglise constatée chez de nombreux jeunes, toutes ces constatations nous poussent  à nous poser des questions. Y a-t-il encore une éducation « protestante » ? Dans les foyers ? A l’école ? A-t-elle une influence aujourd’hui ? Apporte-t-elle plus de sel et de lumière dans notre société ?

 

L’éducation protestante a perdu en influence, en crédibilité et consistance. Pour qu’elle reste un « chemin vers la liberté », ou qu’elle  porte  à nouveau tout son fruit, il est bon d’examiner les valeurs fondamentales qui la constituent, de les « revigorer », de les irriguer, de se les réapproprier pour les mettre en œuvre. Il est dans l’histoire des grands pas en avant qui ont été des retours en arrière : la Réforme par exemple, comme retour à la Parole de Dieu. Nous avons souvent fait référence à des textes datant de la Réforme ; nous lisons dans le livre de Jérémie : « Ainsi parle l’Eternel: Placez-vous sur les chemins, regardez, Et demandez quels sont les anciens sentiers, Quelle est la bonne voie; marchez-y, Et vous trouverez le repos de vos âmes! »[16] Il y a des « antiques sentiers » en matière d’éducation qui ne devraient pas nous laisser indifférents. Le renouveau de l’implication de plusieurs d’entre nous dans le domaine de l’école chrétienne s’inspire de cet héritage qui a offert tant de bons fruits et qui peut en offrir encore.

 

Face à l’état de perdition de la jeunesse allemande, Luther avait cité le texte des Lamentations de Jérémie : « Mes yeux se consument dans les larmes, mes entrailles bouillonnent, Ma bile se répand sur la terre, A cause du désastre de la fille de mon peuple, Des enfants et des nourrissons en défaillance dans les rues de la ville. Ils disaient à leurs mères: Où y a-t-il du blé et du vin? Et ils tombaient comme des blessés dans les rues de la ville, Ils rendaient l’âme sur le sein de leurs mères. » [17] Cette prise de conscience avait  été à l’origine d’un immense effort d’éducation et d’instruction systématiques, dont l’instrument principal avait été l’implantation d’écoles, lieux de transmission de savoir, de sagesse, de vérité, accompagné d’une réforme de la famille.[18] A la question « qu’est ce que l’éducation ? » un vieux professeur de l’Académie de Saumur  avait répondu : « Eduquer ? C’est enfanter à Jésus-Christ. »[19]  Cette conviction était tellement enracinée qu’un prix immense  a été payé  pour que la Bible garde sa place dans la famille comme à l’école[20]. Il y a sûrement un prix à payer aujourd’hui pour une éducation selon Dieu, pour un déracinement de nos enfants et de la jeune génération de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et leur enracinement à l’arbre de la vie ; ce prix est proportionnel à la valeur que leur  accordons. Face au pillage de notre pays et de la jeune génération, opéré par l’ennemi de nos âmes, il faut que ce cri retentisse à nouveau : « Restitue ! »[21] Oui, l’éducation protestante a encore des chemins de liberté à frayer…et à retrouver.

 

 

Luc Bussière

 

Février 2007


[1] Fédération Protestante de l’Enseignement, Laïcité et Paix scolaire, 1957 p 34

[2] Alexandre Vinet : « L’église renferme l’école ; il ne peut pas y avoir, d’après la nature même, la forme sous laquelle le Christianisme nous a été donné, d’Eglise sans école ; partout où le vrai Christianisme s’établira, vous verrez naître des écoles ; les écoles sont les premiers établissements de tous les missionnaires. » De l’instruction populaire, dans « La Famille, l’Education et l’Instruction ». De même Calvin disait : « l’Eglise n’a jamais fleuri sans écoles ».

[3] Edmund P. Clowney : « L’Eglise ». Collection théologie, Editions Excelsis  2000 p 158 à 160

[4] Jacques Maritain, Préface du livre de M. de Hovre (Oeuvres complètes T.3 p. 1407‑1408)

[5] Cornélius Van Til : « Ce que je crois », Editions Excelsis.

[6] Deutéronome 5 :8.

[7] Exode 20 : 4 à 6 expose ce deuxième commandement et conclut que se faire ses propres images pousse à l’idolâtrie et entraîne une   malédiction sur plusieurs générations.

[8] Evangile de Marc 4 : 21.

[9] Emile Doumergue, cité dans « L’Institut Jean-Calvin, plaquette pour le 20ème anniversaire ».

[10] Ephésiens 4 : 24

[11] Proverbes 13 :20a

[12] Evangile de Luc 6 :40

[13] Guillaume Farel, 1524 : Sommaire.

[14] Proverbes 1 : 7 ; 9 :10 ; Job 28 :28.

[15] Roussas John Rushdoony : “Education for freefom” op.cit. Il continue ainsi: “ L’éducation chrétienne ne consiste donc pas en un programme auquel on ajoute la Bible, mais en un programme dans lequel la parole de Dieu gouverne et donne forme à chaque sujet, chaque matière » 

[16] Jérémie 6 :16

[17] Lamentations de Jérémie 2 : 11-12

[18] Gabriel Mutzenberg : « Ils ont aussi réformé la famille », Ligue pour la lecture de la Bible

[19] Cité par Valdo Durrleman, op cit. p 122.

[20] Des milliers d’institutrices et instituteurs huguenots ont préféré la prison et la mort plutôt que d’enseigner sans la Bible. Cf Mémoire de Thomas Filipzak op. cit.

[21] D’après Esaïe 42 : 22-23.

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Published by Luc Bussière - dans Education
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